L’association Un cœur pour la paix a dix ans

 

Depuis 2005, l’ONG française « Un cœur pour la paix »* unit médecins israéliens et palestiniens pour opérer à l’hôpital Hadassah de Jérusalem des enfants palestiniens souffrant de malformations cardiaques. Elle forme et aide aussi des médecins palestiniens installés en Cisjordanie. Parmi eux, le Dr Ibrahim Abu Zahira dont le JDD dresse le portrait** Extraits.

Hébron, ville palestinienne, en Cisjordanie, dans la région des monts de Judée. C’est là que depuis le 1er mars, le docteur Ibrahim Abu Zahira a ouvert son cabinet, qui constitue une seconde consultation palestinienne de cardiologie pédiatrique de pointe.

L’association « Un Cœur pour la Paix » a pris en charge les frais et lui a fourni un appareil d’écho-cardiologie.  (…) Du docteur Ibrahim, comme tout le monde l’appelle par ici, c’est encore, la fondatrice de l’ONG, Muriel Haïm qui en parle le mieux :

« C’est un très bon docteur avec un très, très bon diagnostic. Il a cette capacité à sortir d’une image l’infime détail qui va bouleverser ce que l’on croyait voir, ou avoir vu. Et cela pourra peut-être sauver la vie d’un enfant » (…)

Ibrahim Abu Zahira est né dans une famille très pauvre de huit enfants, et est le seul à avoir achevé un tel niveau d’études. Tout le monde a travaillé pour payer son éducation. Outre l’hébreu, il a aussi appris au fil de ses études à l’étranger le français et le russe

Il travaillait depuis deux ans à l’hôpital Hadassah de Jérusalem quand il a ouvert ce cabinet et très vite, le bruit a couru qu’il y avait « un super docteur » à Hébron. Et qu’il travaillait aussi de l’autre côté, là où bon nombre de Palestiniens ne peuvent aller.

Il est le détenteur d’un savoir qui n’a pas de prix, il est en mesure de sauver des vies. Mais pas seulement. Aux yeux des Palestiniens, il fait aussi figure de garant. S’il travaille main dans la main avec l’ennemi, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. Une raison qui justifie la confiance.

Et qu’il explique avec simplicité : « En Palestine, un mariage sur deux est consanguin. Et la pathologie cardiaque est trois fois plus élevée que dans le reste de la région. On a besoin de moi »

A regarder Ibrahim Abu Zahira travailler, tout parait si simple. Le médecin semble d’une disponibilité constante, d’une humeur à toute épreuve et d’une gentillesse sans égale. Il endosse tous les rôles.

« La famille appelait toutes les cinq minutes, le papa aussi »

 Il bénéficie de l’écoute de toutes et tous, des deux côtés de la barrière. Sans jamais se départir de son sourire et de sa bonne humeur. (…) Justement le téléphone sonne, Ibrahim répond : « Mabrouk! Félicitations! »

Il explique ensuite : « Cet homme a eu l’autorisation pour franchir le check-point d’Hébron afin d’accompagner sa fille qui doit se faire opérer à cœur ouvert, à l’unité cardiologique pédiatrique de l’hôpital Hadassah de Jérusalem. »

Le docteur prend la fiche de Sara, 3 ans. Elle est arrivée à l’hôpital le 21 et sera opérée le 27 juillet. Il vérifie le dossier, sésame incontournable pour franchir tous les obstacles. Tout y est : son diagnostic, la décision de pratiquer une opération, les examens et médicaments prescrits et les tampons administratifs.

Muriel Haïm rappelle que les situations ne sont jamais banales, dans cette région du monde : « Même si les parents sont connus pour être un danger à la sécurité d’Israël, les dossiers sont examinés, et on ne refuse jamais un enfant pour cette raison (…)

Ce jour-là, il y a aussi Maryam, 14 ans, qui souffre d’une insuffisance cardiaque. C’est la première fois que la jeune fille ira de l’autre côté. Inquiète? « Non, répond la tante qui l’accompagne. J’ai confiance, je suis infirmière, je sais que de l’autre côté ma nièce sera entre de bonnes mains ».  

Il y a aussi Obaïda, « enfant bleue », née avec une valve pulmonaire fermée. Ibrahim, le papa, a 22 ans, Samaher, la maman, 18. Ils ont l’air dépassé par l’ampleur de la situation. La petite a déjà été opérée à l’âge de deux semaines. Quatre heures d’opération.

A l’époque, Ibrahim n’avait pas eu l’autorisation de quitter Hébron. Muriel Haïm se rappelle de l’angoisse de sa jeune femme : « Elle était terrorisée. La famille appelait toutes les cinq minutes, le papa aussi ». En définitive,  le jour de l’opération, il a pu franchir le check-point…

Retour dans le cabinet du Dr Ibrahim. Une mère à qui il vient de prescrire des médicaments, lui demande combien elle lui doit. « Rien ». Les soins dispensés par « Un cœur pour la paix » sont pris en charge à parts égales par l’hôpital Hadassah  et par l’association

« Mais, conclut le docteur, je dis aux parents : donnez quelque chose à l’hôpital qui prend en charge les opérations. Et ils le font tous, à un moment ou à un autre »

*Pour en savoir plus ou pour aider l’association : http://www.uncoeurpourlapaix.org/

**http://www.lejdd.fr/International/Proche-Orient/Ibrahim-Abu-Zahira-le-docteur-palestinien-qui-travaille-des-deux-cotes-de-la-barriere-741842

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