Le calvaire d’Hadassah

La plus grande institution médicale du Proche-Orient ne parvient plus à payer ses factures et derrière elle, l’ensemble du secteur hospitalier israélien ploie sous le poids des dettes et du désintérêt du gouvernement.

L’hôpital Hadassah de Jérusalem va-t-il fermer ses portes ? A priori, l’idée semble farfelue et elle l’est sans doute encore à ce stade. Mais le plus grand établissement médical du Proche-Orient qui passe pour le fleuron de la médecine israélienne, voire pour un « pont de paix » soignant indistinctement les ressortissants de l’Etat hébreu et les Palestiniens, est en position difficile. Désespérée même, puisque ses caisses sont vides.

Concrètement, cet état de faillite virtuelle se traduit par le fait que les fournisseurs sont payés avec des délais de plus en plus longs. Quant aux 4.000 membres du personnel, leur salaire est versé de manière irrégulière depuis le milieu de l’année. Certaines catégories de travailleurs ne sont d’ailleurs plus payées du tout alors que d’autres -les infirmières- ne perçoivent qu’un demi-traitement un mois sur deux. Le reste du temps, leur compte bancaire plonge dans le rouge.

« Nous avons l’impression d’avoir été trahis, car notre métier est dur et difficile. On se donne à fond et qu’est-ce que nous recevons en échange ? Du mépris », déclare Irit Sorek, l’une des animatrices de la révolte des infirmières. « Bien sûr, nous continuons à prodiguer des soins, mais seulement aux patients en situation difficile ou en danger.  On fait la grève à notre manière ».

De son côté, la direction de l’hôpital s’est contentée d’un bref communiqué reconnaissant que ses réserves financières sont épuisées et appelant le gouvernement à « intervenir rapidement ». Car le trou financier s’apparente à un gouffre : 300 millions de Shekels (environ 65 millions d’Euros).

Au-delà d’Hadassah, c’est l’ensemble du système hospitalier israélien qui est en péril, car de nombreux établissements manquent de lits, de chambres, et les urgences croulent sous un afflux de patient qu’il faut caser dans les couloirs en attendant que des médecins épuisés des gardes interminables aient le temps de les traiter.

Ces dernières années, les grands hôpitaux israéliens tels Hadassah, Ichilov, Tel-Hashomer et Rambam ont cru pouvoir renflouer leurs finances en encourageant le tourisme médical -des suites réservées à de riches patients étrangers traités par les meilleurs professeurs-, ainsi que l’installation d’hôtels et de cliniques privées sur leurs différents sites. Par ailleurs, Hadassah a vendu son nom comme une marque. Mais cela ne suffit pas.

Pain sec pour tous, sauf la Défense…

Partisans affirmés du libéralisme et des privatisions, Benyamin Netanyahou et son ministre des Finances Yaïr Lapid ne mettront pas facilement la main à la poche pour aider le secteur hospitalier en crise. Car l’heure est aux restrictions et aux coupes sombres dans tous les budgets sauf… celui de la défense. Au début de la semaine, le gouvernement a d’ailleurs entériné une augmentation de 480 millions d’Euros pour les dépenses liées à l’armée et à la défense, alors que tous les autres secteurs sont placés au régime pain sec. Ce cadeau a été fait à l’armée et aux services de sécurité malgré l’opposition des experts des finances qui exigeaient eux une économie d’un milliard d’Euros.

« Quelle que soit la situation économique du pays, l’on trouve toujours de l’argent pour la défense alors que d’autres secteurs tout aussi importants comme l’éducation et les hôpitaux sont priés de sabrer dans leurs dépenses », estime le chroniqueur économique Nehamia Stroessler. Qui poursuit : « Voir des infirmières défiler dans la rue pour exiger le paiement d’un salaire qui leur est dû, c’est choquant. Et ça l’est également pour l’image d’Israël, car Hadassah jouit d’une réputation inégalée dans la région. On y a soigné des patients venus de tous les pays voisins, y compris des Irakiens et des Saoudiens. Savoir que cet hôpital flirte avec la faillite nous rend tous bien tristes ».

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