L’année de tous les dangers

Quoi de plus logique que de profiter de ce numéro de rentrée pour souhaiter à nos lecteurs, mais aussi à Israël et à la Belgique en tant que tels, une bonne et heureuse année. L’année qui s’ouvre, en effet, apparaît cruciale tant pour les Israéliens que pour les Belges, davantage même pour les Belges; une fois n’est pas coutume. Car si, en Israël, le logique départ d’Ehoud Olmert s’annonce périlleux, ici, c’est l’avenir même du pays qui est en jeu. Cette Belgique qui accueillit, vaille que vaille, nos parents chassés, ici, par la misère, là, par les persécutions antisémites, est tout simplement en voie d’implosion. Le Nord et le Sud ne se parlent plus, ne se comprennent plus, ne s’aimeraient plus. Le scénario de l’éclatement (deux peuples, deux Etats !) s’annonce chaque jour plus crédible. Pourtant l’ensemble belge, constitué de Bruxelles, la Wallonie et la Flandre est moins artificiel que d’aucuns voudraient nous le faire croire aujourd’hui. Il y eut une histoire belge, elle a été possible puisqu’elle a été faite. Entre la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, une agglomération de villes et de villages acceptèrent la vie en commun. Sauf paradoxalement la conquête opérée par la Révolution française, les Pays-Bas méridionaux ont toujours été gouvernés par des princes, certes étrangers, mais toujours légitimes. Les habitants de ces régions, qu’ils fussent flamands, brabançons ou namurois, tissaient le même drap, bâtissaient les mêmes églises, hôtels de ville et beffrois, étaient fiers de leurs privilèges et commerçaient avec les mêmes pays. De ce voisinage sont nés des liens, non seulement économiques mais aussi politiques. Comment comprendre sinon le succès de la Révolution de 1830 ?
Reste donc à espérer que la voix de la raison l’emportera, au risque d’un scénario de séparation qui s’annonce bien compliqué. Quel avenir, en effet, pour notre chère Bruxelles, certes, région à part entière depuis 1989 mais enclavée en Flandre dont elle reste l’improbable capitale ? Comment oublier qu’il y a quelques années, le député CVP Jan Verroken posait Bruxelles en… Jérusalem des Flamands ! Décidément, la Belgique et Israël ont plus d’un point commun; la paralysie, le manque d’imagination des élites respectives n’en sont pas des moindres.
Il n’y a donc qu’à souhaiter que l’année 5769 soit celle de l’audace et de l’imagination. Aux Israéliens d’oser la paix avec l’OLP, au risque de ne jamais pouvoir s’entendre avec un Hamas, hanté par les Protocoles des sages de Sion. Aux Belges de trouver le moyen de réparer un modèle, autrefois et non sans raison, vanté à l’étranger. C’est l’avenir même de l’Europe qui se joue ici; notre continent ne manquant pas de petites entités frustrées candidates à l’indépendance.
La Belgique a-t-elle une chance de survie ? S’il faut ardemment le souhaiter, rien n’est moins sûr. Nous pouvons toutefois être certains d’une chose : même en cas d’éclatement de la Belgique, il s’en trouvera toujours chez nous pour postuler un Etat binational comme solution au problème israélo-palestinien.

Assurément ma tâche de nouveau Directeur de Regards sera facilitée par le fait que celui que je remplace est désormais notre nouveau rédacteur en chef. On ne pouvait rêver mieux. Quant à l’ancien rédacteur en chef, le brillant Olivier Boruchowitch, je ne puis que lui souhaiter bonne chance dans son nouveau métier.

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