L’enquête diligentée par le juge Marc Trévédic a permis de déterminer clairement les circonstances et les responsabilités de l’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et qui a déclenché le génocide des Tutsi.
Au départ, l’enquête sur l’assassinat du président Juvénal Habyarimana était menée par le juge Bruguière. Cette enquête a été complètement perturbée, parce qu’il s’est appuyé sur de faux témoignages et toute une série de preuves biaisées. Non seulement les personnes ayant fourni de faux témoignages se sont ensuite rétractées, mais le juge Bruguière n’a, à aucun moment, pris la peine de se rendre au Rwanda sur les lieux du crime.
L’enquête a été reprise à zéro par un autre juge d’instruction français, Marc Trévédic, peut-être depuis la visite du Président de la République à Kigali. Ce juge d’instruction a fait ce qui est indispensable dans une enquête ou une instruction : il s’est rendu sur place au Rwanda.
Un rapport d’experts a établi de manière scientifique que les missiles sont partis de la colline de Kanombé et d’un camp militaire des forces armées rwandaises (FAR). « Il a constaté ce que nous savions tous, mais que nous ne pouvions pas affirmer avec certitude parce que l’enquête n’était pas menée sur le terrain », se réjouit Yves Ternon, historien spécialiste des génocides du 20e siècle. « De la colline où le missile a été tiré, il n’était pas possible que quelqu’un d’autre que des militaires rwandais aient accès à ce lieu. Il était donc évident que ceux qui ont abattu l’avion du Président Habyarimana dans la soirée du 6 avril 1994 étaient des militaires extrémistes de l’armée rwandaise ou des personnes rattachées au mouvement extrémiste hutu ».
Une question demeure d’ailleurs : celle de la compétence nécessaire pour tirer deux missiles sol-air. Il est plus que probable que des militaires étrangers aient participé à cette opération. « Il est indispensable d’établir enfin la vérité sur cet attentat, car on a longtemps prétendu que des militaires belges avaient tiré sur l’avion et que cela avait coûté la vie aux dix paras belges et au Premier ministre Agathe Uwilingiyimana », explique Yves Ternon.
Mais on sait désormais de façon certaine que la terrible accusation du juge Bruguière à l’encontre du FPR s’effondre complètement. Non seulement il affirmait que le FPR avait organisé l’attentat, mais il faisait porter la responsabilité du génocide de 1994 sur Paul Kagamé puisqu’il savait pertinemment que cet attentat déclencherait inévitablement un génocide. Des journalistes comme Pierre Péan ont repris cela, en développant entre autre la thèse monstrueuse du double génocide et en déclarant que le Rwanda est dirigé aujourd’hui par un second Hitler.
Le rapport des experts ne met pas un point final au dossier, bien au contraire. S’il permet de balayer complètement les rumeurs les plus fantaisistes et les plus absurdes sur l’élément déclencheur du génocide des Tutsi, il laisse encore intacte la question de l’implication ou de la complicité de la France dans ce génocide.
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