« Les Juifs, c’est une secte, une escroquerie, c’est une des plus graves parce que c’est la première ». Ou encore, « Ce sont des négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste qui manifestent leur soutien à la politique d’Ariel Sharon. Ceux qui m’attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des noirs et l’esclavage (…) ». Ces déclarations relèvent clairement du registre de la haine antisémite. Elles ont été prononcées par un ancien humoriste français : Dieudonné. Depuis le début des années 2000, celui-ci s’est découvert une nouvelle vocation : la propagande antisémite. La justice l’a depuis lors condamné à plusieurs reprises et tous les spécialistes de l’antisémitisme et du racisme ont unanimement confirmé la vérité judiciaire.
Pourtant, il existe encore des gens en France et en Belgique qui hésitent sur le cas Dieudonné. Ils doutent tellement qu’ils se réunissent pour savoir si ses déclarations sont vraiment antisémites mais aussi s’il est permis de débattre avec lui. Prompts à prononcer rapidement la sentence lorsqu’il est question d’un activiste d’extrême droite, ils coupent le cheveu en quatre à la manière des sages du Talmud pour répondre à une question d’une simplicité enfantine. Par mimétisme, des étudiants bien mal inspirés se livrent au même exercice. Ainsi, le Cercle du libre examen (Librex) de l’Université libre de Bruxelles (ULB) a programmé la projection d’un documentaire intitulé « Est-il permis de débattre avec Dieudonné ? ». Projection suivie d’un débat avec le réalisateur du film, Olivier Mukuna, « journaliste » spécialisé dans la défense inconditionnelle de Dieudonné. Il est regrettable de voir un cercle aussi prestigieux se laisser emporter dans cette dérive. Loin d’ébranler les préjugés ou de contester les idées reçues, le Librex offre un espace de légitimation à un discours de la haine. Car Dieudonné n’a rien inventé, il n’a fait que recycler de vieux mythes antisémites. On n’a pas besoin d’un débat pour comprendre que ses propos et ses « attentats humoristiques » ne se bornent qu’à attiser la haine à l’égard d’un groupe humain : les Juifs en l’occurrence. « L’humour » de Dieudonné ne pulvérise pas les stéréotypes; il les radicalise et surtout, il les déchaîne.
Lorsqu’on demande au président du Librex la raison pour laquelle il organise cette activité, il répond très simplement qu’il s’agit de savoir pourquoi Dieudonné est victime des médias qui l’empêchent de s’exprimer ! Tout cela à coups d’incessants « Monsieur » Dieudonné. La déférence que témoigne cet étudiant à l’égard de l’ancien humoriste met mal à l’aise. Comme si ce jeune homme intelligent était dépourvu de toute capacité de discernement. Heureusement, les autorités de l’ULB ont eu la clairvoyance de demander l’annulation de l’événement programmé.
Sans entrer dans une chasse aux sorcières ridicule à l’encontre des étudiants du Librex, on pourrait leur suggérer quelques lectures, et notamment celle d’un article de Jean Birnbaum dans Le Monde Magazine du 29 mai 2010. Dans sa rubrique « Pop’ Philosophie », il explique que le rire est en fait une secousse subversive. Ayant fréquenté comme journaliste les meetings de Jean-Marie Le Pen, il s’est aperçu que le rire y prend une forme particulière : « Qu’elles s’en prennent aux immigrés ou aux Juifs, les plaisanteries du Chef chatouillent agréablement l’auditoire (…), mais elles ne suscitent jamais aucun éclat de rire. Au mieux, on perçoit dans la salle une décharge de ricanements vénéneux. Et cette convulsion collective appelle moins le partage que le lynchage ». Cette atmosphère particulière, Jean Birnbaum avoue l’avoir retrouvée dans les spectacles de Dieudonné. Tout particulièrement dans celui de décembre 2008, qui invitait sur scène… le pape du négationnisme, Robert Faurisson.
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