La Knesset se rebiffe

Le Parlement israélien vient de rejeter sèchement un projet de loi  d’Israël Beteinu, le parti d’Avigdor Lieberman Un joli coup d’arrêt à la résistible progression des idées de  l’extrême-droite. Mais pour combien de temps ?  

L’idée était d’instituer des commissions chargées d’enquêter sur les associations israéliennes de défense des droits de l’homme (« des organisations qui soutiennent fondamentalement le terrorisme ». comme dit A Lieberman.) supposées être financées par des pays ennemis.

Comme tous ces  apprentis-dictateurs se ressemblent ! Toujours les mêmes soupes rances dans les mêmes vieilles marmites. Rien de nouveau depuis les années 1930, quand les staliniens tonnaient contre les « hitléro-trotskistes », payés par les nazis pour détruire l’Union soviétique.

Ou les années 1950, lorsque le sénateur Joseph McCarthy dénonçait les communistes soudoyés par Moscou pour anéantir les Etats-Unis. Le même blabla qu’on entend aussi avec régularité en diaspora depuis les années 1980 au moins.

Des années que  nos amis de droite découvrent tous les six mois que les Juifs de gauche sont subventionnées par l’OLP, le Hamas ou l’Iran, voire les trois pour les plus chanceux. Sauf que, cette fois,  la Knesset n’a pas voulu de cette peu ragoûtante mixture.

Il faut dire que le Procureur général, Yehuda Weinstein, l’avait mise en garde : « Il est impossible d’ignorer l’effet négatif que ces commissions pourraient avoir sur les droits fondamentaux comme la liberté d’expression, la liberté de conscience et la liberté d’association »

Le Parlement a donc sèchement rejeté le projet par 57 voix contre 28. Autre source de satisfaction : à l’exception de son aile la plus à droite,  le Likoud, Premier Ministre en tête, a voté contre.

Il est rassurant de voir le principal parti de droite se souvenir que, tout au long de son histoire politique, il a toujours respecté les processus démocratiques.  Mais, si la raison l’a emporté pour cette fois, c’est à la grande fureur du très diplomate Ministre des Affaires Etrangères.

Avigdor Lieberman était très, très colère (« Je n’ai jamais vu une aussi grande quantité de mensonges, de calomnies et de déformations de la vérité que dans ce contexte ») surtout contre son principal ami et allié :

« Cette position très bizarre nous indispose énormément, moi-même et le parti Israël Beteinou. Nous ne nous en servirons pas pour provoquer une crise gouvernementale. (…)  mais j’attends plus de loyauté des responsables du Likoud » a-t-il tonné.

Un gentil centriste, raisonnable et modéré

Ce qui, traduit en langage populaire, signifie : « Refais-nous  un coup pareil, Bibi, et tu peux t’asseoir sur ton gouvernement ».  Il est donc à craindre que ce coup d’arrêt reste unique. Bien sûr, le Premier Ministre pourrait prendre la tête d’une nouvelle coalition avec Kadima et les Travaillistes.

D’autant qu’il sait que ce serait préférable pour l’Etat juif.  Mais ce nouveau positionnement révèlerait crûment qu’il appartient, lui aussi, à la droite dure. Donc, à moins qu’Israël Beteinu n’exagère vraiment, Benjamin Netanyahou préfèrera sans doute rester allié avec ce parti aussi longtemps que possible

Car, comparé à Avidgor Lieberman, le Premier Ministre ressemble à s’y méprendre à un homme raisonnable et modéré, un gentil centriste, regrettablement soumis aux exigences d’une bande d’excités. Un tel positionnement vaut bien quelques concessions démocratiques….

 

 

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