La Tunisie, c’est bon pour les Juifs ?

La nature profondément anti-démocratique des régimes politiques arabes est, depuis toujours, la cause première de la montée de l’islamisme politique comme de la haine obsidionale à l’égard d’Israël. Depuis 1948, la critique irraisonnée et passionnée de l’Etat juif constitue le meilleur exutoire aux Etats arabes, « progressistes » comme pro-américains. C’est le sens de la blague que me raconta naguère un ami arménien : « Quelle est la première mesure que prend immédiatement tout dictateur arabe en difficulté ? Déclarer la guerre à Israël ! ». Même les dirigeants les plus occidentalisés estiment qu’ils n’ont pas intérêt sur le plan domestique à tenir un discours raisonnablement critique lorsqu’il s’agit de l’Etat juif. C’est la raison pour lesquelles ils tolèrent, sinon encouragent, les dérapages antisémites de leurs imams et journalistes dont les diatribes anti-israéliennes ressortent davantage du mécanisme de transfert d’animosité que de l’amour de la Palestine.

A n’en pas douter, la probable démocratisation de la Tunisie remettra les pendules à l’heure de la critique raisonnée d’Israël. Un récent rapport confidentiel français sur l’état de l’antisémitisme me conforte dans cette idée pour indiquer une progression généralisée de la haine des Juifs dans le monde arabe, à l’exception de… l’Irak. A croire le rapport, en effet, « le mimétisme et l’imitation aveugle de la perception dogmatique de l’islam originel contre les Juifs » y serait en nette régression, en dehors des marges les plus extrémistes de la société. L’Irak semble tourner le dos au passé pour ne se concentrer que sur les vrais problèmes; d’où un apaisement et une distanciation vis-à-vis à la fois des Juifs et d’Israël. Sans être pour le moins oubliée, la Palestine n’est plus la cause majeure d’antan. Mieux, les Irakiens, tous shiites qu’ils soient, apparaissent plutôt insensibles aux philippiques antisémites et au négationnisme incendiaire d’Ahmadinedjad. Gageons que l’analyse soit bonne et qu’elle puisse s’appliquer à la Tunisie, si tant est évidemment (et tout porte à le croire) que nos amis carthaginois se tournent vers la démocratie plutôt que vers l’islam. Car force est d’admettre que l’islam politique, souvent le seul espace d’opposition laissé à des sociétés totalement dépossédées du politique (songeons au cas désespéré de l’Egypte), ne constituera jamais que la pire des solutions.
La religion, de par ses appels à l’absolu et à la pureté, est l’ennemie de la démocratie. C’est vrai en Terre d’islam comme cela fut le cas des siècles durant en Terre chrétienne et, depuis peu, en Terre juive. Les prises de position de certains rabbins israéliens ont, en effet, de quoi nous inquiéter. Pour l’historien que je suis, leur rapport à l’Autre, qu’il soit « étrange » ou simplement laïque, ne diffère guère de celui de l’Eglise polonaise de l’entre-deux-guerres. Je songe aux déclarations insensées et scandaleuses d’Ovadia Yossef, le leader charismatique du Shass, à l’égard des victimes de la Shoah, des laïques et naturellement des Palestiniens. Et que fait l’actuel gouvernement israélien, sinon se taire, voire en rajouter ! On se souviendra du geste « courageux » de Shimon Gapso, le maire de Nazareth-la-Haute, de vouloir interdire (en vain), en décembre dernier, les arbres de Noël dans sa municipalité. L’irrationnel gagne chaque jour du terrain en Israël. Faudra-t-il que l’on interdise les hanoucciot (chandeliers à 9 branches) géantes en Europe pour faire comprendre à certains Israéliens le concept de tolérance religieuse ?
 
P.S. Il me faut féliciter l’action du collectif Dialogue et Partage qui a réagi avec vitesse, rigueur et vigueur à une nouvelle manifestation d’humour antisémite dont est désormais friande la télévision publique flamande (VRT). Dommage que Voltaire ne soit plus vivant, il aurait certainement donné aujourd’hui une autre réponse !
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