La paix selon Lieberman

Tiens, Avigdor Lieberman a un plan de paix. Non, pas celui consistant à échanger les parties de la Galilée remplie d’Arabes contre celles de Cisjordanie occupée par des Juifs. Ca, c’était le plan du mois passé.

 
Le nouveau plan d’Avigdor Lieberman, président du parti ultra nationaliste « Israël Beteinou » et ministre des Affaires étrangères est de créer un Etat palestinien dans des frontières provisoires.
 
On sait que depuis les Accords d’Oslo, la Cisjordanie (5.960 km 2) est divisée en trois : la zone A (18%) sous contrôle palestinien, la zone B (22%) cogérée avec Israël et la zone C (60%) administrée par l’Etat juif.
 
Lieberman propose de faire passer la zone B sous contrôle palestinien, soit 40% du total, un chiffre qui pourrait monter jusqu’à 50%. Comme ces territoires constituent un véritable patchwork (v. carte), le Ministre propose aussi de les relier par des routes qui permettraient, selon lui, de former un « Etat viable ».
 
Israël garderait les 60% restants y compris donc la quasi-totalité des colonies et bien sûr le « Grand Jérusalem ». Existe-t-il une chance pour que l’Autorité Palestinienne accepte ce projet, fut-ce comme base de négociations ?
 
Sans doute pas. Pour les Palestiniens, Israël s’étend déjà sur 78% de la Palestine dans ses frontières de 1947. Comment pourraient-ils céder encore 50% du reste et se retrouver avec 3.000 km2 sur les 27.000 d’origine ?
 
Mais n’est ce pas une autre de ces occasions que les Palestiniens passent, paraît-il, leur temps à rater ? On pourrait leur rappeler l’attitude de David Ben Gourion en 1937. Celui-ci dirigeait alors ce qui n’était encore que la communauté juive de Palestine.
 
A l’époque, les Britanniques lui proposèrent la création d’un Etat juif ne s’étendant que sur 3.300 km2. Ben Gourion décida d’accepter en proclamant : « Un petit Etat valait mieux que rien ». Le problème, c’est que Ben Gourion était un leader incontesté, disposant d’une majorité solide face à une opposition réduite et majoritairement démocratique.
 
Bienvenue dans le monde réel
 
L’Autorité palestinienne, elle, est déconsidérée : le mandat présidentiel de Mahmoud Abbas aurait dû prendre fin en janvier 2009 et il a le Hamas en face de lui. Accepter un tel plan serait signer sa fin politique et peut-être physique.
 
De toute façon, qui prête encore attention à Avigdor Lieberman ? Hors de l’Etat juif, pas grand monde : il est « persona non grata » dans  80% des Etats de la planète.  Et en Israël, le Premier ministre passe une bonne partie de son temps à passer derrière lui pour expliquer que son Ministre des Affaires étrangères s’exprime « à titre personnel ».
 
Certes, il a une solide base d’électeurs fidèles et, avec le glissement à droite de la population, beaucoup d’espoirs lui sont permis. Mais sa carrière pourrait être brisée lorsque la justice se décidera enfin à statuer sur son cas : il est soupçonné de corruption, abus de confiance, blanchiment d’argent et obstruction à la justice. La décision devrait tomber avant la fin de ce mois.
 
Reste ce qui est peut-être l’essentiel : avec ce plan, M. Lieberman a abandonné le principe même sur lequel s’appuie toute la politique de colonisation : l’intangibilité de la « Terre d’Israël », sol sacré dont on ne saurait céder le moindre pouce.
 
Comme l’ont fait avant lui Ariel Sharon, Ehoud Olmert et même Benjamin Netanyahou, il vient de se résiger à admettre l’existence du principe de réalité. D’ici que ses anciens amis colons le qualifient de traître et appellent le Ciel à le châtier… 
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