La « mour » de Dieu

Maman : trentenaire un peu débordée

Enfants : un ptit gars de 5 ans, une blondinette de 2 ans et 4 mois.

Le ptit gars : « Il est peut-être déjà mort, s’il était très vieux ? »

Dans la voiture, sur le chemin de l’école, le ptit gars fredonne « Au clair de la lune ». Au moment fatidique, juste après « Ma chambre elle est morte, je n’ai plus de feu », il m’interroge : « Dis, maman, c’est quoi une mour de Dieu ?” ». Alors que je réfléchis à la réponse la plus pertinente, il enchaîne : « Et Dieu, d’abord, c’est qui ? Il existe ? ». Je simplifie : « Ecoute, certaines personnes pensent que oui, qu’il est dans le ciel et qu’il les protège, et d’autres pas. Papa et moi, nous n’y croyons pas, mais personne ne sait vraiment, personne ne l’a jamais vu ». Il insiste : « Mais pendant la tempête, il n’est pas venu… ». Moi, tentant d’affiner son esprit critique : « Euh, il n’a peut-être pas entendu… ? ». Lui : « Ou il est peut-être déjà mort, s’il était très vieux ? ». Une moto nous dépasse et attire son attention.

Quoi, c’est à cinq ans déjà que ça commence ? On m’avait pas dit ça, moi. A peine le temps de se retourner, et ils sont déjà là à vous poser des questions existentielles, dont une vie ne suffit pas toujours à trouver la réponse.

J’avoue que je n’ai pas envie, alors qu’il est en âge d’encore croire aux miracles, de lui souffler que cela n’existe pas… ou très rarement. S’il croit comme tout le monde à Saint Nicolas et maitrise les quelques rudiments des célébrations juives -en ayant très vite compris qu’au Shabbat était associée la hallah-, son père et moi, foncièrement juifs laïques, n’avons aucunement l’intention de le submerger de concepts dans lesquels nous avons nous-mêmes du mal à nous reconnaître.

Mais comme tout parent qui se respecte, je me demande comment réagiront ses copains de classe. Certains ont déjà l’habitude, « par tradition », d’entrer dans les églises et de penser au petit Jésus… Je n’ai pas envie, moi, de lui parler de saints, d’ossements et de processions. Je n’ai pas envie qu’il découvre déjà le secret de Joseph et Marie, pas plus que je ne veux soulever avec lui les dix plaies d’Egypte ou l’errance de Moïse dans le désert.

Il y a peu, en Israël, devant la crèche du Monastère du Mont Tabor, il s’écriait : « Un petit bébé dans un barbecue, c’est bizarre ! ».Preuve, au-delà du fou rire, que tout cela semble un peu tôt. La solution réside-t-elle alors dans l’art de faire diversion ? Ou faut-il aborder le sujet lorsque l’enfant en ressent le besoin ? Dieu, l’amour, la mort, qui n’a pas redouté le moment venu d’en parler avec sa progéniture. Un moment que l’on voudrait pouvoir éternellement repousser.

« Tu demanderas à ton institutrice » me parait un peu lâche, même si j’y ai bien sûr songé. Le « Vois ça avec ton père » ne me serait pas pardonné. C’est à moi qu’il a demandé, c’est donc moi qui vais devoir m’y coller. Sans me débiner. Enfin, là, on est arrivé à l’école, ça me laisse encore le temps d’y réfléchir.

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