La petite musique de Souhail Chichah

 Dans une très longue tribune publiée dans Le Soir du 22 juin 2011 en guise de droit de réponse, Souhail Chichah, chercheur en économie plus prolixe sur Israël et les Juifs que sur les problèmes économiques et financiers, revient sur une question à laquelle il cherche à graver obsessionnellement son nom : la critique radicale d’Israël.

En lisant la carte blanche « Est-il antisémite d’amalgamer les Juifs » de Souhail Chichah, de nombreux lecteurs ont dû s’interroger sur son objet. De quoi ce chercheur de l’ULB nous entretient-il ? Il fait référence à un texte d’un avocat, une conférence sur Dieudonné, un président du CCOJB, une députée bruxelloise… Ce n’est pas très clair. Pour donner du crédit à son propos, il multiplie les citations et se livre à un « name dropping » d’intellectuels aux positions radicales sur Israël.

Cette tribune n’a rien de nouveau ni d’exceptionnel. Son argumentation est tellement prévisible qu’elle en devient lassante. Ce qui la caractérise davantage, c’est une manière assez gênante de ne pas dire les choses clairement tout en distillant des considérations malveillantes que d’autres affirment avec brutalité. Sa carte blanche n’est ni antisémite ni négationniste. Il est d’ailleurs vivement déconseillé à quiconque de s’aventurer dans une telle accusation.

En revanche, lorsqu’on prend ce texte et qu’on l’insère dans un contexte plus global, on s’aperçoit vite que tout cela ne contient rien qu’on puisse associer à la critique de l’action politique d’un gouvernement. Cela se ramène à chaque fois aux Juifs. On se situe dans des eaux vaseuses où la frontière avec l’antisémitisme n’est jamais clairement tracée. A tel point que cela créé un sentiment désagréable de malaise.

On pourrait dire que tout cela n’est pas recevable car écrit par un « agent sioniste ». Pourtant, de nombreux Juifs non sionistes éprouvent également un malaise certain à la lecture des textes de Souhail Chichah. Ils ont souvent le sentiment qu’il use et abuse de formulations ou de termes qui trahissent autre chose qu’une critique radicale d’Israël. Cet autre chose possède une tonalité qui n’échappe à personne. On pourrait comparer cela à l’air d’une chanson qu’on reconnaît après deux ou trois notes. Et ce qui suit n’est pas agréable à entendre.

Enfin, on notera que Souhail Chichah a aussi ses bons Juifs. Il se plaît à se référer à Marcel Liebman. C’est son droit, mais tout bon lecteur de cet historien des doctrines politiques de l’ULB aura eu la clairvoyance de remarquer qu’en dépit de sa critique radicale d’Israël, il n’a jamais eu le vice de prendre la défense de négationnistes ou d’antisémites. Marcel Liebman est décédé en 1986, mais on peut imaginer sans peine qu’il n’aurait jamais associé son nom à la défense de Dieudonné ou de ses sinistres camarades.

]]>