La victoire du populisme

En obtenant 36 sièges à la Knesset, le Likoud n’en remporte qu’un seul de plus qu’en avril 2019, mais dépassent le parti centriste Bleu-Blanc. Cette victoire personnelle de Benjamin Netanyahou est surtout celle du populisme.

Après avoir mené une campagne où il s’est permis tous les coups bas contre Benny Gantz, son principal adversaire, Benjamin Netanyahou nourrit un sentiment d’ivresse de la victoire auprès de ses électeurs. Bien qu’il lui manque deux sièges pour que le bloc de droite puisse obtenir la majorité absolue de 61 députés, il prétend avoir remporté une victoire écrasante.

Durant toute la campagne électorale, Benjamin Netanyahou n’a cessé de s’attaquer à toutes les institutions garantissant l’Etat de droit en Israël. Sa cible favorite : les magistrats. « Tous des gauchistes », a encore répété Netanyahou la semaine dernière.

Ses soutiens les plus inconditionnels vont même jusqu’à prétendre que Netanyahou « a le sens de l’Etat » ! C’est vite oublier que leur homme d’Etat doit être jugé pour plusieurs affaires graves de corruption.

Sur les plateaux télévisés, des proches de Netanyahou ne retiennent que la légitimité des urnes au détriment de l’ensemble de l’édifice démocratique garanti par la séparation des pouvoirs. « Le peuple a parlé », déclarent-ils. « A présent, il va falloir changer les choses ». Piétiner l’Etat de droit en votant une loi rétroactive sur mesure pour empêcher toute condamnation de leur champion par exemple.

Il n’est pas sûr que ce type de mesure inconcevable dans un Etat de droit digne de ce nom ne préoccupe les électeurs du Likoud et des autres formations du bloc de droite. Comme si le respect de l’Etat de droit ne leur parle plus du tout.

« Israël est devenu un véritable laboratoire du populisme », déplore Frédérique Schillo, correspondante de Regards à Jérusalem. « Non seulement Benjamin Netanyahou recourt à la même rhétorique que les dirigeants populistes hongrois, polonais, brésiliens et américains, mais il s’est aussi imposé comme un modèle en la matière ».

Mais ce scrutin est surtout une défaite majeure pour le centre et la gauche. Face aux attaques mensongères de Netanyahou, Benny Gantz n’a jamais répliqué avec poigne. Par ailleurs, le leader de Bleu-Blanc a pensé qu’il pouvait se reposer sur ses lauriers en capitalisant sur le procès de son rival de droite.

« Bleu-Blanc a trop cherché à convoiter l’électorat du Likoud et de la droite sécuritaire », souligne Frédérique Schillo. « Ce qui a empêché Gantz d’attaquer frontalement Benjamin Netanyahou, si ce n’est sur l’idée qu’il fallait un changement. Or, c’est insuffisant pour gagner une élection, d’autant plus que les gens ont peur du changement dans une période aussi instable qu’aujourd’hui. Avec Netanyahou, ils ont le sentiment de savoir à quoi s’en tenir ».

Même s’il parle de victoire écrasante, Benjamin Netanyahou doit dès à présent attirer vers lui deux députés pour former sa majorité. Soit, il retourne comme un gant des députés de l’aile droite de Bleu-Blanc soit des députés du parti russophone laïque Israël Beitenou. Une tâche dont se serait passé un candidat parlant de la « plus grande victoire de sa vie ».

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