Bientôt la rentrée et cette question qui se répète d’année en année : l’Athénée Maimonide rouvrira-t-il en septembre ? Impossible d’y répondre avec certitude. Nous avons néanmoins tenté d’en savoir plus.
Nous vous avions relayé la mobilisation autour de l’Athénée Maimonide il y a plus d’un an, en vous parlant de l’initiative « Maïmo demain », lancée par des anciens de l’école, des espoirs liés au diner de collecte ensuite, puis du déménagement des secondaires rue du Beau-Site (quartier Louise) en septembre 2013. L’eau a bien coulé sous les ponts depuis. La ligne téléphonique indiquée sur le site www.maimo.be ne semble plus en service. Pas plus de réponse à nos interpellations du côté de la direction, contactée à plusieurs reprises.
Une maman de l’école a accepté de nous livrer son témoignage, sous couvert de l’anonymat. « Ceux qui partent ne quittent pas Maimonide parce qu’ils ne sont pas satisfaits », tient-elle à préciser. « La raison principale est qu’ils craignent pour l’avenir… »
Si la rumeur va bon train depuis quelques années, remettant sans cesse sur la table la question de la fermeture de l’établissement, celle que nous appellerons Hannah nous confie n’y avoir jamais cru… « jusqu’à aujourd’hui ». « Je ne remets aucunement en question la pédagogie, la qualité de l’enseignement, l’ambiance, et le dévouement des professeurs qui sont extraordinaires et se démènent comme des fous pour que cela fonctionne », assure-t-elle. « Ce sont plus les finances qui me préoccupent, j’espère qu’ils pourront reprendre en septembre ».
C’est pourtant ce qu’affirme un courrier envoyé par mail le 1er juin 2015 « à l’attention des familles de la Communauté juive de Bruxelles, des responsables communautaires et des Rabbins de Bruxelles », signé par « des parents d’élèves de l’Athénée Maïmonide ». « Malgré les rumeurs, l’Athénée Maïmonide sera ouvert lors de la prochaine rentrée scolaire et garde l’espoir d’être encore là pour fêter ses 70 ans d’existence en 2017 », déclare ce dernier.
« J’ai bien reçu ce courrier », nous confirme Hannah. « Tous ceux qui restent à Maïmo veulent que Maïmo continue à vivre, mais beaucoup de gens hésitent, et même si tous les enfants paient ce qu’il faut, ce sera très compliqué. Je pensais qu’une ouverture était possible lorsqu’un rabbin du quartier Schuman a proposé un plan de sauvetage qui semblait intéressant. Mais sans que l’on sache pourquoi, son offre a finalement été refusée… L’argent manque et cela commence à se ressentir au quotidien, quand un professeur doit être remplacé, quand on reçoit une lettre de rappel de paiement… Si le bâtiment était vendu, tout pourrait changer ».
A chaque école juive son public
Si elle a « choisi » de son côté de changer ses enfants d’école, Hannah n’en confie pas moins sa tristesse de voir la situation se dégrader : « Tous les jours, j’ai les larmes aux yeux en pensant à cette école dont l’avenir est désormais lié au nombre d’enfants qui vont partir. Nous savons que nous sommes dans une situation privilégiée et nous sommes bien évidemment reconnaissants envers les pouvoirs publics de nous l’accorder, mais les trois écoles juives de Bruxelles ont chacune leur identité, chacune leur place, et je le pense vraiment, chacune leur public. Elles sont aussi là pour faire face à l’antisémitisme actuel. Si Maïmo disparait, c’est la mixité de la communauté juive qui disparaitra. Ca vaut donc vraiment la peine de se battre, il faut que la communauté s’unisse ».
Les initiatives de redressement de la situation ont été nombreuses : après le lancement il y a quelques années de l’immersion en néerlandais dès la fin des maternelles et en primaires (toujours d’actualité), le déménagement rue Beau-Site visait à séduire un nouveau public. Mais le coût lié à un emplacement sur deux sites a dû être revu, et les secondaires ont été contraintes l’an dernier de réintégrer le boulevard Poincaré. Si la page de soutien Facebook « Maïmo, le bon choix ! » réunit toujours quelque 772 membres, il faut se rendre à l’évidence : le nombre d’élèves de l’Athénée se réduit d’année en année.
Le courrier envoyé aux parents se veut lucide, mais rassurant : « L’heure n’est pas à la fête. En effet, aurons-nous assez d’élèves inscrits en septembre ? (…) L’histoire de notre peuple nous montre que baisser les bras n’a jamais été une option pour le peuple juif et que ce qui a permis au Judaïsme de s’enrichir à travers les siècles, c’est un espoir sans faille en l’avenir. (…) Ce qui est clair, c’est que si Maïmo disparaît demain, ce ne sera pas en raison de l’antisémitisme qui effraie tant de personnes à Bruxelles. Si Maïmo disparaît demain, c’est à cause de l’ignorance, de la facilité, du manque de courage. Oui, c’est dur d’être juif aujourd’hui à Bruxelles… mais pas plus qu’il y a 75 ans, 200 ans, 500 ans ! »
« Demain, il sera trop tard… »
Hannah a choisi cette école pour ses enfants à l’époque parce qu’elle correspondait le plus à ses convictions de Juive pratiquante. « Mais on retrouve tous les niveaux de pratique religieuse, », affirme-t-elle. Le courrier envoyé aux parents le souligne lui aussi : « Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes dans la Communauté, Maïmo n’est pas une école religieuse. Etiquette facile à apposer pour qui juge sans connaître… Maïmo est bien mieux que cela. C’est une école qui fait le choix de continuer à transmettre activement et fidèlement nos valeurs et coutumes plurimillénaires, une école qui souhaite ancrer ses élèves dans un judaïsme vrai et responsable, ne se contentant pas d’un simple folklore au goût suranné. (…) Il n’y a qu’à Maïmo que les enfants, surtout en maternel et en primaire, vivent les fêtes de manière aussi ludique et vivifiante, en apprenant les principes fondateurs du Judaïsme, les chants des prières, l’histoire juive, la Torah et l’hébreu avec sourire et motivation ». Les parents concluent en lançant un appel aux familles, aux responsables communautaires et aux rabbins : « Nous devons tous nous ressaisir, car demain, il sera trop tard pour les regrets. Si Maïmo disparaît, rien ne servira de se lamenter, chacun ne pourra que se poser la question : qu’ai-je fait, moi, pour sauver Maïmo et perpétuer l’héritage du peuple juif ? Que restera-t-il du judaïsme bruxellois quand plus aucune école n’existera où les enfants pourront apprendre les lois, les rites, les chants, les prières, l’histoire, la culture qui ont fait notre peuple ? Il n’est jamais trop tard. Pour les parents qui sentent encore une âme juive vibrer au fond de leur cœur, inscrivez vos enfants à Maïmo. Immédiatement ».
Au vu des dernières actualités, de l’attentat du Musée juif, encore bien frais dans les mémoires, et de l’inquiétude grandissante de la communauté juive de Belgique, il est peu probable que la ministre de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles décide de retirer à l’Athénée la dérogation dont elle bénéficie depuis plusieurs années. En dépit de ses soucis financiers et d’une population en diminution constante, l’Athénée Maimonide rouvrira donc sans doute à la rentrée 2015. En sachant malheureusement que la question se reposera l’an prochain.
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