La semaine de tous les dangers

Sauf retournement de dernière minute, le prochain gouvernement libanais sera mené par le Hezbollah. Une (r)évolution lourde de périls : retour de la guerre civile, interventions extérieures, conflit généralisé…

 
Ses ennemis diront que c’est toujours la même vieille girouette qui tourne à tous les vents. Ses partisans, qu’il manouvre au mieux pour protéger les siens. Lui, c’est Walid Joumblatt, 61 ans, le chef de la petite -6% à peine de la population- mais influente communauté druze.
 
Car, à peu près comme en Israël, le système politique libanais accorde un poids excessif aux petits partis indispensables pour former une coalition. Le Parlement libanais compte 128 députes. Jusqu’à présent, le bloc mené par Saad Hariri était majoritaire avec 71 députés (dont 11 « Druzes »)  face au Hezbollah et ses alliés  (57 députés).  
 
Inutile d’avoir fait une école supérieure pour comprendre que si les Druzes changent de camp, l’équilibre s’inverse (60 contre 68). Et donc que c’est le Hezbollah qui formera le prochain gouvernement. Or, c’est le choix que vient de faire Walid Joumblatt. Pourquoi ?
 
Certes pas par sympathie pour le Hezbollah. Rafic Hariri que le « Parti de Dieu » est accusé d’avoir assassiné, était un de ses amis personnels.  Encore moins pour la Syrie qui a fait tuer son propre père, Jamal Joumblatt, en 1977. Pas davantage pour des raisons idéologiques ou religieuses.
 
Juste pour assurer la sécurité de sa communauté et, peut-être, sa survie personnelle. Il a jaugé les rapports de forces et constaté l’évidence : la balance penche du côté du Hezbollah et ses alliés.
 
Si les violences interconfessionnelles reprenaient, le  Hezbollah, surarmé, serait  à même de vaincre tous ses adversaires réunis. Si, par extraordinaire, il n’y parvenait pas, l’armée syrienne serait juste à côté pour l’y aider et les « volontaires » iraniens pas très loin.
 
En face, il y a les Etats-Unis. Ils viennent de renforcer leur VIème Flotte de Méditerranée précisément pour éviter le genre de scénario qui s’amorce Accessoirement, la France et la Grande Bretagne. Et bien sûr, Israël.
 
Eux ont certainement les moyens de mettre au pas le Hezbollah. Mais en ont-ils la volonté ? Toujours présent en Irak, empêtré en Afghanistan, Washington est-il prêt à ouvrir un nouveau front ?
 
Le précédent de la Bande de Gaza
 
De son côté, l’Etat juif  voudra tôt ou tard s’en prendre aux dizaines de milliers de missiles qui le menacent. Mais les pertes, militaires et civiles risquent d’être lourdes. Et il y a le risque d’un élargissement du conflit : le Hamas, la Cisjordanie voire au delà…
 
D’autant que porter un grand coup au Hezbollah ne serait pas suffisant. Pour gagner vraiment, il faudrait le briser totalement. Ce qui exigerait d’occuper le terrain. Cela, ni les Etats-Unis ni Israël n’en la moindre envie. Ils ont déjà donné. Ils sont déjà venus. Et repartis, la queue entre les pattes.
 
C’est au vu de tout cela, « Walid Bey » comme le surnomment ses fidèles, a fait son choix. Reste que la partie n’est pas encore tout à fait jouée. Le Hezbollah a-t-il vraiment intérêt à arriver au pouvoir ?
 
Certes, il en récoltera un avantage immédiat : c’en sera fini du « Tribunal spécial pour le Liban » de l’Onu qui l’accuse d’avoir assassiné Rafic Hariri. Mais le passage du Liban, en tant qu’Etat, du camp « pro-occidental » à celui de l’Iran et de la Syrie serait peut être une erreur stratégique, même sans intervention militaire directe.
 
Car il y a le précédent du Hamas dans la Bande de Gaza. Le Hezbollah risque, comme lui, de se retrouver à la tête d’un pays, divisé, isolé, ruiné par des sanctions économiques, soumis à la menace permanente de bombardements israéliens…
 
Détail accessoire (quoique) :  Walid Joumblatt dirige lui aussi une coalition, cinq députés de son propre parti, cinq chrétiens et un sunnite. Les premiers le suivront. Mais les autres ?  57 + 5… Il manque peut être toujours deux députes au Hezbollah…
 
Alors, le Liban va-t-il basculer ? On commencera à le savoir ce lundi 24 janvier. Quand Michel Sleimane, le président libanais entamera les consultations pour former un nouveau gouvernement.
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