Pour de multiples raisons, pour leur parcours personnel, pour leur oeuvre quotidienne, en toute humilité, pour leur comportement exemplaire, le Cclj a décidé de remettre le titre de Mensch cette année à Marie Lipstadt-Pinhas et Simon Gleicher, deux personnalités très différentes qui toutes deux méritent la reconnaissance. La cérémonie de remise du prix se déroulera le lundi 12 mars au Cclj à 19 h 30. Marie Lipstadt-Pinhas : témoigner avec courage et sérénité
Alors que les derniers témoins de la Shoa disparaissent et que se multiplient les déclarations négationnistes, chez nous, en France, ou en Iran, une femme, déportée à 13 ans et demi, ne cesse de témoigner, pour tous les publics, au Cclj, ou à la Fondation Auschwitz, en Belgique francophone et en Pologne. Comme le dit Marie Lipstadt-Pinhas : Il ne m’était jamais venu à l’idée que je devais transmettre quelque chose. Au retour des camps, les gens savaient. Personne ne niait la chose.
Marie est née à Salonique le 6 mars 1931. Un an après, ses parents, Isaac Pinhas et Régine Mallah (mariés en 1928), s’installent à Bruxelles. Comme l’évoque Marie : Toute notre famille de Grèce parlait le français, langue que mes parents avaient étudiée à l’école. La soeur aînée de mon père, Ida, avait émigré en Belgique avec son mari. Mes parents se sont très vite intégrés. Ils travaillaient dur. Au début, mon père était correspondant de journaux francophones de Salonique, «Le Journal des Balkans» et «Le Progrès». Il a écrit, entre autres, sur la mort du roi Albert. Maman était couturière de métier. En 1940, elle tenait un magasin de bonneterie, rue Marie-Christine.
Mai 40, les routes de l’exode. Les Pinhas atteignent La Panne sous les bombes. Ils doivent rentrer à Bruxelles. Dans la capitale occupée, ils mènent une vie «tout à fait normale» : Jusqu’en 1944, j’ai continué à aller à l’école. Mon père, qui se méfiait beaucoup des Allemands, ne s’était pas inscrit au registre des Juifs. Sur sa carte d’identité, maman avait gratté le prénom, remplaçant «saac» par «no». «Ino» Pinhas est comptable d’une maison de soutiens-gorge et de maillots de bain dont le patron, un Français, ancien officier, est patriote et antisémite. Mais à travers ces années de détresse, Marie semble plus insouciante que d’autres petites filles de son âge : J’étais une enfant sage et j’adorais aller au cinéma. A l’école communale, j’étais la «petite Grecque». Mais j’étais la seule de ma classe à ne pas avoir fait ma communion! Dans tous ses témoignages, elle souligne : Je ne savais pas que j’étais juive, même si je m’en doutais! A la maison, ses parents parlent le judéo-espagnol, de même que tous leurs amis, eux aussi immigrés juifs de Grèce.
La déportation
Suite au bombardement allié de leur quartier, à Laeken, en mai 44, les Pinhas sont logés par le patron d’Ino dans une mansarde de son immeuble, en ville. Ils y sont arrêtés sur dénonciation, la nuit du 20 juillet 1944. Après trois jours dans les caves de la Gestapo, avenue Louise, ils sont conduits à la caserne Dossin : Je me souviens que notre camion est passé par le Botanique. Il faisait très beau, des enfants criaient. Nous entendions tous les bruits de la ville et les rires de l’été, mais nous étions prisonniers, dans ce camion bâché, où de l’extérieur, personne ne pouvait nous voir.
Le 31 juillet, les Pinhas sont à bord du XXVIe convoi, de Malines à Auschwitz. Sur la rampe de Birkenau, les SS les séparent : hommes d’un côté et femmes de l’autre! Elle entend encore ces derniers mots de son père : Ne vous en faites pas, nous nous verrons dimanche. Tout va très vite. Je tenais maman par les épaules et en passant devant un soldat, il m’a demandé : «Mutter», en désignant ma mère, et comme je ne comprenais pas l’allemand, j’ai haussé les épaules, et il a cru que ça voulait dire non. Après cette sélection, leur groupe ne compte plus ni femmes âgées ni enfants : Moi, âgée de 13 ans et demi et une autre de 14, étions les plus jeunes. Le soir, au camp, des détenues conseillent à Régine et à Marie de ne jamais dire qu’elles sont mère et fille.
