La maman du petit soldat

Jouée depuis ce mercredi 8 et jusqu’au 25 février 2012 devant le public bruxellois de l’Atelier 210, La maman du petit soldat est en réalité une coproduction du théâtre Le Rideau et du Théâtre de Poche de Genève, où elle a été créée pour la première fois en janvier. Servie par une mise en scène et une distribution remarquables, la pièce interroge les liens familiaux et « ramène la guerre à la maison », selon les mots de l’auteur, Gilles Granouillet.

Une mère qui ne bouge presque pas, une fille qui n’est plus tout à fait une gamine, un fils parti faire une guerre pour la paix. Voilà les trois personnages autour desquels se tisse un huis clos quelque peu particulier : dedans ou dehors, ici ou là-bas, réunis ou pas vraiment, pour le pire et… presque seulement pour le pire.

En opération dans un pays étranger qu’il ne connaît pas et où personne ne parle sa langue, un jeune soldat se retrouve tout à coup isolé de son régiment. Il a pour ordre de fouiller une maison, à la recherche de l’homme qui y vit. N’y trouvant que deux femmes, aussi terrorisées que lui, le soldat se souvient qu’il est aussi un fils, et, perdu, ne peut qu’appeler sa mère à l’aide. Une mère qui comme sa fille a du mal à trouver le sommeil. L’une est rongée par le regret, l’autre hantée par ses cauchemars. « La nuit chasse les mauvais rêves », dit-on; mais lorsque le jour se lève enfin après cette nuit d’angoisse, le doute persiste : était-ce le cauchemar de la fille, de la mère ou encore celui du fils ? A moins que tout cela n’ait été tristement réel pour les trois… ?

Tout est fait pour brouiller les pistes, pour que le spectateur ne sache jamais à quoi s’en tenir, ni sur quel pied danser. Tout au long de la pièce, il bascule sans cesse d’un univers à un autre, tant ceux-ci se mêlent et s’entremêlent à en donner le tournis.

Cela n’aurait pas été possible sans une inventive mise en scène, que l’on doit à Philippe Sireuil. Grâce à un jeu de lumières superbement dosé, il parvient à faire vivre de mille façons différentes l’unique et minimaliste décor. La rumeur le veutun metteur en scène impatient, obstiné, rigoureux et perfectionniste, ce qu’il est, à n’en point douter. Si le jeu des acteurs peut parfois surprendre ou dérouter, il s’avère lui aussi extrêmement juste, et rend parfaitement hommage à un texte poignant, mais très dur, impudique, parfois à la limite du soutenable.

« Cette pièce n’éclaire aucun conflit particulier », précise Gilles Granouillet, « mais elle essaye de nous faire sentir les choses de l’intérieur. Je m’intéresse à la manière dont les guerres rebondissent sur les familles. Au théâtre, on se fait toujours raconter des histoires de guerre lointaine, c’est toujours la guerre de l’autre. Pourtant, une dizaine de soldats français sont morts récemment sans bonnes raisons dans une embuscade en Afghanistan. Situation absurde, alors que cette guerre leur est étrangère ».

Loin de donner des leçons, l’auteur préfère simplement poser des questions, interroger le quotidien comme le lointain, et ébranler nos certitudes.

« La maman du petit soldat »

de Gilles Granouillet

A voir jusqu’au 25 février 2012 à l’Atelier 210

Chaussée Saint-Pierre 210, 1040 Bruxelles

Rencontre avec l’auteur, le metteur en scène et les acteurs le mercredi 15/2 après le spectacle

Infos et réservation : www.rideaudebruxelles.be ou 02/737.16.01

En raison d’un problème de santé momentané de la comédienne Edwige Baily, les représentations des 9, 10 et 11 février sont annulées. La série des représentations de La maman du petit soldat reprendra le 14 février.

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