La Knesset vient d’adopter une loi constitutionnelle sur l’Etat-nation du peuple juif. Son article 6 traite des relations entre l’Etat d’Israël et la Diaspora. Il énonce que l’Etat « agira au sein de la Diaspora pour renforcer les liens » entre elle et l’Etat d’Israël. Celui-ci « agira pour préserver l’héritage culturel, historique et religieux du peuple juif au sein de la Diaspora ». Principal centre culturel juif de Belgique, le Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind (CCLJ) ne peut que se réjouir de ces intentions. Il observe que ces liens formels établis par la loi israélienne confèrent à la Diaspora toute légitimité pour s’exprimer à son sujet.
Dès ses origines et durant toute son histoire, le mouvement sioniste s’est fondé sur des valeurs libérales, démocratiques et pluralistes. Le manifeste L’Etat des Juifs de Theodor Herzl l’affirme d’emblée. Il s’agit de créer pour les Juifs un Etat refuge débarrassé de la plaie antisémite. Il n’écrit nulle part que cet Etat se verrait réservé aux seuls Juifs.
La Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, proclamée par David Ben Gourion le 14 mai 1948, réaffirme ces principes. Elle promet d’apporter « à tous les habitants du pays les bienfaits du progrès » et ajoute « l’Etat d’Israël (…) veillera au développement du pays pour le bénéfice de tous ses habitants (…) il assurera la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ; il garantira la liberté de culte, de conscience, de langue et de culture.»
La Déclaration demande « aux habitants arabes d’Israël de préserver la paix et de prendre leur part dans l’édification de l’Etat sur la base d’une égalité complète de droits et devoirs et d’une juste représentation dans tous les organismes provisoires et permanents de l’Etat. » Aujourd’hui les citoyens arabes d’Israël contribuent à la vie nationale dans les domaines de l’entreprise, de l’université, de l’enseignement, de la culture, de la politique, de la fonction publique. Il n’existe aucune raison de les traiter autrement que les citoyens juifs.
La loi sur l’Etat-nation renie la vision des Pères fondateurs d’Israël
La loi sur l’Etat-nation se montre clairement discriminatoire envers la minorité arabe. La langue arabe, jusqu’ici langue officielle à égalité avec l’hébreu, se voit rétrogradée au rang de langue subalterne régie par une loi d’application séparée (article 4). Quant à l’article 7 relatif à l’occupation du sol, il privilégie celle-ci à l’avantage exclusif de la majorité juive. Il ignore purement et simplement la minorité arabe. La loi sur l’Etat-nation traite les Arabes israéliens en citoyens de seconde zone. Elle renie la vision des Pères fondateurs d’Israël
Cette loi compliquera encore davantage une issue au conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, avec son article 3 (La capitale de l’Etat) qui consacre l’unification complète de Jérusalem, Jérusalem Est arabe incluse. Quant à l’article sur l’occupation du sol il pourrait, le cas échéant, servir à consolider l’annexion rampante de la Cisjordanie.
Alors que la loi sur l’Etat-nation ambitionne de resserrer les liens entre la Diaspora et Israël, elle aura entrainé pour effets immédiats dissensions, gênes et protestations parmi les organisations représentatives de la Diaspora (Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, American Jewish Committee, Union for Reform Judaism / USA,… ). La vice présidente du Board of Deputies of British Jews a tweeté : « Tous les peuples méritent le respect. Il faut considérer les Arabes d’Israël ainsi que les autres minorités comme une part précieuse de la société. L’histoire juive enseigne que les sociétés se renforcent quand les minorités se voient soutenues et qu’elles dépérissent lorsqu’on leur manque d’égards. »
Le CCLJ constate que cette loi constitutionnelle n’émane pas d’un large consensus au Parlement et dans la société israéliens. Elle devrait être revue en ses points litigieux. Parce qu’Israël est une démocratie, ce qu’une majorité à la Knesset a voté, une autre majorité peut le défaire.
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