Gideon Levy, journaliste vedette de Haaretz, annonçait récemment ce qui est pour lui une certitude absolue, à savoir la survenue d’une nouvelle guerre à Gaza avant l’été. i24News, de son côté, donne à voir un film vidéo montrant la préparation de cette guerre par le Djihad Islamique.
On prendra certes ces informations pour ce qu’elles sont, de simples prédictions et comme le disait le Dalaï Lama, « les prédictions sont difficiles à faire surtout quand elles concernent l’avenir », mais cette simple possibilité doit nous faire craindre le pire, peut-être paradoxalement moins pour la région elle-même que pour nous, Juifs européens et particulièrement Juifs de Belgique.
Quelque chose s’est passé avec les attentats de janvier à Paris, qui ont paradoxalement libéré non seulement la parole, mais également la violence « antisioniste », le masque moderne de l’antisémitisme. Du « Je suis Charlie. Je suis Juif. Je suis Palestinien », d’Elio di Rupo, qui donne à croire que les Juifs ne sont pas pour rien dans la violence islamiste, à l’agression toute récente d’étudiants juifs sur le campus de l’ULB, le climat « antisioniste » prend des proportions jusqu’ici inconnues. Et ce climat se cristallise autour d’un concept central, ce qui pour nos belles âmes est la mère de tous les conflits, c’est-à-dire Gaza. Au point que ces quatre lettres ont pour les antisémites nouveaux une résonance proche d’Auschwitz, une comparaison criminelle que les « antisionistes » hésitent de moins en moins à faire.
Il est à peine besoin de rappeler ici, comme le faisait naguère dans Le Figaro Georges Malbrunot, que le conflit israélo-palestinien des dernières décennies est une guerre de basse intensité, selon les termes du jargon militaire, ou que le conflit israélo-arabe, depuis près de 70 ans, est le 49e dans le classement des pertes en vie humaines durant le 20e siècle.
Pour les militants « antisionistes » européens, où les Belges se distinguent particulièrement, tant à droite qu’à gauche, la guerre de Gaza est pourtant la mère de tous les conflits, de toutes les injustices, de tous les crimes contre l’humanité, de toutes les horreurs contemporaines. Une guerre où le Bien et le Mal sont clairement et unilatéralement définis. Le général de Gaulle, en 1942 déjà, « partait vers l’Orient compliqué avec des idées simples ». Il a depuis fait des millions d’émules pour ce qui est de la simplification à outrance d’un conflit ne se prêtant guère aux simplifications.
La complexité extrême du conflit, où les torts sont largement partagés, est illustrée de façon particulièrement frappante par l’appui radical récemment accordé à Israël dans son combat contre le Hezbollah par un journal saoudien. Un appui à voir évidemment dans le contexte de la haine des sunnites à l’égard des chiites.
Les actions du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), qui se définit comme « la réponse citoyenne et non violent (sic) à l’impunité d’Israël », illustrent à la perfection cette vision parfaitement hémiplégique et hors de proportion du conflit israélo-palestinien.
Une petite recherche sur l’un des piliers de ce mouvement « antisioniste », à savoir le CNCD-11.11.11, vaut mieux qu’un long réquisitoire. Le mot « Kurde » ramène une référence unique, le terme « Palestine » en produit, de son côté, 68. On nous objectera que la question kurde est moins actuelle –l’est-elle réellement moins ?-, mais à cela nous répondrons que le terme « Ukraine », d’une actualité brûlante, lui, ramène 15 références soit plus de 4 fois moins que « Palestine ». Or, le conflit en Ukraine a tué en quelques mois presque autant d’hommes que celui entre Israéliens et Palestiniens en trois décennies.
Du côté de nos belles âmes ce conflit n’a en tout cas pas suscité la moindre velléité de boycott, désinvestissement et sanctions. Pas plus d’ailleurs que la soixantaine d’autres conflits en cours dans le monde.
On épinglera également un article d’Express.be (http://Express.be), traitant du discours de Benjamin Netanyahou devant le Congrès américain et l’accusant d’avoir déjà fait le coup de 2002. Express.be écrit notamment dans ses conclusions cette phrase terrible : « Presque 13 ans plus tard, et plutôt que de reconnaître que le plan de cet homme en Irak n’a mené qu’au chaos et à l’émergence de l’Etat islamique, le Congrès a ressenti le besoin de lui demander conseil une fois de plus »
Un thème majeur de l’antisémitisme des 19e et 20e siècles se retrouve ici de façon marquée, celui des Juifs fauteurs de guerre. Tous les malheurs qui touchent le monde actuel, à commencer par l’émergence des Islamistes, c’est la faute des Juifs. Comme l’a par ailleurs formulé également Philippe Moureaux.
On imagine, dans un tel contexte de haine radicale, ce que pourrait produire une nouvelle guerre à Gaza. Une guerre menée par Tsahal contre le Hamas et le Djihad islamique serait forcément particulièrement violente et sanglante. Bien des vies innocentes seraient perdues dans un tel affrontement. On verrait une fois de plus des enfants mourir devant les caméras de télévision, ce qui ne se montre, rappelons-le, que pour le seul conflit israélo-palestinien. On a de la peine à imaginer le nouveau déferlement de haine antisémite que tout cela déclencherait inévitablement dans notre pays. L’antisémitisme déjà extrêmement préoccupant aujourd’hui, prendrait des proportions que l’on n’ose imaginer aujourd’hui.
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