Actualité oblige, je me dois d’évoquer la récente polémique autour des gaffes à répétition de représentants de premier plan de nos partis belges, entendez la N-VA.
Au-delà des coups portés, ici et là, ma grande satisfaction est d’avoir entendu un des leaders de la N-VA, certainement un des moins casher et pas seulement pour s’appeler Jambon, caractériser « la collaboration flamande… d’erreur », certes du bout des lèvres, mais non sans courage. Car il en faut du courage pour s’inscrire contre ses propres démons, mythes et héros locaux, de Van Severen à Bob Maes.
Comment ignorer, en effet, les liens historiques tissés entre les nazis et une partie du Mouvement flamand qui donnera notamment naissance à la Volksunie, dont la N-VA est l’enfant naturel ! Certes, l’interview accordée à la Libre Belgique était teintée d’ambiguïté… a-t-il voulu seulement suggérer que la collaboration fut une erreur pour avoir « isolé le Mouvement flamand » ? Reste que le mot erreur n’en a pas moins été prononcé. Le mal a été décrit, reconnu, dénoncé, peut-être du bout des lèvres, mais ne boudons pas notre plaisir. Il n’est pas évident de s’inscrire contre son propre ADN. Cela nous change de la position de la famille Tinel qui se résolut à pardonner aux Juifs, après moult hésitations, le mal qu’ils (les Tinel) leur avaient fait ! Un Tinel n’avait-il pas perdu une jambe, tandis qu’il défendait le bunker de l’infortuné Führer face aux hordes judéo-bolchéviques ?
Je ne doute pas un seul instant que nombre d’ultras du Mouvement flamand ne pardonneront à Jambon cet excès de repentance. Et c’est en cela que l’incident devrait être clos. Car, faut-il bien l’avouer, ce n’est pas d’aujourd’hui que date notre connaissance des racines collaborationnistes d’un certain Mouvement flamand. Ces liens connus de tous n’avaient nullement empêché Di Ripo de s’essayer, lui aussi, au dialogue avec un Bart de Wever qui se retrouva ipso facto en odeur de sainteté. Nos journalistes francophones auraient-ils oublié qu’aussi longtemps que dura l’illusion socialiste de pouvoir construire une coalition avec le parti nationaliste flamand, ils en vinrent à présenter la N-VA comme un parti (presque) fréquentable, bref à le casheriser. Naturellement, toutes ces bonnes dispositions ont été aussitôt oubliées sitôt la rupture consommée. Pourquoi pas ? Sauf qu’à trop insister, le PS et le CDH risquent tout simplement de provoquer ce qu’ils redoutent le plus, la scission du pays. L’opinion publique flamande souffre de moins en moins ces critiques et ce, d’autant plus qu’elles tiennent bien moins de l’éthique que de la basse politique.
Si l’on ne peut que regretter que l’on ait pu confier des ministères aussi importants à des individus aussi peu fréquentables, la réalité n’en reste pas moins des plus prosaïques. Comment faire autrement à partir du moment où les Flamands se sont donnés à des partis majoritairement extrémistes ? En cela, et là je suis pour une fois d’accord avec Philippe Moureaux, il serait temps, non point d’oublier ou de tourner la page, mais de dépassionner le débat, au nom d’un possible (et peut-être illusoire) vivre-ensemble.
Enfin, comment ne pas s’offusquer une fois de plus du deux poids deux mesures de nos politiques, journalistes et intellectuels. Tout en prétendant qu’on ne saurait trouver la moindre raison à la Collaboration, comment considérer alors le soutien sans faille de nos salles de presse au Hamas, un mouvement terroriste qui se réclame des Protocoles des sages de Sion et, de manière générale, à la cause palestinienne dont le leader historique, le Grand Mufti de Jérusalem (Amin al-Husseini), a confié la destinée de son peuple à Adolf Hitler ? Deux historiens allemands ont analysé les relations entre le mouvement palestinien et le Troisième Reich. Dans Croissant fertile et Croix gammée, Le Troisième Reich, les Arabes et la Palestine (éd. Verdier), Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann dressent un bilan accablant. On apprend, notamment qu’al-Husseini, alors en exil à Berlin, est entré à de multiples reprises en communication directe avec Hitler, Himmler et Eichmann, pour s’assurer du processus de destruction des Juifs.
Lors de son procès, le haut dignitaire SS Dieter Wisliceny a décrit le Grand Mufti comme « un ennemi juré des Juifs et depuis toujours un pionnier de l’idée de les exterminer ». Fin 1942, le même Wisliceny, conseiller allemand pour les affaires juives auprès du gouvernement slovaque, a négocié avec le représentant du Joint sur les possibilités d’émigration vers la Palestine d’enfants juifs slovaques. On envisageait de les échanger contre des prisonniers civils allemands par le biais de la Croix-Rouge. L’opération de sauvetage des enfants juifs ne s’est pas conclue. Mis au courant de l’affaire par son service de renseignement en Palestine, le Grand Mufti a lourdement insisté auprès d’Himmler pour qu’il annule l’opération. Himmler s’est exécuté, mais il a également promulgué l’interdiction de toute immigration en Palestine à partir de territoires sous domination allemande.
En 1942, le chef des services secrets de la RSHA, Walter Schellenberg, décrivait l’enthousiasme des Palestiniens envers l’Allemagne nazie : « la disposition extraordinairement germanophile des Arabes s’explique essentiellement par l’espoir qu’Hitler arrive pour chasser les Juifs ». Selon l’historien antisioniste Gilbert Achcar, 60% des Palestiniens se reconnaissaient dans le combat du Grand Mufti de Jérusalem.
La Paix des braves impose bien des compromis, que l’on soit belge francophone ou israélien désireux de voir, enfin, bâti un Etat palestinien aux côtés d’Israël.
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