Un an et demi après l’agression antisémite de sa fille Océane âgée alors de 13 ans par une camarade de l’école, Dan Sluijzer vient d’apprendre le classement sans suite de sa plainte par le Parquet de Bruxelles. Une décision qu’il n’accepte pas. Interview.
Comment avez-vous appris la nouvelle ?
Etant comédien, j’étais au Festival de Cannes quand la lettre de notre avocat Thierry Van Nerom m’est parvenue, m’annonçant que le Parquet avait décidé de classer l’affaire. J’ai réagi très mal bien sûr, parce que je considère que ce qui s’est passé est très grave, même si cela s’est passé entre deux adolescentes.
Océane a bientôt 15 ans. Est-elle toujours à l’Athénée des Pagodes (Bruxelles) ?
Non, nous l’avons décidé de l’inscrite à Jean Absil à Etterbeek, mais tout le monde la reconnaissait et elle a préféré s’éloigner de tout ça. Elle est aujourd’hui dans un internat loin de Bruxelles et rentre le week-end. Elle ne voulait pas aller dans une école juive qu’elle considérait comme trop fermée et a aussi choisi de quitter son mouvement de jeunesse.
Mais la communauté juive vous a beaucoup soutenus à l’époque ?
Du côté politique, comme de l’école, ou des parents de la fille qui l’a agressée, nous n’avons eu aucune nouvelle. Par contre, du côté de la communauté juive, les marques de soutien ont été nombreuses et c’est le CCOJB d’ailleurs qui finance notre avocat. Mais la médiatisation de cette agression a été mal interprétée par certains. Et quand j’ai commencé à parler de manifestation pour sensibiliser l’opinion -j’avais même le soutien de l’échevine Faouzia Harich-, on m’en a vite dissuadé, en m’invitant à plutôt laisser tomber. « On risque de penser : Ah encore ces Juifs… », m’a-t-on affirmé. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait se taire.
Comment expliquez-vous la décision du Parquet ?
Océane ne voulait pas régler l’affaire à l’amiable et nous avions refusé la proposition de conciliation qui nous avait été faite. Océane a été très choquée en apprenant la décision du Parquet et est évidemment très déçue et fâchée. Elle voulait que cette fille comprenne la gravité de son acte et, sans parler de prison bien sûr, qu’elle soit punie pour ce qu’elle a fait. Avec ce classement sans suite, les agresseurs vont se dire qu’ils ne risquent rien ! Face à l’antisémitisme et au racisme en général, à l’agression de quelqu’un pour sa religion, ses convictions, c’est un très mauvais signal. On a affaire à une justice à deux vitesses, je suis persuadé que s’il s’était agi de la fille d’un ministre, le jugement aurait été exemplaire.
Comment Océane se sent-elle aujourd’hui ? A-t-elle revu son agresseuse ?
Il y a encore deux mois, elle se faisait insulter et traiter de « sale pute » et de « sale juive » par la même fille croisée dans le métro. C’est d’ailleurs ce qui nous motive à ne pas vouloir en rester là. Ma fille a aussi dû subir récemment une opération du rein, « celui-ci étant collé à la paroi rénale » nous a dit le chirurgien, et je suis convaincu que c’est une des conséquences des coups qu’elle a reçus. Elle n’avait rien avant cela. S’il faut faire une manifestation aujourd’hui encore pour montrer que ce qui s’est passé n’est pas un acte isolé et que beaucoup d’autres se taisent, nous le ferons. L’antisémitisme ordinaire ne doit en aucun cas être étouffé.
Lire aussi le témoignage de Dan Sluijzer du 22/11/2012
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