Lors d’une réception organisée le 21 octobre 2012 à l’initiative du seul élu juif de la NVA, les responsables de la communauté juive d’Anvers ont réservé un accueil très chaleureux à Bart De Wever. Une réception aux allures de marque d’allégeance.
Pour accueillir le nouvel homme fort de la Métropole, les principaux dirigeants communautaires n’ont pas hésité à sabrer le champagne en sa compagnie. Ils étaient quasiment tous présents pour le saluer : la présidente du Forum der Joodse Organisaties, le secrétaire général de la communauté orthodoxe Makhsike Hadass, et même les rebbes ultra-orthodoxes de Loubavitch et de Belz. Cette réception, dont la publicité était garantie avec enthousiasme par le magazine juif néerlandophone Joods Actueel, était-elle nécessaire ?
Les dirigeants communautaires juifs entretiennent des relations cordiales avec le pouvoir en place. Cela n’a rien d’exceptionnel et cela fait même partie de l’abécédaire des communautés juives à travers le monde. Il y a néanmoins une marge à ne pas dépasser. Exprimer son allégeance avec tant d’emphase comme s’ils accueillaient l’homme providentiel ne fait pas partie des habitudes en cours. D’autant plus que Bart De Wever n’a pas encore été nommé bourgmestre de la ville d’Anvers. Jusqu’à présent, les responsables communautaires juifs sont les seuls à lui avoir réservé cet honneur anticipé. Oui, personne d’autre n’a posé ce geste à Anvers.
En lui organisant cette « joyeuse entrée », ils ont clairement indiqué à la classe politique flamande que Bart De Wever et la NVA ont les faveurs des Juifs anversois. Ce geste précipité est inédit dans l’histoire des Juifs de Belgique. Il peut être lourd de conséquences car la NVA n’est pas n’importe quel parti. Et même s’il s’agissait d’une formation politique traditionnelle, cette forme d’allégeance politique laisse supposer que les dirigeants juifs anversois ont choisi une couleur politique.
Personne n’est neutre politiquement, et sûrement pas au sein de la communauté juive. Mais un dirigeant communautaire sérieux doit veiller à ne pas afficher avec ostentation ses options politiques. S’il souhaite célébrer la victoire électorale d’une personnalité politique, il ne convie ni les caméras ni les photographes. Mais surtout, il n’entraîne pas son organisation ni la communauté juive dans son ensemble à défendre un parti en particulier. On attend surtout d’un dirigeant juif qu’il entretienne d’excellentes relations avec tous les partis politiques démocratiques.
Les responsables communautaires anversois doivent-ils alors bouder la NVA et Bart De Wever ? Non mais ils peuvent faire preuve de bon sens politique en se limitant à une entente polie et cordiale. Inutile de sortir le champagne, les zakouskis et la sérénade car l’association des Juifs au nationalisme flamand peut et doit nous interpeller. N’oublions pas que la NVA est aujourd’hui le principal dépositaire de ce nationalisme. L’héritage est lourd : le mouvement flamand s’est compromis dans la collaboration avec les nazis sous l’occupation.
Bart De Wever n’est pas un fasciste ni un antisémite mais on sait tous que l’inventaire par rapport à ce passé qui ne passe pas n’a jamais été réalisé au sein de la NVA. La réaction virulente de Bart De Wever face aux excuses de Patrick Janssens, ancien bourgmestre d’Anvers, à la communauté juive pour la participation des autorités communales dans la persécution des Juifs sous l’occupation en est un bel exemple.
Cet empressement à se jeter dans les bras de la NVA semble avoir été orchestré par le conseiller communal NVA André Gantman. Curieuse revanche pour cet ancien échevin VLD condamné en 2006 pour abus de confiance, blanchiment et détournement de fonds dans une affaire de corruption politique. Outre ces démêlés judiciaires, André Gantman s’était également illustré en 2002 en tenant des propos ambigus sur le Vlaams Belang qu’il qualifiait de « seul parti à défendre la communauté juive ». Il est étonnant que cette même communauté juive se laisse embarquer dans le train de la NVA par un homme aussi sulfureux.
Même la presse juive locale est séduite : dans un éditorial intitulé « Bart De Wever is klaar voor het burgemeesterschap », Michael Freilich, rédacteur en chef de Joods Actueel, ne dissimule pas son enthousiasme à l’idée de voir Bart De Wever enfiler l’écharpe mayorale. Il est confiant même s’il conclut son éditorial en rappelant que De Wever doit encore prouver dans les actes qu’il est digne de la confiance que la communauté juive locale lui témoigne.
La question demeure posée : pourquoi la communauté juive anversoise se sent-elle obligée de témoigner avec tant de hâte sa confiance à un parti nationaliste ?
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