Les ravisseurs des trois élèves de yeshiva enlevés jeudi soir alors qu’ils faisaient du stop en Cisjordanie avaient bien préparé leur coup et n’ont laissé aucune trace. Les services de sécurité israéliens affirment qu’ils auront besoin de temps pour les retrouver.
Quatre jours après l’enlèvement de Naftali Frenkel (16 ans), de Gilad Sheer (16 ans) et d’Eyal Ifrah (19 ans), Tsahal, la police israélienne et le Shabak (Sûreté générale) ne semblent pas près de retrouver les disparus. Certes, l’opération « Que nos frères reviennent » lancée dès vendredi en Cisjordanie a pris une ampleur inégalée depuis la seconde intifada. Outre les perquisitions menées par les unités spéciales « Douvdevan » et « Kfir » dans la ville d’Hébron, ainsi que dans les villages des environs, des coups de filet ont été menés à Jénine et à Ramallah où un Palestinien a été tué et un autre blessé au cours d’échanges de tirs.
Pour l’heure, les incidents qui éclatent sur l’ensemble de la Cisjordanie restent sporadiques, mais la situation pourrait se dégrader rapidement, puisque Tsahal continue d’envoyer des troupes dans cette zone et que 20.000 travailleurs palestiniens de la région d’Hébron se sont vu interdire l’accès du territoire israélien où ils sont employés.
Pour le moment, les résultats du déploiement de force israélien sont maigres : 150 personnes ont certes été arrêtées, mais la plupart d’entre elles, tels le président du parlement palestinien Aziz Dwek, le leader du Hamas de Cisjordanie et des cadres du Fatah, ne sont pas soupçonnées d’être impliquées dans l’enlèvement. En revanche, cela pourrait servir à faire pression sur l’AP et pousser les coupable à se découvrir.
« Parallèlement aux investigations menées pour retrouver les trois disparus et auxquelles les services de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) collaborent de manière active, Benyamin Netanyahou veut profiter de l’occasion pour extirper définitivement le Hamas de Cisjordanie », explique le chroniqueur militaire Ron Ben Yshaï. « Il redoute tellement de voir cette organisation lancer à Ramallah un putsch semblable à celui de 2007 à Gaza qu’il envisage de faire raser la maison de tous les leaders du Hamas susceptibles de présenter un danger et de les expulser vers la bande de Gaza ».
Après avoir accusé le président palestinien Mahmoud Abbas et son nouveau gouvernement d’union nationale d’être « responsables » du triple enlèvement de jeudi dernier, Netanyahou a en tout cas baissé d’un ton pour s’adresser aux dirigeants palestiniens. Il a d’ailleurs téléphoné à Abbas et s’est longuement entretenu avec lui alors qu’il refusait jusqu’à présent de l’avoir au bout du fil. « Le Premier ministre a compris qu’il a besoin de l’AP pour retrouver les disparus », estime le commentateur politique Amit Segal.
Réaction tardive
En Israël où les radio-télévisions suivent l’évolution des recherches de manière quasiment ininterrompue depuis vendredi, la majorité des chroniqueurs critique d’ailleurs la « grossièreté » avec laquelle Netanyahou s’en est pris aux responsables de l’AP après l’annonce de la disparition des trois étudiants de yeshiva. Ils le dénoncent d’autant plus qu’Israël, qui dispose du contrôle sécuritaire exclusif de la zone dans laquelle l’enlèvement a eu lieu, dispose d’une grosse part de responsabilité dans cet évènement.
En effet, jeudi dernier, l’un des trois étudiants kidnappés a réussi à téléphoner à la police pour signaler ce qui lui arrivait, mais les trois agents de garde au central n’ont pas pris l’affaire au sérieux. En tout cas, ils n’ont pas effectué les vérifications minimales, offrant aux ravisseurs une période de calme de six heures avant le déclenchement des premières opérations de recherche.
A Gaza-city, le Hamas continue de nier toute implication dans la disparition de Frenkel, Sheer et Ifrah. En revanche, il menace de « ne pas rester les bras croisés » si l’opération « Que nos frères reviennent » devait se poursuivre et s’étendre en Cisjordanie.
Plusieurs roquettes ont d’ailleurs été tirées dans le courant de ces dernières heures en direction d’Ashkelon et d’Ashdod. Elles ont certes été interceptées par le système « Dôme d’acier », mais l’aviation israélienne y a riposté en menant deux raids de représailles.
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