La lutte contre l’islamophobie et l’insupportable amalgame avec la Shoah

Muslims Rights Belgium (MRB) et Musulmans « progressistes » (MP) ont lancé sur le Net une campagne intitulée « Jusqu’où ira le racisme anti-musulman ? Ne soyons pas condamnés à revivre l’Histoire ». Une campagne où l’amalgame avec la Shoah est flagrant.

Evoquant la date hypothétique de 2040, le visuel représente une femme (voilée), un homme (barbu) et un petit garçon, tous trois vêtus de pyjamas orange modèle Guantanamo. Ils portent sur leur tunique un croissant et une étoile islamiques, fine allusion à l’étoile jaune que les nazis imposèrent aux Juifs avant de les exterminer. En arrière plan, un mirador, des projecteurs et une clôture surmontée de barbelés. 2040 célèbre le centenaire de l’invasion allemande en Europe occidentale.

Ainsi, pour MP et MRB, officines montées en Belgique par les Frères musulmans (voir http://www.cclj.be/sites/default/files/musulmans_progressistes_willy.pdf), l’Occident mènerait contre l’islam une guerre raciste. Il manigancerait contre ses fidèles un plan génocidaire. Il voudrait leur faire subir, enfants inclus, le sort réservé aux Juifs par les nazis. Selon eux, la prison de Guantanamo préfigurerait les centres d’extermination. Pour MP et MRB, finis les sourires doucereux, « mains tendues » et autres « appels au dialogue ». On jette bas les masques. Enfin. Tant mieux.

Démontons l’imposture qui amalgame haine de l’islam (« islamophobie ») et racisme. Ceux qui prononcent la profession de foi, prient cinq fois par jours, jeûnent à ramadan, dispensent l’aumône et accomplissent le hajj manifestent de manière indiscutable leur volonté personnelle – et même une volonté exigeante. Comme toute religion, l’islam est une croyance, une conviction, un choix. A contrario, notre lieu de naissance, notre famille, notre ethnie d’origine, la pigmentation de notre peau, l’aspect de nos cheveux, notre faciès, notre langue maternelle, notre genre, notre orientation sexuelle, nous ne les choisissons pas. Le racisme consiste à haïr une personne, un peuple ou une ethnie pour ce qu’il ou elle est. C’est pourquoi en Belgique le racisme constitue un délit, non une opinion. Quant à une conviction, religieuse, agnostique ou athée, il est permis de la critiquer, d’en rire et même de l’insulter. Et, oui, il est permis de détester une religion et de blasphémer. Ce sont les être humains qu’il faut respecter, non leurs croyances ni leurs idées.

L’assimilation entre « islamophobie » et racisme que relaient ici les Frères musulmans, procède d’une campagne politique financée à coup de pétrodollars et orchestrée depuis deux décennies par les 57 Etats membres de l’Organisation de la Conférence islamique, au nombre desquels l’Arabie saoudite, le Qatar, la République islamique d’Iran, etc. Ils visent à bâillonner toute critique de l’islam. Cette religion fonde le pouvoir dans ces théocraties, dictatures et régimes autoritaires. Plus que tout ils redoutent la démocratie et la sécularisation de leurs opinions publiques, pour lesquelles l’Europe peut offrir une attractive source d’inspiration.

Tordons le cou au mensonge grotesque qui prête à l’Occident l’intention de liquider l’islam et ses fidèles. Certes le pénitencier de Guantanamo insulte l’état de droit américain. L’on regrette que le président Obama n’ait réussi à effacer ce furoncle voulu par son prédécesseur qui défigure la démocratie de son pays. Mais Guantanamo n’est en rien un centre d’extermination comme l’était Auschwitz.

S’il existe bien un socle des sociétés européenne et américaine, c’est la liberté de conscience. En Belgique, l’islam est un culte officiellement reconnu. Il bénéficie de subsides publics. Il existe chez nous des centaines de mosquées. Par centaines de milliers les fidèles s’assemblent chaque jour pour prier. Paisiblement. En toute sécurité. D’innombrables musulmans et musulmanes déambulent en rue et fréquentent les transports en commun arborant les signes visibles de leur foi. En toute quiétude et dans l’indifférence de leurs concitoyens non musulmans. Les accrochages sont exceptionnels, heureusement. Pour mémoire, les très rares Juifs portant kippa s’exposent à bien des avanies, eux, quand ils s’aventurent dans les quartiers musulmans de nos villes.

Par leur haine anti occidentale, les Frères musulmans adoptent une posture symétrique à la haine xénophobe de l’extrême droite, les Vlaams Belang, Front national, et consorts. Islamisme et extrême droite apparaissent ici dans toute leur vérité, à savoir deux versants du même phénomène : la haine de l’Autre. La Confrérie nous livre une version islamiste du « choc des civilisations ».

Dénonçons enfin l’infamie qui consiste à instrumentaliser la Shoah. Cette campagne travestit l’étoile jaune, prélude aux camps de la mort, aux fins d’accréditer le bobard d’un plan d’extermination des musulmans. Sans aucun respect pour les victimes, la Confrérie banalise le processus génocidaire. Celui-ci concerne, rappelons-le, le génocide des Arméniens, celui des Juifs et celui des Tutsis du Rwanda. L’affirmation « Ne soyons pas condamnés à revivre l’histoire » pastiche le « plus jamais ça » d’après Auschwitz. On mystifie le public. Aucune menace existentielle ne pèse sur le milliard et demi de musulmans. Ensuite et surtout, les musulmans ne constituent nullement un peuple. L’islam en englobe une multitude.

Au final, nous nous trouvons face à une entreprise révisionniste de la Shoah, laquelle, rappelons-le, constitue un délit en Belgique. Par là, les Frères musulmans dévoilent leur antisémitisme viscéral. Faut-il s’en étonner de la part d’un mouvement politico-religieux né dans les années 1930, influencé par les fascismes de l’époque et dont la haine du Juif doit bien davantage à l’antisémitisme nazi qu’à l’antijudaïsme traditionnel du monde islamique ?

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