Régine apprend d’un médecin grec que toute sa famille de Salonique a été gazée en 1943, à Birkenau. Marie survit à la dysenterie et au Revier (réservoir de prédilection pour les expériences menées par les médecins SS). Fin octobre 1944, après une nouvelle sélection, elles sont transférées en Bavière, dans des camps de travail, à Landsberg, puis à Kaufering et enfin Türkheim (Kommandos de Dachau). Fin avril 45, lors de l’évacuation vers Dachau, elles s’enfuient sous le feu des SS, gagnent l’église du village de Türkheim dont le curé leur trouve asile. Le lendemain, les Américains sont là. Dans les rues du village, un G.I. interpelle Marie : Ne connaissant pas l’anglais, je lui montrai mon avant-bras sur lequel, très clairement, il aperçut, tatoué, mon numéro matricule concentrationnaire*. Alors, très simplement, sans commentaires, il me prit par la main et nous pénétrâmes sur la place du village dans une boutique de vêtements. Vêtue de sa «première robe», Marie quitte le magasin avec le soldat. Sur un «bye, bye» retentissant et sans plus, il me quitta et disparut au loin.
Libérées le 27 avril, Marie et sa mère restent au village où des prisonniers français les «retapent», puis elles retournent au camp, sont rapatriées et arrivent à Bruxelles-Midi le 1er juin 1945. J’étais sûre que mon père serait à la gare. Je n’avais pas pensé une seconde qu’il pourrait ne pas revenir. Maman n’a jamais reçu d’acte de décès. Elle ne s’est jamais remise de sa disparition. Trente ans après, j’ai appris par Maxime Steinberg qu’il était mort à Mauthausen. Un oncle qui vivait à Paris nous a aidées pour que je puisse reprendre l’école. Nous avons aussi été assistées par l’AIVG. Peu à peu, nous nous sommes débrouillées. J’ai terminé mes études commerciales en 1949 et suis devenue sténodactylo à l’agence Publi-Ciné. J’étais encore grecque et ne pouvais obtenir de permis de travail que si l’on m’engageait. J’ai vécu avec maman jusqu’à mon mariage avec Bernard.
L’engagement pour la mémoire
Bernard Lipstadt est aussi un survivant, caché avec d’autres enfants juifs par Odile Henri et son mari, au pensionnat Gatti de Gamond. Tous sont arrêtés par les nazis et emmenés à Malines, d’où Bernard sera le seul enfant juif de Belgique à s’échapper. Mariés le 3 juillet 1954, Marie et Bernard ont deux filles, Nadine et Viviane. Cette dernière précise : Mon père était un ancien de l’Hashomer Hatzaïr, parti au kibboutz en 1948 pour participer à la construction de l’Etat d’Israël. Il a rencontré ma mère lors d’un retour à Bruxelles où il était venu rendre visite à sa mère souffrante. Pour eux, c’étaient des temps difficiles. Après Sarma, il a été représentant, et partait tout le temps sur les routes. Maman était sténodactylo aux Papeteries de Belgique. Après avoir longtemps fait des travaux de bureau, notamment comme secrétaire à la synagogue sépharade, Marie entre à la Fondation Auschwitz : J’étais employée bénévole et René Reindorf m’a dit : «Tu es une ancienne. Tu devrais témoigner». J’ai participé au voyage organisé en 1995 par la ville de Namur, «le train des 1.000», et Sarah Goldberg m’a suggéré d’aller témoigner dans les écoles.
Directeur de la Fondation, Yannis Thanassekos souligne la qualité des témoignages de Marie : Je trouve extraordinaire qu’elle fonctionne sur le registre de l’apaisement et en même temps, qu’elle essaie encore de comprendre ce qui lui est arrivé. Elle est à l’écoute des interprétations historiques tout en conservant la même spontanéité. Elle ne recompose pas son témoignage et ne joue pas non plus un rôle qu’elle s’attribue. Elle n’est pas seulement un témoin, elle contribue aussi à nos réflexions théoriques. En 2000, elle a participé à notre séminaire sur les aspects psychologiques du témoignage, «La mémoire et les traumatismes». Co-fondateur de l’institution, le baron Paul Halter ajoute : Marie est aussi très présente au sein de notre conseil d’administration et Bernard est devenu le porte-drapeau de notre amicale d’anciens déportés. Lui aussi témoin à la Fondation Auschwitz, Paul Sobol remarque : Marie sait comment parler de son histoire aux enfants et aux ados. Ma petite-fille, qui faisait un mémoire sur les enfants durant la guerre, a été très émue par son entretien avec elle.
