A quand remonte la demande d’amnistie des collaborateurs flamands sous l’occupation allemande ? Il s’agit d’une revendication que l’extrême droite flamande a formulée dès que la répression de la collaboration s’est achevée. Cette demande a ensuite été reprise par l’ensemble du mouvement flamand. Aujourd’hui, elle est à la fois portée par la NVA et le CD&V. Ils affirment généralement que la répression était injuste. Du point de vue du mouvement flamand, ces collaborateurs sont avant tout considérés comme des militants nationalistes et non comme des fascistes. Or, de nombreux travaux d’historiens flamands ont établi que l’adhésion à l’Ordre nouveau était incontestable.
Dans sa tribune qu’elle a publiée dans Le Soir, Hilde Kieboom motive sa démarche en affirmant « qu’il faut pouvoir tourner la page et recommencer de zéro ». Qu’en pensez-vous ? Cette vision irénique s’inscrit dans la culture du pardon chère aux catholiques. Il faut être bien naïf pour tenir de tels propos. Cette demande d’amnistie ne vise qu’un nombre infime de collaborateurs encore en vie. Par ailleurs, ils n’ont jamais exprimé le moindre regret et sont restés fidèles à leur engagement. Après la guerre, ils militent à l’extrême droite et formeront inévitablement l’épine dorsale du Vlaams Blok. Ils revendiquent ce passé collaborationniste. L’amnistie n’a donc aucune raison d’être. Les principaux intéressés n’ont d’ailleurs jamais demandé cette amnistie. C’est le mouvement flamand qui porte cette revendication dans un premier temps, la droite catholique flamande prenant ensuite le relais. On oublie aussi que parmi les collaborateurs flamands les plus actifs et les plus virulents, nombreux ont été graciés ou réhabilités. Le CVP avait tout mis en place pour que la réhabilitation de ces « nationalistes flamands » puisse se faire, même si la loi offrant aux inciviques la réintégration de leurs droits civils et politiques a été adoptée en 1961 à l’initiative du socialiste Pierre Vermeylen. Ceux qui présentent cela comme une occasion idéale pour repartir sur de bonnes bases et mettre fin au problème communautaire entre Flamands et francophones se trompent complètement. Il n’y a aucun lien entre ces deux questions.
Quelle est donc la nature de cette demande d’amnistie ? Elle est purement symbolique. S’il est possible de plaider aujourd’hui en faveur de l’amnistie, c’est précisément parce que les résistants et les rescapés de la Shoah disparaissent progressivement. Or, moralement, cette demande demeure inacceptable. En
acceptant cette mesure, on fait sauter un verrou important. Si l’on accorde l’amnistie aux collaborateurs flamands, dont une grande partie est à l’origine de la déportation de Juifs, de résistants et de réfractaires au travail obligatoire, pourquoi ne pas amnistier par la même occasion des SS allemands responsables de l’extermination des Juifs ?
acceptant cette mesure, on fait sauter un verrou important. Si l’on accorde l’amnistie aux collaborateurs flamands, dont une grande partie est à l’origine de la déportation de Juifs, de résistants et de réfractaires au travail obligatoire, pourquoi ne pas amnistier par la même occasion des SS allemands responsables de l’extermination des Juifs ?
L’historiographie flamande est-elle influencée par ces démarches politiques ? Non. Depuis plusieurs années, des historiens flamands travaillent en profondeur sur la collaboration des mouvements politiques et des administrations. Il faut saluer le travail de recherche mené depuis une quinzaine d’années par Lieven Saerens et Herman Van Goethem. La somme de Bruno De Wever, Greep naar de macht, est également essentielle pour saisir les racines fascistes de la collaboration flamande. Aussi curieux que cela puisse paraître, cet historien n’est autre que le frère du président de la NVA, Bart De Wever. Pendant longtemps, les historiens flamands se préoccupaient surtout du versant le plus sympathique : le sauvetage des Juifs. Or, aujourd’hui, les recherches portent sur la collaboration en Flandre et ses rapports avec la déportation des Juifs. Le travail d’histoire doit se poursuivre. A défaut, la mémoire flamande de la Seconde Guerre mondiale se figera sur des mythes et s’accrochera à des revendications aussi vaines que l’amnistie.
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