Même s’ils ont démontés leurs tentes et ne font plus la « Une », les « Indignés » de Tel Aviv n’ont pas disparu -et leurs revendications encore moins. A preuve, le Premier Ministre israélien est en passe de résoudre leurs problèmes. Dit-il.
C’était pendant la contestation sociale de cet été : après s’en être moqué, B. Netanyahou avait fini par comprendre qu’il y avait là un vrai problème de société. Il avait alors promis du changement et créé deux commissions d’experts pour le mettre en œuvre.
La première, dirigée par l’économiste Manuel Trajtenberg examine toujours les demandes précises des contestataires. La seconde, la « Commission Shani » (du nom de l’ex- Directeur général des Finances qui la préside) planche sur la « concentration économique »,
Et elle vient de rendre un rapport provisoire au Premier Ministre (le définitif est prévu pour décembre). Ce texte constate ce que chacun savait déjà : l’économie israélienne est aux mains de quelques familles qui tendent à abuser de leur monopole.
A titre d’exemple, le rapport explique que « dix grandes sociétés israéliennes représentent à elles seules 40% de la capitalisation de la Bourse de Tel-Aviv » .Dans la foulée, le rapport propose quelques mesures de si bon sens qu’on s’étonne qu’elles n’aient pas déjà été prises.
Interdire de posséder à la fois une banque et une compagnie d’assurances. Limiter la taille et le nombre des compagnies qu’un groupe peut contrôler. Séparer la spéculation financière et l’économie réelle.
Si toutes ces mesures sont adoptées, conclut le rapport, « elles produiront des changements structurels qui se répercuteront sur le coût de la vie dans les quatre à cinq ans ». Benjamin Netanyahou a aussitôt tenu une conférence de presse pour manifester son approbation.
Il a commencé par préciser qu’il n’entendait pas perturber le fonctionnement des entreprises, « qui ne sont certainement pas nos ennemies ». Puis, il a rappelé son engagement de prendre « des mesures courageuses et pionnières pour le bien des consommateurs israéliens ».
Et donc qu’il entendait bien, lui aussi « limiter la concentration de l’économie entre les mains d’un groupe restreint d’entreprises, afin de faire baisser les prix des produits et des services ». Langage clair et net, s’il en fut. Quoiqu’un peu tardif, noteront les esprits mesquins
N’est-ce pas ce même Netanyahou qui, en tant que Ministre des finances, a, plus que nul autre, mis en œuvre un crédo ultra-libéral digne de Margaret Tatcher sinon d’Augusto Pinochet ?
En attendant, la rue se tient calme
Les esprits chagrins y verront eux, une variante de la tactique favorite –sinon unique- du Premier Ministre : gagner du temps. Par tous les moyens. Y compris en disant ce que ses interlocuteurs désirent entendre.
Car le rapport définitif n’est pas encore rendu. Lorsqu’il le sera, le gouvernement y apportera des modifications avant de le proposer à la Knesset qui fera les siennes Et même s’il est appliqué, il ne changera rien avant des années.
D’ici là, qui sait ce qui peut advenir et qui sera aux affaires? Et, en attendant, la rue se tient calme… Telle est peut-être la malédiction de Benjamin Netanyahou. Celle qui, à l’heure des bilans, fera sans doute de lui un des plus mauvais Premiers Ministres qu’Israël ait jamais eu.
A l’intérieur comme à l’extérieur, cet homme a toujours compris les problèmes. Il a vu les solutions. Il a même souvent eu la velléité de les résoudre. Mais il a toujours manqué du courage et de la hauteur de vues nécessaires pour s’y attaquer.
A l’inverse d’un Ben Gourion, il n’a jamais su faire passer ses propres conviction ni son camp politique après l’intérêt supérieur de l’Etat. Mais si ses limitations sont sa malédiction personnelle, elles sont aussi celle d’Israël. Et de ceux qui craignent pour l’Etat juif.
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