Avant de commencer à témoigner, Marie était depuis longtemps membre de «l’Amicale» (Amicale Belge des Ex-Prisonniers Politiques d’Auschwitz-Birkenau, Camps et Prisons de Silésie, association qui, en 1980, créa la Fondation Auschwitz), et affiliée à l’Union des Déportés Juifs. Mais à l’époque, elle était surtout présente au Cclj parce qu’on y parlait de problèmes d’actualité, alors que les activités de l’Amicale m’évoquaient un peu les réunions d’anciens de 14-18! Les voyages à Auschwitz organisés par la Fondation sont pour elle un pèlerinage. Outre leur mission éducative, ils l’ont aidée à dédramatiser son expérience. Marie aime se retrouver avec les enseignants pour les débats qui suivent les visites et témoignages sur le terrain. Cela m’intéresse beaucoup d’entendre des gens qui n’ont pas été aux camps et ne sont pas directement concernés par cette mémoire poser des questions et vouloir savoir.
Transmettre pour faire revivre
Marie-Jeanne David, enseignante à l’Institut Ste Marie d’Arlon, a fait appel aux témoignages de Marie depuis 1995, dans ses cours d’histoire et de sciences humaines, mais aussi pour des adultes : Marie est une petite dame très humble qui passe très bien avec les jeunes. Elle sait leur expliquer le contexte historique de son expérience personnelle. Elle ne veut pas effrayer les jeunes ni les choquer, mais les incite à la vigilance et à ne pas se soumettre à l’autorité. Elle leur dit aussi à quel point elle vit par eux, en leur racontant son histoire. Salomé, la fille cadette de Viviane, a entendu deux fois le témoignage de sa grand-mère, à l’école Decroly et avec son mouvement de jeunesse : On se voit très souvent et je me sens très proche d’elle. Mais elle ne m’avait jamais vraiment parlé de tout ça. Avec ma cousine Isabelle, ma soeur Maïra et moi, elle est attentionnée, toujours douce, une vraie grand-mère!
Dans leur introduction au témoignage de Marie, paru en 1991, dans le Bulletin de la Fondation Auschwitz, Jean-Michel Chaumont et Yannis Thanassekos écrivaient : Marie nous a donné des descriptions très détaillées des principaux moments de sa détention et le retour récurrent de l’expression : «je me souviens très bien…» est assez remarquable. D’autant plus remarquable en fait que dans le même temps, Marie parvient à en parler avec un détachement qui confine à la sérénité. Comme le notaient les deux historiens, Marie n’évoquait pas avec la même «sérénité» la mémoire de son père. Viviane souligne la douleur de cette perte : Elle adorait son père et en parle toujours avec émotion. Que ce soit au tout début de ses témoignages, avec «le train des 1.000», ou aujourd’hui, à Auschwitz pour la Fondation, devant des enfants du juge dans un centre fermé, ou au Service social juif, avec des survivants du génocide des Tutsi, toujours, elle veut témoigner. Envers et contre tout! C’est ce qui a vraiment donné un sens à sa vie! En transmettant cette histoire, elle a le sentiment de faire revivre tous ceux qu’elle a vu mourir!
En 1999, à Strasbourg, lors du colloque N’oublions jamais, organisé à l’initiative de la délégation PS au Parlement européen et de la Fondation Auschwitz, Marie prenait la parole, dénonçait la montée de l’extrême droite en Belgique. Survivante de la Shoa, elle n’oublie jamais les enjeux politiques de son témoignage. Marie s’insurge contre toute «concurrence des mémoires» entre prisonniers politiques résistants et déportés raciaux. Elle honore aussi la mémoire de ses libérateurs. En juin 2004, Marie et Bernard Lipstadt étaient en Normandie pour les commémorations du Débarquement, avec l’espoir de retrouver ce soldat américain qui, le 27 avril 1945, redonna à Marie sa dignité en lui offrant une robe. Dans une lettre publiée par La Libre Belgique, en 1969, elle rendait hommage à son libérateur inconnu : Son visage, je ne m’en souviens plus, mais aujourd’hui encore, je garde le souvenir de ce soldat simple et humain, qui sut me redonner l’aspect d’une fillette libre. S’il vit encore -et je l’espère de tout coeur- j’aimerais qu’il sache que je pense souvent à lui… (Marie Lipstadt-Pinhas, «Ma première robe», La Libre Belgique, 10/9/1969).
Pour David Susskind : L’histoire de Marie est un miracle! Elle est une des plus jeunes déportées de Belqique à être revenue d’Auschwitz. Elle et sa maman ont survécu. Elle a des enfants et des petits-enfants qui témoignent de sa victoire personnelle sur le nazisme. Son histoire nous évoque le miracle de la résurrection de tout un peuple! Pour elle, en 44-45, chaque pas était un miracle et l’entendre témoigner en 2007 est encore un miracle!
