L’avenir doré d’Israël

Grâce à ses atouts intellectuels et commerciaux, l’Etat juif  peut envisager avec confiance la suite du XXIe siècle. Sauf si ses dirigeants continuent à mener une politique qui date du XIXe.  

  Et si, enfin, la géographie d’Israël finissait par être favorable à son histoire ?  Car, jusqu’à présent, il faut bien reconnaître que sa situation a plutôt été une malédiction pour ceux qui ont voulu y établir un Etat.

Comme cela a été le cas pour d’autres lieux stratégiques tels que la Pologne, broyée depuis toujours entre Germains et Slaves. Ou notre pays qui fut jusqu’en 1944 inclus, un des champs de bataille favoris de l’Europe.

De même, la  côte est de la Méditerranée (en gros, Israël et le Liban actuels) a-t-elle été un lieu à conquérir ou conserver depuis les gigantesques affrontements entre l’Egypte et les grands empires asiatiques. Et cela a dure encore aujourd’hui.

 Mais, porteurs de malheurs, ces lieux de guerre ont aussi toujours été des terres de passage pour le commerce intercontinental. Cela non plus n’a pas changé et pourrait offrir à l’Etat  juif un avenir doré.

Car son emplacement intéresse la Chine. « Atelier du monde », 2ème puissance économique mondiale, la Chine croule sous les liquidités et investit partout, notamment en Afrique. Un continent riche de potentialités dont Pékin semble vouloir faire le joyau de sa Couronne.

Un peu –toutes choses égales par ailleurs- comme l’Inde le fut pour la Grande-Bretagne. Ce qui, comme le fit à l’époque Londres,  amène Pékin à vouloir sécuriser les routes qui relient le continent noir à l’empire du Milieu.

Or, la Chine préférait éviter ce goulet d’étranglement que constitue le canal de Suez : capacités trop limitées et pays bien instable. D’où l’idée de passer plutôt par Israël. C’est le plan  « Red-Med »**

Un projet pharaonique : créer un port industriel à Eilat et le rattacher par un chemin de fer ultra- rapide à 350 km de là, au port d’Ashdod. Dont coût : près de six milliards €…  Et des bénéfices gigantesques à moyen et long terme.   

Ce n’est pas tout : la géographie vient aussi d’offrir un autre cadeau à l’Etat juif : de gigantesques gisements gaziers  (550 milliards de m3) au large de ses côtes. De l’or en barres. Et pas seulement pour Israël qui devait jusqu’à présent importer toute son énergie.

Pour le reste de la planète aussi : le gaz représente 25% de la consommation mondiale d’énergie (36 % pour le pétrole). Les voisins d’Israël, la Jordanie, la Turquie et nombre d’Etats d’Asie sont demandeurs.

Sans oublier une Europe de plus en plus soucieuse de se libérer de sa dépendance au gaz russe. Proche et donc peu coûteuse,  l’énergie en provenance d’Israël pourrait fortement y contribuer.  

Menacé et fragile 

A ces deux atouts, s’ajoute un cadeau que l’Etat juif s’est fait à lui-même : le « Silicon Wadi »*, au nord de Tel Aviv, où se prospèrent  plus de 3.500 entreprises de hautes technologies (high tech).

Une concentration qui ne le cède qu’à la Silicon Valley de Californie et où se prépare une bonne partie de l’avenir du monde. Israël se trouve ainsi doté de tout ce qui est nécessaire –et au-delà- pour entrer de plein pied dans le XXI siècle et y tenir une place de choix.

Tout sauf une politique qui le renvoie au XIXe siècle. Car, pour son gouvernement, la colonisation puis l’annexion de la Cisjordanie priment sur toute considération.  Or le commerce, l’économie en général aiment la stabilité, c’est leur moindre défaut.

Laquelle passe en l’occurrence par la paix.  Qui demande la résolution de la question palestinienne. Laquelle ne saurait se concevoir sans la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Sans cela, son avenir doré restera menacé et fragile. 

Le chemin de fer Eilat-Ashdod longera nécessairement la bande de Gaza et le Sinaï. Si ceux-ci restent hostiles, quelques attaques ou tirs de missiles- réussis ou non- risquent vite de décourager les Chinois.

D’autant que Pékin, qui soutien depuis belle lurette la cause palestinienne,  a beaucoup plus d’investissements dans le monde arabe que dans l’Etat juif.  Les gisements gaziers seront eux soumis à la menace permanente des missiles du Hezbollah ou de la Syrie voire de l’Iran.

L’absence de paix risque encore de bloquer ou de rendre plus couteuses les exportations de gaz israéliennes : l’idéal pour elles serait un pipe line passant par une Turquie qui dissimule à peine son hostilité. De même avec cet autre gros client potentiel qu’est la Jordanie.

Quant à la high tech, ses progrès nécessitent des relations incessantes avec le reste de la planète. Or, là comme dans le domaine commercial, l’idée du boycott fait lentement mais sûrement son chemin.

Elle se banalise dans l’opinion publique, surtout chez les jeunes générations qui ne sont plus freinées par le souvenir de la Shoah et pour qui la situation des Palestiniens rendra les contacts avec l’Etat juif de plus en plus intolérables.

On fait souvent et à juste titre reproche aux pays arabes de laisser passer tous les trains de l’Histoire.  Craignons que l’archaïsme politique de ses dirigeants n’amène Israël à rater le TGV de son avenir.

* « Wadi »(ou « oued ») : vallée généralement d’un cours d’eau.

**Mer Rouge-Mer Méditerranée. 

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