Le ministère de l’Education a décidé de retirer du programme des lycées israéliens un livre de Dorit Rabinyan. Au motif que cette histoire d’amour entre une Israélienne et un Palestinien encourage « l’assimilation ».
L’affaire « Borderlife » n’en finit pas de faire couler de l’encre en Israël. Et pour cause : la mise à l’index de ce roman d’amour de Dorit Rabinyan, qui s’est vu écarté du programme des sections littéraires des lycées israéliens, a soulevé un véritable tollé dans le monde culturel et politique. « Le ministère de l’Education se transforme peu à peu en ministère de l’endoctrinement », a fait valoir -dimanche 3 janvier 2016- un éditorial au vitriol du quotidien Haaretz.
Publié en 2014 sous le titre hébraïque de Gader Haya (« Barrière vivante »), ce livre qui raconte l’histoire d’amour entre Liat, une traductrice israélienne, et Hilmi, un artiste palestinien, n’a pas été au goût de la responsable pédagogique du ministère, Dalia Fenig. Allant à l’encontre d’une recommandation d’un haut comité, cette fonctionnaire -et ex-professeur de géographie- a invoqué le danger que ce roman soit perçu comme « encourageant l’assimilation », au travers des unions mixtes entre Israéliens et Palestiniens. Avant de le bannir des programmes scolaires, au motif qu’il « menace l’identité juive ».
Pris à parti, le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux « Foyer juif », a défendu cette décision, tout en précisant ne pas y avoir pris part. Une caution qui a relancé de plus belle la polémique. « Peut-être vaudrait-il mieux supprimer les études littéraires des programmes, puisque la littérature mondiale et hébraïque la plus insigne recèle de choses dérangeantes et pas vraiment casher », a ironisé Amos Oz dans le quotidien Yedioth Ahronoth.
« Il est même plus urgent de retirer du programme l’étude de la Bible : en matière de relations sexuelles entre Juifs et gentils (terme désignant les non-Juifs), la Bible est mille fois plus dangereuse que le livre de Rabinyan », a ajouté le grand écrivain israélien. « Le roi David et le roi Salomon étaient coutumiers de coucher avec des étrangères sans se soucier de vérifier leur nationalité sur leur carte d’identité ».
Outre la Bible, moult romans dont l’intrigue comporte une romance entre un Juif et un « gentil » (musulman ou chrétien) sont enseignés dans les lycées israéliens, comme L’Amant d’A. B. Yehoshua, Une trompette dans le Wadi de Sami Michael, L’Esclave d’Isaac Bashevis Singer, sans oublier les écrits de Chaim Nahman Bialik et du prix Nobel israélien Shai Agnon.
En dehors d’Amoz Oz, de nombreuses personnalités sont montées au créneau pour critiquer cette décision. « C’est un jour noir pour la littérature hébraïque », a déclaré l’écrivain Haim Be’er, qualifiant la mesure « d’acte dangereux ». Leader du parti de la gauche radicale Meretz, Zehava Galon a déploré « une attaque contre les valeurs laïques, à savoir la liberté, le pluralisme, l’égalité et l’amour entre les êtres humains ». Tandis que le chef du parti travailliste Itzhak Herzog a commenté sur sa page Facebook : « Est-ce que le Peuple du Livre a peur des livres », avant de dénoncer « le mur d’intimidation, d’exclusion et d’inflexibilité » mis en place par le gouvernement Netanyahou.
« Cela n’a rien à voir avec de la censure », s’est pour sa part défendu le ministre de l’Education, Naftali Bennett, sur le plateau de la deuxième chaîne de télévision israélienne. « Quiconque veut lire ce roman peut l’acheter. Mais le ministère ne forcera pas des élèves à lire un livre qui présente les soldats israéliens comme des « sadiques » et les met sur un pied d’égalité avec les « terroristes » du mouvement islamiste palestinien Hamas ».
Quant à Dorit Rabinyan, une auteure israélienne juive d’origine iranienne âgée de 44 ans, elle a répondu en accusant Naftali Bennett de ne pas avoir lu le livre et de sortir les phrases de leur contexte. Reste que le dossier n’est pas encore totalement clos. Le conseiller juridique du gouvernement, Yehouda Weinstein, a en effet annoncé en début de semaine son intention d’enquêter sur la mise à l’index de Borderlife, après avoir été saisi par l’Association israélienne des droits civiques. Tandis que la controverse a provoqué une véritable ruée sur ledit roman…
]]>