La priorité : arrêter les auteurs

Suite à la découverte des corps des adolescents israéliens enlevés le 12 juin 2014 près de Hébron, les Israéliens expriment leur volonté de mettre la main sur les activistes du Hamas responsables de leur assassinat. Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Open University d’Israël, nous livre son analyse des réactions politiques israéliennes.

Les autorités israéliennes savaient-elles que les adolescents étaient déjà morts ?

Dès lors que les Israéliens ne possédaient aucune information qui permettait d’attester que les enfants étaient en vie, ils ont compris que ce n’était pas le Hamas comme tel qui avait organisé cet enlèvement, mais plutôt des activistes du Hamas ayant agi seuls et sans ordre précis. Même si l’implication directe du Hamas dans l’enlèvement fait encore l’objet de discussions, les responsables de la sécurité en Israël ont su que les enfants ont été très rapidement tués et qu’on ne se situait pas du tout dans le même schéma que celui de Guilad Shalit dans la bande de Gaza.

Comment réagit le monde politique après la découverte des corps ?

La droite estime qu’en réponse à cet acte barbare, il faut poursuivre la construction de colonies, annexer des territoires palestiniens et mener une répression implacable. Mais de manière générale, de la droite modérée à la gauche en passant par le centre, l’arrestation des deux suspects demeure la priorité pour décharger la tension qu’on observe aujourd’hui et pour assouvir l’appétit de vengeance qui s’exprime dans ces moments pénibles. Personne ne s’opposerait à ce qu’ils soient éliminés lors d’une opération militaire. La deuxième chose importante concerne les mesures de représailles à l’égard du Hamas. Cette question est plus complexe, car cela fait déjà plus de quinze jours qu’Israël mène des opérations militaires contre lui. Ce n’est pas parce qu’on a aujourd’hui découvert les corps des enfants assassinés que l’on va entreprendre des actions de représailles déjà menées depuis plusieurs jours. Cela manque de pertinence. De nombreux responsables politiques du centre et de gauche insistent sur la nécessité d’éviter un embrasement qui risquerait d’entraîner Israël dans une spirale dangereuse.

Les Israéliens formulent-ils des exigences particulières à l’égard du Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas ?

Tout le monde est d’accord pour forcer Mahmoud Abbas à mettre un terme à l’unité nationale avec le Hamas. C’est sur cette exigence que les Israéliens vont surtout exercer la pression, car Abbas s’est engagé dans un processus où il se fait manipuler par le Hamas. Ce qui n’est pas faux : il a demandé au Hamas de les libérer et ils n’ont rien fait.

Ces pressions sur Abbas risquent-elles de l’affaiblir sur l’échiquier politique palestinien ?

Cela peut l’affaiblir, dans la mesure où il apparaitra comme un collabo aux ordres d’Israël. Par ailleurs, Mahmoud Abbas se demande ce qu’il peut gagner en destituant ce gouvernement jusqu’aux prochaines élections fin 2014. Car ce n’est pas un gouvernement d’union nationale; il n’y a pas le moindre accord sur le fond entre les deux mouvements. Il s’agit plutôt d’un gouvernement de transition soutenu par le Fatah et le Hamas en vue de la tenue des prochaines élections.

Pensez-vous que la précision qui indique que les trois enfants assassinés sont des colons soit pertinente ?

Même si dans les tout premiers jours qui ont suivi l’enlèvement, certains ont déclaré qu’on ne doit pas faire de l’auto-stop lorsqu’on vit dans les territoires occupés, cette précision perd de son acuité, car, par définition, on ne touche pas aux enfants. Tout comme on ne s’en prend pas aux civils dans les conflits.

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