Quelques Etats européens ont déjà interdit l’abattage rituel sans étourdissement. Certains responsables politiques souhaitent donc s’engager dans la même direction. C’est le cas de Ben Weyts (N-VA), ministre flamand du bien-être animal. Une mesure qui rappelle inévitablement les chapitres les plus sombres de l’histoire juive et qui présente de manière caricaturale les tenants de l’abattage rituel comme des barbares insensibles à la souffrance animale.
La question de l’abattage rituel est devenue un vrai marronnier, un de ces sujets récurrents et prévisibles dont les éléments sont toujours les mêmes. On le sait pourtant depuis longtemps, la shehita (abatage rituel juif) n’est pas conforme aux normes d’abattage adoptées par l’Union européenne. Ces normes comportent un étourdissement pre-mortem obligatoire dans le protocole d’abattage, lequel rend l’animal taref (interdit à la consommation) aux yeux de la Loi juive, quelle que soit la méthode utilisée, dans la mesure où l’on ne consomme pas une bête déjà morte avant son abattage.
Et la Commission a réaffirmé sa position à plusieurs reprises, notamment en 2009, en rappelant que l’étourdissement pre-mortem semble la méthode la plus appropriée pour atténuer les souffrances animales lors de l’abattage.
Toutefois, et c’est essentiel, la Commission autorise des dérogations selon le principe de la liberté de culte. Ce qui est d’ailleurs le cas en Belgique où l’abattage rituel est autorisé et réglementé. On ne peut donc pas procéder n’importe comment en matière d’abattage rituel, sans oublier les prescriptions très précises et très contraignantes de la Loi juive.
Le débat sur l’abattage rituel est souvent posé de manière démagogique, ce qui a tendance à susciter la crispation et l’inquiétude des Juifs pratiquants. Les règles de la Shehita se rapportent directement à un aspect concret de leur vie quotidienne : se nourrir. Et c’est ici que les souvenirs douloureux de l’histoire des Juifs européens resurgissent. La première mesure que des régimes antisémites adoptent est systématiquement l’interdiction de l’abattage rituel ! C’est le cas de l’Allemagne nazie dès 1933 et de la première ordonnance antijuive prise par l’occupant allemand le 23 octobre 1940.
Les tenants de l’abattage rituel sont également souvent présentés comme des barbares insensibles à la douleur et à la souffrance des animaux. Si on suit les plus radicaux de la cause du bien-être animal, les Juifs et les musulmans pratiquants sont des arriérés qui doivent encore faire des progrès pour appartenir pleinement à la civilisation européenne.
Il ne s’agit pas de tuer le débat en atteignant d’emblée le Point de Godwin : taxer d’antisémitisme tous ceux qui condamnent l’abattage rituel sans étourdissement est grotesque. Le débat doit se tenir, mais dans de bonnes conditions. Cela signifie que les Juifs et les musulmans ne doivent pas se retrouver dos au mur comme des coupables.
Car la demande d’interdiction comporte une certaine dose d’hypocrisie. En se focalisant sur l’étourdissement, présenté comme solution miracle, on néglige la problématique plus générale de la filière animale dans globalité. Des bêtes élevées dans de mauvaises conditions et envoyées ensuite dans des abattoirs où elles sont maltraitées sont autant de problèmes graves auxquels les autorités doivent s’attaquer.
Ou alors, pourquoi ne pas engager tout simplement le débat sur l’abattage et la consommation de viande de manière générale ? Quitte à inciter les Juifs et les musulmans d’Europe à ne plus consommer de viande, pourquoi ne pas encourager le végétarisme à l’ensemble de la société ? Car qu’on le veuille ou non, l’abattage, avec ou sans étourdissement, est un acte qui implique la mort de l’animal.
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