Le vent de la liberté souffle aussi en Syrie. Du moins, il essaie. Car, question répression, le régime est plus barbare encore que celui de la Lybie.
On n’en parle pas assez mais la Syrie est, elle aussi, entrée en ébullition. Ce vendredi 19 mars, dans la ville de Deraa (à une centaine de km au sud de Damas), les forces de sécurité ont ouvert le feu pour disperser une manifestation pacifique.
Bilan, quatre morts, plus de 100 blessés, des dizaines d’arrestations. Le même jour, des manifestations avaient aussi lieu à Homs et Banias, sur la côte.
En cause, comme dans le reste du monde arabe, la corruption endémique du pouvoir, le manque total de liberté et un « ras-le bol » généralisé de la jeunesse (plus de la moitié de la population a moins de 30 ans).
Pourtant le barrage de la peur était si élevé qu’il a fallu plusieurs mois pour que la population ose s’exprimer. Début janvier déjà, d’importants groupes Facebook syriens avaient appelé à manifester. Sans résultat. Pas plus que l’immolation par le feu d’un jeune homme à la fin du même mois.
Et puis, cela a commencé : en février, un petit groupe de jeunes s’est rassemblé sur une place de la capitale en solidarité avec les Egyptiens. D’autres ont manifesté pour réclamer la libération des milliers de prisonniers politiques.
Mi-mars, des centaines de personnes se sont aussi réunies au cœur du souk de la vieille ville de Damas en scandant : « Dieu, la Syrie, la liberté » et « Celui qui tue son propre peuple est un traître ! ». Car à chaque fois, la réaction des forces de l’ordre est la même : coups de bâtons, gaz lacrymogènes et puis, très vite, tirs à balle réelles.
Cependant, deux éléments ralentissent la montée en puissance de la contestation . D’abord, le retard du pays en matière d’accès aux technologies de l’information. Joint à l’omniprésence des services secrets sur Internet, il empêche l’opposition de se structurer.
Mais surtout, il y a le fait que le président/dictateur de la Syrie, Bachar el Assad est le fils de son père, Hafez, qui dirigea le pays d’une main de fer de 1970 jusqu’à sa mort en 2000. Et personne en Syrie n’a oublié comment il réprima en février 1982 une révolte de la ville de Hamah.
L’armée syrienne encercla la ville, la bombarda durant 27 jours, détruisant un tiers de ses bâtiments et tuant entre 20 et 25.000 personnes. Elle se livra aussi à des massacres sur les réfugiés qui fuyaient la cité avant d’emprisonner et de torturer d’innombrables opposants.
Beaucoup pensent que Bachar n’hésiterait pas à suivre les traces de son père. Et l’on doute que la France, la Grande Bretagne ou les Etats-Unis volent au secours de la population syrienne, comme ils le font en ce moment au dessus de la Lybie. La liberté n’a pas encore gagné à Damas.
O.W.
La donnée alaouite
Une des raisons essentielles de la répression impitoyable que les Assad font peser sur leur pays est à chercher dans le fait qu’ils sont alaouites. Cette secte religieuse, qui a fait dissidence avec le chiisme au IXème siècle, a toujours été haïe et méprisée par l’ensemble des courants de l’islam. Et leur histoire n’est qu’une longue suite de massacres et de persécutions.
En Syrie, où ils ne représentent que 11% d’une population à majorité sunnite, ils ont assuré leur survie en investissant l’administration et l’armée. Et en se ralliant en masse au parti Baas, arabe et laïc, qui a pris le pouvoir à Damas en 1963.
Cela explique la violence exercée contre la ville de Hamah en 1982. Les gens ont la mémoire longue au Moyen Orient. Mais cela marche dans les deux sens : Bachar el Assad sait que, s’il faiblit, le retour de bâton sera violent non seulement contre lui et son clan mais risque aussi de frapper sa communauté.
]]>