La Maison des enfants ne laissera que des souvenirs

Maman : trentenaire un peu débordée

Enfants : un ptit gars de 6 ans et une blondinette de 3 ans, nostalgiques

Le ptit gars : « Une famille, c’est plus chouette ! »  

Il y a bien longtemps se trouvait ici la Maison des enfants. Un foyer pour les uns, une famille élargie pour les autres, un établissement scolarisant et hébergeant les enfants de 0 à 18 ans… C’était au temps de l’âge d’or du kibboutz, où tout était partage, collectivité et solidarité. Pourquoi l’éducation aurait-elle donc dérogé à la règle ? Et qui mieux que des professionnels pour s’en charger ?

En nous promenant pendant les vacances sur les chemins du kibboutz, le ptit gars a été attiré par ces parcelles de terre, fraichement retournée. Trois bâtiments, qui constituaient autrefois l’internat et quelques classes, y avaient été rasés. Pour laisser la place -alors que le kibboutz est en phase de privatisation- à de nouvelles maisons, avec de nouvelles familles, véritables cette fois… Dans ces maisons, les enfants vivront avec leurs parents, ils possèderont même leur chambre. Rien de comparable avec l’époque où ils ne faisaient que passer quelques heures en fin de journée, avant de regagner pour la nuit cette Maison des enfants anonyme.

Comprenant peut-être qu’il s’agissait du vécu de son père, le ptit gars s’est étonné : « Mais pourquoi ils ont tout enlevé ? », s’est-il exclamé. « C’est vrai quoi, il fallait garder quelque chose pour se souvenir, sinon on oublie… ».

J’ai pensé la même chose. Dix-huit ans ou presque passés à quelques centaines de mètres de ses parents, des parents à temps plus que partiel ne partageant qu’une ou deux heures de jeu de temps en temps et les repas du vendredi soir, trop peu là pour vous réconforter, pour recueillir vos petits maux, vos confidences, pour partager vos joies… Dix-huit ans ou presque avec pour seule identité le groupe, ça laisse forcément des traces. Des souvenirs vivaces.

Nous n’avons pas trouvé la petite plaque qui mentionnait l’existence de la Maison des enfants, et avec elle le souvenir de tous ceux qui y ont vécu, par la décision du kibboutz, qui pensait alors faire le mieux pour eux en remplaçant les parents par des éducateurs professionnels…

Bar’am a été le dernier kibboutz à renoncer au système en 1996. Ce revirement entrainant au sein de certaines familles de grandes différences d’éducation entre les enfants. Un attachement aux parents sans aucun doute aussi différent. Avec, chez les aînés, cette réserve à exprimer ses sentiments, après avoir vécu tant d’années avec les mêmes gens.

J’ai tenté de déceler une rancœur ou une désapprobation face à ce choix de la séparation qui aura sans doute été aussi difficile pour les parents que pour les enfants, mais personne aujourd’hui ne semble vouloir revenir sur le sujet. Je réalise en tout cas à quel point c’est une chance de vivre entouré des siens. La conclusion du ptit gars a été sans appel : « Une famille, c’est plus chouette, parce qu’on est ensemble »

]]>