Le bon et le mauvais terrorisme (Et comment les distinguer)

Comme un fantôme sanglant remontant des brumes de notre histoire récente, revoici Georges Ibrahim Abdallah, emprisonné en 1987 pour une série d’attentats sanglants. Et dont, 25 ans plus tard, une certaine gauche tente de  faire un héros.

L’histoire est ancienne mais vaut la peine d’être rappelée. 1982 : des centaines de Palestiniens viennent d’être massacrés dans les camps de Sabra et Chatila. Le crime a été perpétré par les chrétiens libanais et Israël n’a qu’une responsabilité indirecte dans l’affaire.

Il n’empêche, de nombreux  mouvements pro-palestiniens veulent se venger en frappant « les intérêts impérialistes et sionistes ». Parmi eux, la « Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise » (FARL) menée par G.I. Abdallah qui  décide de mener ce combat en France.

En deux ans, la FARL commet sept attentats meurtriers : des voitures piégées blessent gravement des élèves du lycée Carnot à Paris et causent la mort de deux démineurs. Elle ouvre le feu sur le consul des Etats-Unis à Strasbourg (qui s’en tirera) et abattent un de leurs attachés militaires.

A quoi s’ajoute l’assassinat de Yaacov Barsimantov, deuxième conseiller de l’ambassade d’Israël à Paris. Tous membres de la CIA ou du Mossad, selon les FARL. La série s’arrête en octobre 1984, lorsque G.I. Abdallah est arrêté pour une affaire mineure.

Quelques mois plus tard, les FARL enlèvent Gilles Peyrolles, attaché culturel à Tripoli (nord Liban) et par ailleurs fils de l’écrivain Gilles Perrault. Leur but ? L’échanger contre leur chef. Des négociations s’engagent et manquent d’aboutir.

La FARL libère Peyrolles mais la France, qui a découvert entretemps la dangerosité d’Abdallah, refuse de le relâcher. En 1987, il passe en jugement et, défendu par Me Jacques Vergès,  écope de la prison à perpétuité.

Libérable depuis 1999, Abdallah voit sept de ses demandes de mise en liberté rejetées. « A cause de la mainmise des Etats-Unis sur la justice française », clame Me Vergès. D’autres y voient la main du CRIF. Ou les deux. Mais en janvier 2013, sa 8ème demande est acceptée.

Mais, à ce jour, Abdallah est encore en prison. C’est que sa libération est assortie d’une expulsion hors de France. Que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur n’a pas signé. Ses services ne sont pas persuadés que toutes les conditions de réinsertion sont emplies.

Et surtout la principale : n’y a-t-il pas risque de récidive ? Indignation du comité de soutien du « plus vieux prisonnier politique du monde » qui trouvait déjà sa condamnation injuste : après tout, il n’a jamais tué personne de ses mains. Notons que Ben Laden non plus, si on va par là.

Rien d’étonnant à ce que les partisans d’Abdallah tiennent ce genre raisonnement : on trouve parmi eux la fine fleur de l’extrême gauche. Mais que font là des partis respectueux de la démocratie comme le Front de Gauche et le Parti communiste ?

« En face, on fait bien pire »

Deux maires PC ont par exemple nommé Georges Ibrahim Abdallah  « citoyen d’honneur »  de leurs (petites) villes. Même si les « communistes révolutionnaires arabes »  ne courent plus trop les rues de nos jours, cela surprend.

En tous cas, selon le PC, il n’y a pas de danger qu’Abdallah recommence : à 62 ans, il ne rêverait plus que de se reposer auprès de sa famille. Sauf que le principal intéressé ne semble pas avoir été avisé de cette mise à la retraite d’office. Au contraire, lui se considère toujours comme un révolutionnaire actif.

C’est ce qu’il a affirmé pas plus tard que ce 18 mai* : « À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes ! Gloire aux masses populaires en lutte ! Honneur aux martyrs ! Ensemble camarades et ce n’est qu’ensemble camarades, que nous vaincrons ! »

Quoi qu’il en soit, sauf arguments nouveaux, Manuel Valls sera bien obligé, tôt ou tard,  de suivre la décision de justice et de signer l’arrêté d’expulsion. Une sorte de victoire pour ces partis aux valeurs… fluctuantes.

On ne doute pas que le PC rejette les attentats contre les  civils, des lycéens par exemple. Mais avec des nuances : commis par l’extrême droite, ce sont des crimes inhumains. Si c’est pour lutter contre l’impérialisme et le sionisme, c’est regrettable mais compréhensible

Car, argument imparable, « en face », on fait bien pire. C’est ce qu’explique le Front de gauche**: « G.I. Abdallah,  chef présumé des FARL,  a été accusé de complicité dans des attentats commis contre des agents du Mossad et de la CIA  dans le contexte du massacre de centaines de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, massacre resté impuni »

En clair : tuer des Palestiniens, c’est du mauvais terrorisme. S’en prendre à des Français, c’est du bon terrorisme. Selon le cas, les victimes tombent pour la justice ou pour l’iniquité.  Nul doute que les élèves du lycée Carnot ont dû apprécier d’avoir été blessés pour une juste cause.

Cette façon de voir les n’est hélas pas l’apanage d’un seul camp. Nombre d’amis d’Israël croient aussi le défendre en comparant le nombre de ses victimes à celles de la Syrie (de l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan…)

Que la droite ou l’extrême droite réfléchissent de cette façon, c’est affaire à eux. Par contre, dans le camp de la gauche,  il devrait être est intolérable de justifier le meurtre de civils pour quelque raison que ce soit.  

L’ennemi est, par définition, lâche, cruel, et sans pitié. Mais « les bons » doivent-ils  s’abaisser à agir comme lui pour prouver la justesse de leur cause ? Où se trouve dès lors la différence entre les uns et les autres?  

*http://www.legrandsoir.info/declaration-de-georges-ibrahim-abdallah-samedi-18-mai-2013.html

**http://www.lepartidegauche.fr/actualites/international/la-france-doit-liberer-georges-ibrahim-abdallah-22526

 

 

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