La librairie Filigranes a renvoyé à l’éditeur le pamphlet douteux de Richard Millet

Marc Filipson, fondateur et patron de Filigranes, refuse de vendre dans sa librairie le dernier livre de Richard Millet Langue fantôme, éloge littéraire d’Anders Breivik. Il nous explique les raisons de son choix.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vendre le dernier livre polémique de Richard Millet dans votre librairie ? J’ai réagi comme un père l’aurait fait, et non pas comme un commerçant. Richard Millet, un ponte de l’édition parisienne, prix Goncourt par ailleurs, publie chaque années son journal. Jamais je n’ai refusé de le vendre, alors qu’il tient parfois des propos racistes et xénophobes. Mais avec son dernier livre, Langue fantôme – éloge littéraire d’Anders Breivik, il va encore plus loin : il exploite l’affaire Breivik pour nous raconter que tuer 77 enfants relève de la littérature ! Cela m’a tellement choqué que j’ai fait savoir sur Facebook que je pratique l’autocensure, ce que je n’ai jamais fait en plus de 29 ans de librairie.

Votre décision a-t-elle suscité des réactions ? Oui. Plus de 100 personnes ont partagé le post sur Facebook et beaucoup de gens me soutiennent, même si certains contestent mon choix. Ils me disent que je n’ai pas le droit d’empêcher les gens de lire un livre, et qu’ils iront l’acheter ailleurs. Ils ont raison, mais je n’ai jamais empêché quiconque de le lire. J’offre même la possibilité de l’acheter en version numérique et, je le vends au prix coûtant. Je ne veux pas gagner le moindre centime avec un livre pareil.

Vous ne considérez donc pas organiser une forme de censure ? Absolument pas. Tous ceux qui me critiquent sur Facebook ont un ordinateur. Ils peuvent donc le commander numériquement. Et ceux qui souhaitent l’acheter en version papier peuvent le commander. Le problème qui s’est posé est le suivant : le distributeur m’a contraint de le prendre. Ils m’ont envoyé un seul exemplaire ! J’en aurais reçu mille, je les aurais aussi renvoyés à l’expéditeur. Mais le droit à la lecture, je le laisse à tous et à toutes. Certains ont même parlé d’autodafé. Et j’ai pu lire des propos antisémites laissant entendre que les Juifs font la loi !

Vous vendez pourtant des livres d’auteurs très polémiques ? Oui. On trouve en rayon des livres de Tariq Ramadan ou d’Alain Soral. J’assume complètement. Ceux qui achètent Soral le font en connaissance de cause. Je ne suis pas naïf, je sais qu’il a été le porte-parole du Front national et que c’est un excellent ami de Dieudonné. Tout comme Tariq Ramadan ne se cache pas de promouvoir l’islam politique. Le cas de Richard Millet est différent. Il s’agit d’un intellectuel qui occupe un poste important aux éditions Gallimard. Des tas d’auteurs s’adressent à lui pour être publiés. La parution de cette véritable apologie de la violence me semble incompatible avec sa fonction stratégique chez Gallimard. Mais j’insiste bien que ceux qui souhaitent se le procurer chez Filigranes peuvent l’acheter en version numérique, ce qui leur coûtera même moins cher, car il est vendu au prix coûtant.   

]]>