Dans cette interview parue sur le site du Monde*, et dont nous publions des extraits, le sociologue Michel Wieviorka ** explique que, contrairement à une idée reçue, l’antisémitisme est en voie de diminution dans son pays.
Interview réalisée par Stéphanie Le Bars (20/3/2012)
St. L.B. : Sans préjuger des motivations et du profil du tueur qui a tiré sur un groupe d’enfants et de parents juifs à Toulouse, que vous inspire ce drame, qualifié par nombre de responsables politiques d’acte antisémite ?
M.W. : Lorsqu’un tireur s’en prend à des enfants devant une école juive, il est clair qu’il s’agit d’un acte antisémite. C’est incontestable. Cela étant dit, il s’agit d’un acte dont on peut penser qu’il est isolé. En ce sens, il intervient à contre-courant de l’évolution de la société française ces dernières années par rapport à l’antisémitisme.
La France se trouve en effet dans un contexte historique où l’antisémitisme est, dans l’ensemble, moins prégnant ; on n’a pas le sentiment que, contrairement à il y a une dizaine d’années, les Juifs sont menacés de manière générale. Mais ce drame montre que les considérations sur la hausse ou la baisse des actes antisémites sont à manier avec précaution.
Quelle évolution a connu l’antisémitisme ces dernières années ?
Il y a une douzaine d’années, les sources actives de l’antisémitisme en France étaient liées à l’extrême droite ou aux courants néonazis. Les profanations de sépultures avaient plutôt à voir avec cette idéologie. D’autres actes sont intervenus dans un climat politique, où furent projetées sur le sol français les tensions du Proche-Orient.
Dans l’état actuel de l’enquête, il semble qu’on a plutôt affaire à une personne ou à un minuscule groupe isolé. Reste à savoir si cet isolement est idéologique et doit être renvoyé à une sorte de pathologie.
Ou s’il faut faire une comparaison avec ce qui s’est passé en Norvège où un individu isolé agit sans relais actif dans la société, mais où l’on comprend que son action a à voir avec des idées qui sont dans l’air. L’enquête dira de quelle idéologie il s’agit.
Comment s’explique selon vous l’inversion de tendance dans le nombre d’actes antisémites en France, en baisse de 16 % en 2011, selon le ministère de l’intérieur ?
Il y a eu un pic lorsque l’identification à la cause palestinienne a rencontré un courant de sympathie en France. Aujourd’hui que les ennemis d’Israël sont des groupes violents comme le Hamas ou le Hezbollah, cette identification est plus difficile.
Des changements sur la scène géopolitique ont changé la donne. En outre, la poussée d’antisémitisme du début des années 2000 a suscité une réponse énergique des pouvoirs publics, conjugués à une action des institutions juives et des médias.
A cet égard, l’attitude des pouvoirs publics et de l’Etat a été irréprochable. Ce qui n’empêche pas des responsables de proférer des bêtises comme l’a fait récemment le premier ministre en qualifiant l’abattage rituel de pratiques ancestrales. Cela montre que tout cela n’est pas parfaitement maîtrisé intellectuellement par les politiques.
Enfin, il faut noter qu’une autre transformation a eu lieu : celle du Front National qui, avec Marine Le Pen, se montre aujourd’hui moins antisémite qu’à l’époque de son père, Jean-Marie Le Pen, qui légitimait le négationnisme (…)
Pensez-vous, comme l’affirment certains, que la « libération de la parole raciste » puisse provoquer un tel passage à l’acte ?
Cette analyse relève plus de la réaction à chaud, de la recherche de boucs émissaires. D’autant que, dans l’ensemble, il me semble que le climat n’est pas à l’ouverture des vannes antisémites. La polémique sur l’abattage rituel est pour moi le témoignage d’un aveuglement idéologique de la part de responsables politiques.
Ils sont tellement obsédés par la question de l’islam qu’ils disent des choses sans se rendre compte que cela touche d’autres religions. On peut même avancer que la hantise de l’islam prend de telles proportions que l’antisémitisme trouve un espace réduit.
Et une chose est sûre : aujourd’hui, le négationnisme est moins vivant qu’il y a une quinzaine d’années, tout au moins dans l’espace public.
**Michel Wieviorka est l’auteur de « La Tentation antisémite »(Robert Laffont, 2005) et de« L’antisémitisme est-il de retour ? »(Larousse, 2008).
Le tueur d’enfants de Toulouse cerné par la police
Il faut rendre hommage à la compétence et à la rapidité des forces de l’ordre françaises. Deux jours après le drame de l’école « Ozar-Hatorah », la police a trouvé et cerné le plus que probable tueur.
Selon le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ce serait un Toulousain d’origine algérienne, âgé de 24 ans. Assiégé dans un petit appartement, l’homme dit appartenir à Al Qaeda et avoir voulu se venger de l’armée française pour son implication en Afghanistan.
Et il s’en serait pris à l’école juive pour venger des enfants palestiniens. Moyennant quoi, il a tué un Antillais, un soldat musulman, un Kabyle, un professeur de religion et trois gosses. Beaux résultats pour une belle cause….
En ce moment, (11h30), une quarantaine de coups de feu ont été échangés, deux -ou trois- policiers seraient blessés et les négociations se poursuivraient entre la police et le tueur. Celui-ci aurait affirmé vouloir se rendre dans l’après-midi…