La cour d’appel de Bruxelles a accordé, mercredi 20 septembre 2017, la suspension du prononcé de la condamnation pendant cinq ans à l’ancien député fédéral Laurent Louis, sous diverses conditions. Parmi celles-ci figure celle de se rendre une fois par an dans un centre d’extermination. Une manière naïve et curieuse de condamner un négationniste.
La cour d’appel de Bruxelles a reconnu établies les deux préventions de la deuxième cause relative à des propos négationnistes et antisémites que Laurent Louis a tenus en 2014. Il avait en effet écrit, sur son blog, le 9 juin 2014: « Certes Jean-Marie Le Pen a dit que les chambres à gaz n’étaient qu’un détail de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale et cela peut choquer mais en y réfléchissant un peu, est-ce si faux que cela? (…) ».
Pour ces préventions, l’ancien député fédéral est donc reconnu coupable mais il bénéficie de la suspension du prononcé de la condamnation pendant cinq ans, sous certaines conditions.
Parmi ces conditions, il y a celle de se rendre une fois par an dans des camps d’extermination situés à Auschwitz-Birkenau, à Majdanek, à Treblinka et à Dachau. Laurent Louis visitera ainsi chacun de ces camps une fois. Cette condition avait été proposée par le prévenu lui-même, via son avocat, Me Sébastien Courtoy.
Il lui est aussi demandé de faire un compte-rendu détaillé de chacune de ses visites à son assistant de justice, en lui présentant un texte d’au moins cinquante lignes sur ce qu’il a vu dans ces camps et sur les émotions qu’il y a ressenties. Mais encore, Laurent Louis devra diffuser ses rédactions sur sa page Facebook, dans le mois qui suit chaque visite.
Parmi les autres conditions, il y a donc celle de collaborer aux directives et aux conseils d’un assistant de justice, mais aussi l’obligation de ne pas commettre de nouvelle infraction et d’avoir une adresse fixe.
Cette condamnation pour le moins inédite laisse perplexe. La cour d’appel a fait le pari de l’intelligence et de la pédagogie. Ce faisant, n’a-t-elle pas négligé la bêtise de Laurent Louis et surtout, son adhésion idéologique certaine et établie à l’antisémitisme et au négationnisme. Il suffit de regarder les nombreuses vidéos dans lesquelles Laurent Louis se répand en proférant ses insanités. Est-ce vraiment une visite à Auschwitz-Birkenau ou à Treblinka qui va transformer ce sinistre individu ? Le doute demeure intact.
La pédagogie aurait pu fonctionner avec un enfant. Mais sûrement pas avec un homme comme Laurent Louis qui n’a cessé de faire parler de lui avec ce qu’il y a de plus abject. S’il s’agissait de faire vraiment œuvre de pédagogie, il aurait fallu commencer par des conférences ou des cours donnés par des historiens spécialistes de la Shoah et de l’antisémitisme. Et une fois cette formation terminée, une visite, une seule, dans un centre d’extermination aurait pu être organisée.
Cette décision s’inscrit dans l’air du temps en ce qu’elle privilégie l’émotion au détriment de la connaissance historique. Les historiens spécialistes de la Shoah s’interrogent encore sur la pertinence des voyages à Auschwitz-Birkenau.
C’est notamment le cas d’Annette Wieviorka, spécialiste de la déploration des Juifs de France et des rapports complexes entre mémoire et histoire. « Le voyage à Auschwitz-Birkenau donne-t-il plus de lucidité sur le monde ? Sur la société ? Sur la possibilité d’agir sur elle ? Est-il simplement l’occasion d’analyser son « ressenti », sa capacité à souffrir de la souffrance des survivants ? », se demande-t-elle dans L’heure d’exactitude (éd ; Albin Michel), un livre d’entretien sur l’Histoire, la mémoire et le témoignage.
Annette Wieviorka nous met ensuite en garde contre le biais de l’émotion souvent privilégié lorsqu’il est question de transmission de la mémoire de la Shoah. « Méfions-nous des émotions, par essence volatiles. Plus encore quand cette capacité à souffrir semble devenir un critère de bonne moralité ». Et de fustiger les esprits compassionnels attendant beaucoup, voire tout, de l’émotion censée se dégager de ces voyages. « Comme si le fait d’aller quelques heures sur le lieu pouvait être source de transformation », déplore Annette Wieviorka.
Une dernière chose mérite d’être soulignée lorsqu’on décide d’envoyer un négationniste à Auschwitz-Birkenau à titre de peine alternative. Si ce lieu est devenu le symbole du mal absolu dans la culture contemporaine, il ne faut jamais oublier qu’il est avant tout le plus grand cimetière juif au monde (près d’un million de Juifs assassinés). La présence d’un antisémite négationniste sur ce site risque d’apparaître comme une profanation s’il continue d’exploiter à nouveau la Shoah pour faire parler de lui, voire de répandre à nouveau ses délires. C’est un risque à ne pas négliger.
Une peine traditionnelle entrainant une disparition médiatique est le sort le plus approprié qu’une juridiction pénale aurait dû réserver à Laurent Louis dont on doute sérieusement de la sincérité de la démarche suggérée par son avocat défendant systématiquement et de la manière la plus douteuse des gens qui s’en prennent aux Juifs.
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