500 shekels (100 euros) par jour, telle est l’astreinte infligée par un tribunal rabbinique de Netanya à Elinor qui refuse de faire circoncire son fils. C’est une plainte déposée par le père de l’enfant, dans le cadre d’une procédure de divorce entre les deux parents, qui est à l’origine de ce jugement sans précédent. Une campagne de soutien circule sur le Net.
Un tribunal rabbinique de Netanya (près de Tel-Aviv) avait pris sa décision d’une amende en octobre, après que le mari de la femme s’est plaint de l’affaire aux juges. Le voilà qui vient de confirmer son jugement ce 25 novembre 2013. « La circoncision est une intervention chirurgicale normale qui est effectuée sur chaque bébé garçon juif, alors quand l’un des parents l’exige, l’autre parent ne peut pas la retarder, sauf s’il y a une contre-indication médicale », ont statué les juges.
Dans une interview à la chaîne 2 israélienne, Elinor, la mère de ce garçon de tout juste un an, a expliqué ne pas vouloir circoncire son fils après s’être informée sur la question. « J’ai réalisé que je ne pouvais pas infliger ça à mon fils. Je n’ai pas le droit de porter atteinte à ses parties génitales, ni de le mutiler, et le tribunal n’a pas le droit de me forcer à le faire », a-t-elle déclaré, affirmant qu’à la naissance du bébé, son mari n’avait eu aucune objection à éviter la circoncision, mais qu’il avait brusquement changé d’avis durant la procédure de divorce.
Si la circoncision n’est pas légalement obligatoire en Israël, 97% des Juifs israéliens font circoncire leurs enfants garçons. Au-delà de cette pratique religieuse (brith mila), relevant de « la tradition juive » pour une majorité, mais considérée comme une « mutilation sexuelle » par certains mouvements prônant le droit au corps (lire notre article sur la résolution du Conseil de l’Europe sur la circoncision http://www.cclj.be/article/3/4933), cette affaire relance la dénonciation de la mainmise des rabbins sur la société israélienne.
Selon Shahar Ilan, directeur adjoint de Hiddush, une ONG israélienne qui milite pour la liberté de culte la décision finale qui tranchera si la circoncision est ou non dans le meilleur intérêt de l’enfant doit être retirée des mains des tribunaux rabbiniques. « Le chiffre de 97% de parents juifs qui choisissent en Israël de faire circoncire leurs fils chuterait probablement si cela devenait une question de droit », estime-t-il. « Les gens en ont assez que l’establishment religieux leur dit comment vivre ».
En Israël, où il n’existe pas de mariage civil, les tribunaux rabbiniques chapeautés par le ministre des Affaires religieuses font partie intégrante du système judiciaire et ont la haute main sur les affaires de mariage et de divorce, et par conséquent aussi sur les cas de garde alternée, de pensions alimentaires et d’héritage. Les récentes polémiques autour de la circoncision, en Allemagne où elle a été un temps interdite, et au Conseil de l’Europe où une résolution assimilait la pratique à celle de l’excision féminine, n’ont pas non plus échappé aux rabbins qui ont réagi dans le journal Haaretz : « Cela fait un moment maintenant que nous sommes témoins des attaques médiatiques et juridiques contre la brith-mila dans de nombreux pays d’Europe et des Etats-Unis. Le peuple d’Israël est unanimement [sic] contre ces attaques, les considérant comme une autre facette des démonstrations d’antisémitisme qui doivent être combattues ».
Refusant de payer l’amende, aujourd’hui estimée à quelque 800 euros, Elinor veut porter l’affaire devant la Cour suprême, dernier recours possible puisque son appel auprès du tribunal du district de Haïfa a été rejeté. Elle est soutenue dans son combat par une série d’associations opposées à la circoncision, dont Droit au corps.com
Pétition, groupe de soutien sur Facebook et appel aux dons ont été mis en place pour l’aider à s’acquitter de la somme.
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