Pour la 12e année consécutive, le Collège Sapir accueillait ces 25 et 26 novembre 2014 la « Conférence pour la société de Sderot ». Rendez-vous obligé de la classe politique israélienne, de Moshe Ya’alon (ministre de la Défense) à Tzipi Livni (Justice), cet évènement hautement symbolique a aussi servi de plate-forme de lancement officiel à un nouveau mouvement citoyen, « Nashim ossot shalom » (Les Femmes font la paix).
Ce mardi après-midi, plus de 750 Israéliennes de tous de tous âges et de tous bords, Juives, Arabes, laïques, religieuses, de gauche comme de droite, et venues de tout Israël, participent à la campagne « En route pour la paix ». Dans le cortège, Roni, qui vient d’accomplir son service militaire dans la section de soutien du corps d’infanterie Givati, n’avait jamais pris part à un mouvement pour la paix. Mais aux côtés de sa mère Tal, une habituée des défilés de la mouvance « Shalom Archav » (« La Paix Maintenant) et de sa grand-mère, Shahar, une ancienne du mouvement des « Quatre mères » né en 1982 pour arrêter la guerre du Liban, la jeune femme n’est pas dépaysée. « Les gens de ma génération se contentent de promouvoir la paix sur les seuls réseaux sociaux, ce n’est pas suffisant », explique-t-elle. A l’heure du déjeuner, répondant à l’appel du mouvement, des centaines d’autres apprenties militantes arborant T-shirt blanc et rubans bleus, ont afflué dans les gares ferroviaires du pays, de Naharia (près de Saint-Jean-d’Acre) à Ashkelon en passant par Tel-Aviv, pour descendre à la station Sderot. Et marcher pendant près de 40 minutes jusqu’au Collège Sapir, institution phare de cette région du sud d’Israël, sous le feu des missiles du Hamas tirés depuis la Bande de Gaza depuis plus d’une décennie.
« Ce train pour
Sdérot s’est arrêté cet été à cause du conflit militaire. C’est le train qui arrêtera la prochaine guerre », explique Marie-Lyne Smadja, docteur en Sciences de l’éducation d’origine française, et l’une des cofondatrices du mouvement, aux côtés de l’avocate Irit Tamir, puis de Michal Barak, la fille du juge de la Cour suprême Aharon Barak. Née cet été dans la foulée de l’enlèvement des trois adolescents israéliens, dont le meurtre a servi de déclencheur au dernier conflit à Gaza, cette initiative citoyenne n’est pas liée à un parti politique. « Une première dans l’histoire », selon les cofondatrices du mouvement qui a déjà rallié plus de 6.000 adhérents (dont 12% d’hommes et environ 15% d’Arabes israéliennes) en l’espace de quatre mois.
Il n’empêche que l’initiative « Nashim ossot shalom » reste sous-tendue par un but politique commun : exercer une pression sur les dirigeants israéliens pour qu’ils trouvent une solution pour parvenir à la paix dans le respect de toutes les parties. Une solution de deux Etats pour deux peuples ou un accord régional inspiré par l’initiative de paix arabe.
Lors de la commémoration alternative de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, organisée le 1er novembre dernier à Tel-Aviv, les représentantes du mouvement ont d’ailleurs été conviées à présenter leur programme par le fils du Premier ministre, Yuval Rabin, lui-même promoteur de « l’Initiative pour la paix israélienne ». Un autre commencement chargé de symboles.
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