La leçon de Monsieur Herzog aux Français

N’en déplaise à Yitzhak Herzog, une initiative au Conseil de Sécurité des Nations Unies serait une excellente manœuvre pour briser l’immobilisme, avant que toute chance d’en finir avec l’occupation ne sombre définitivement. 

Il est urgent que la France « cesse de promouvoir les décisions internationales qui nuisent à Israël  ».Parmi ces mesures supposément anti-israéliennes, sinon carrément antisémites, figurent en bonne place la décision de l’UE sur l’étiquetage des produits fabriqués dans les Territoires occupés comme les tentatives françaises de promouvoir une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU qui créerait un cadre de référence à une reprise des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne. En effet, « de telles décisions sont une victoire du terrorisme et du mouvement BDS et elles paralysent les perspectives de changements dans la région ». Il importe également de cesser de nourrir des illusions : actuellement, la « solution à deux Etats » est un leurre ,en raison notamment de « la haine et [de] l’incitation parmi les Palestiniens ». 

Une déclaration de Benjamin Netanyahou, une de plus ? Non. Ces paroles fortes ont été servies au Président de la République française et à son ministre des Affaires étrangères par Yitzhak Herzog, le chef de l’opposition travailliste, lors de sa dernière visite à Paris. Elles illustrent jusqu’à la caricature la déliquescence du « camp de la paix », ou du moins de sa représentation parlementaire, incapable qu’elle est d’offrir aux Israéliens une alternative sérieuse à la coalition nationaliste-religieuse qui fait semblant de les gouverner. Elles rendent compte de la paralysie de la classe politique et elles prouvent que la solution, si solution il y a, ne saurait venir que d’une intervention vigoureuse de la « communauté internationale », autrement dit des Etats-Unis et d’Europe.

Or, il semble désormais certain que nos amis américains ne feront rien. Ceux qui, à l’instar de l’auteur de ces lignes, espéraient qu’un Barak Obama libéré de soucis électoraux utiliserait sa dernière année à la Maison-Blanche pour prendre enfin le taureau par les cornes, doivent se rendre à l’évidence. De retour à Washington après sa dernière tournée dans la région, fin novembre, son secrétaire d’Etat, l’infatigable John Kerry, lui a expliqué que Netanyahou ne voulait rien entendre ni rien concéder, et qu’il fallait abandonner tout espoir. Et la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, lui a demandé de s’abstenir de tout geste susceptible d’entraver sa campagne. A en croire des sources proches de la Maison-Blanche, tout ce que l’on peut espérer est un discours qui livre les contours d’une « vision » présidentielle sur les lignes d’un accord possible. Avec cela, on sera bien avancé.Reste l’Europe. On a tout dit de cet ovni bizarre qui ne cesse de désespérer ses plus ardents défenseurs. Mais vers qui se tourner, avant que toute chance d’en finir avec l’occupation ne sombre définitivement, et avec elle, les deux projets nationaux concurrents et indissolublement liés qui se disputent ce malheureux bout de terre ? 

A suivre les contorsions de la politique européenne au Proche-Orient, on sent tout de même comme un frémissement. Comment traduire ce frémissement en une politique cohérente, telle est la question. La France est bien placée pour conduire le mouvement. Dans la négociation iranienne, elle a fait preuve d’un activisme remarquable, qui a permis d’arracher un accord meilleur que celui auquel les Américains étaient prêts à se résigner. Son entregent a assuré le succès de la dernière conférence sur le climat. Et elle se trouve en première ligne dans la lutte globale contre le terrorisme. Le retrait américain, l’insignifiance britannique et les complexes allemands l’obligent à prendre ses responsabilités. 

Le « groupe international de soutien » au comateux processus de paix suggéré par la France va dans le bon sens, tout comme la conférence internationale que le ministre des Affaires étrangères sortant, Laurent Fabius, entend réunir dès cet été. Netanyahou ira-t-il ? Si ,il s’y rendra. Il était déjà présent à la conférence de Madrid qui a lancé ledit processus de paix en 1991, aux côtés du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Shamir. Or, Shamir était un réjectionniste d’une autre trempe que Netanyahou. En attendant, et n’en déplaise à Yitzhak Herzog, une initiative au Conseil de Sécurité des Nations Unies serait un excellent gambit. Peu importe au fond le contenu du projet de résolution qu’elle y porterait : l’illégalité de la colonisation ou, plus ambitieusement, l’architecture d’un accord global possible. Les Américains useraient-ils, comme à leur habitude, de leur droit de veto ? D’abord, rien de moins sûr désormais, du moins pour ce qui concerne les implantations. En effet, l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël vient de condamner dans des termes d’une dureté inédite la violation systématique des droits de l’homme en Cisjordanie occupée, notamment le double système juridique qui y a cours. Mais même s’ils recouraient une fois encore au veto, tant pis.

L’essentiel est de faire bouger les lignes. L’immobilisme, voilà l’ennemi. Il existe toujours d’excellentes raisons de ne rien faire. Mais quand faux réalistes et vrais cyniques seront tous morts et enterrés, les historiens auront tout loisir de dresser la liste des occasions perdues et celle des responsables de non-assistance à peuples en danger.

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