Le Sécrétariat de l’UNESCO recommande le retrait du carnaval d’Alost de la liste représentative lors de la 14e session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité qui se tiendra à Bogota du 9 au 14 décembre 2019.
Depuis que le carnaval d’Alost a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2010, les incidents antisémites se sont multipliés.
En 2013, Irina Bokova, la directrice générale de l’époque, s’était indignée qu’un char soit transformé en faux wagon nazi avec des officiers SS riant et buvant du champagne au son de chansons populaires allemandes. Elle avait averti les autorités belges que « la protection du patrimoine culturel immatériel ne prend en considération que le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement durable ».
En 2018, d’autres dérapages antisémites se sont produits. Et comme jamais deux sans trois, lors de l’édition 2019 du carnaval, qui s’est déroulée du 3 au 5 mars 2019, des caricatures antisémites ont été affichées sur des chars. Un char était surmonté de deux figures géantes de Juifs orthodoxes portant des chapeaux de fourrure et des costumes roses, des boucles latérales et un nez grotesquement grand, assis sur des pièces d’or et des sacs d’argent. L’un des personnages avait une marionnette de rat sur sa veste, fumait un cigare et tendait la main vers le public.
Ces incidents avaient à nouveau suscité la condamnation indignée de l’UNESCO. Constatant la gravité et le caractère répétitif de ces manifestations d’antisémitisme, l’UNESCO a pris contact avec les autorités belges et flamandes (commune d’Alost et organisateurs du carnaval). Une rencontre informelle s’est tenue le 17 septembre dernier, mais les représentants de l’UNESCO ont constaté qu’aucune mesure particulière ne serait prise pour éviter que ce type d’incidents ne se reproduise.
Pire, ils ont appris que le comité d’organisation avait préparé pour l’édition 2020 une série de rubans « collector » illustrant une nouvelle fois plusieurs représentations stéréotypées de Juifs et de musulmans sous forme de dessins animés. Par ailleurs, le texte d’accompagnement se moque de l’UNESCO et réaffirme que le carnaval d’Alost devrait se poursuivre dans le même esprit de satire et de moquerie.
Pour le secrétariat de l’UNESCO, cette situation est inacceptable : « En autorisant des représentations racistes, antisémites et xénophobes, le carnaval d’Alost contredit non seulement les dispositions de la Convention, y compris la définition du patrimoine culturel immatériel et le but de la Liste représentative, mais aussi les principes fondateurs de l’UNESCO énoncés dans ses statuts. La présentation de représentations qui contredisent ouvertement certaines des valeurs fondamentales qui sous-tendent l’existence de l’UNESCO affecte non seulement la crédibilité de la Convention et du Comité, mais aussi celle de l’ensemble de l’Organisation ».
Au passage, le secrétariat de l’UNESCO tacle UNIA, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, en rappelant que « ces actes, intentionnels ou non, sont contraires aux exigences de respect mutuel entre communautés, groupes et individus ».
Considérant donc que le carnaval d’Alost ne satisfait plus aux critères de la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, il recommande donc de le retirer de cette liste lors de la 14e session qui se tiendra à Bogota.
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