* Tatouage que Marie Lipstadt fera ôter après la guerre pour réussir à se reconstruire.
Simon Gleicher – tradition juive et engagement social
Dans notre pays, une partie croissante de la population s’enfonce dans la pauvreté. L’esprit du temps pousse à la démoralisation, au narcissisme angoissé et au repli du citoyen sur la sphère privée. Faire acte de résistance à cette barbarisation de la société tout en restant attaché à la tradition juive, c’est ce que nous montre l’engagement social d’un Mensch anversois, Simon Gleicher.
Les parents de Simon Gleicher sont tous deux originaires de Galicie où ses grands-parents faisaient le commerce du bois. Lotti Mozes arrive toute jeune à Anvers, après 1918, tandis que Peretz Gleicher n’immigre qu’à la veille de la guerre. A peine mariés, ils doivent fuir les persécutions antisémites et se cachent en France, chez un paysan. Après la Libération, ils reviennent à Anvers. Modiste, elle crée des chapeaux, lui est courtier en diamants. La communauté juive, anéantie par les nazis, se reconstruit peu à peu. Les Gleicher ont deux fils, Jacques, puis Simon, né le 6 novembre 1950.
Après des études primaires à Yesode Hatorah, Simon Gleicher entre à l’athénée Tachkemoni. Il passe toute sa jeunesse dans le mouvement sioniste religieux Bné Akiva : haver, madrih, et enfin boger, à son retour d’Israël, où Simon étudie à la yeshiva Kerem BeYavne, avant de commencer le droit à l’Université hébraïque de Jérusalem. Rentré à Anvers pour des raisons familiales, il se lance dans la vie professionnelle et devient courtier en diamant. Jouissant d’une excellente réputation dans le métier, il est membre de la bourse diamantaire (Beurs voor diamanthandel) et du club diamantaire (Diamantclub van Antwerpen).
Yolande Gleicher-Bloom, sa femme, connaît Simon depuis très longtemps : On s’est rencontré au Bné à partir de 1964, ensuite nous avons tous les deux été à Tachkemoni. Nous nous sommes mariés le 30 juin 1974, et avons eu trois filles, Sara, Sabine et Patricia, dont l’une vit en Israël. Nous sommes aussi devenus de très heureux grands-parents! Naty Wien, coordinateur du KSC Maccabi d’Anvers, affirme avec emphase : Simon est un homme remarquable pour ses engagements communautaires, tous bénévoles. Il fait partie de nombreux comités, mais c’est surtout sa présence sur le terrain que je trouve exceptionnelle. Il y consacre volontiers presque tout son temps libre, et il est aussi d’une grande générosité, que ce soit pour des causes religieuses ou non.
Aider dans la discrétion
C’est par les activités sociales de la Centrale («De Centrale» – Koninklijke Vereniging voor Joodse Weldadigheid), institution anversoise dont il est le secrétaire, qu’Arthur Trau connaît Simon : Il est très concerné par son travail à la Centrale, où il fait partie du conseil d’administration depuis 1989. Lors des élections, il recueille toujours la majorité des suffrages, ce qui montre bien sa popularité et son engagement. Il participe très activement à la commission du service social, aux campagnes de donations et aux commissions responsables des maisons de retraite et de notre centre de vacances à la villa Altol de Coxyde. Simon manifeste aussi son sens de la charité sur le terrain, en toute discrétion, au sein de Tomche Shabbat, une organisation soutenue par la Centrale, qui se charge de distribuer gratuitement et dans l’anonymat des repas de shabbat aux familles dans le besoin.
Comme le déclarait Simon dans un récent film documentaire consacré aux activités de la Centrale : Pour nous, la plus belle chose, c’est d’aider quelqu’un sans qu’il le sache. Dans le métier de diamantaire, plusieurs personnes sont venues nous dire qu’un tel, qui est courtier, a des difficultés, et nous avons alors décidé d’aider ce diamantaire en détresse, à son insu, afin de lui redonner courage, sachant que s’il perdait confiance en lui-même, il ne retravaillerait plus. Beaucoup sont assistés de cette manière, sans qu’ils ne soient gênés ou humiliés par notre intervention.
Lors du dîner de collecte de la Centrale en mars 2006, Simon Gleicher, s’adressant à «la prochaine génération» de donateurs, soulignait la démesure des tâches à accomplir vu l’insuffisance des moyens financiers. Il évoquait la paupérisation d’une fraction croissante de la communauté juive en Flandre, y compris parfois d’anciens donateurs qui, suite à des revers de fortune, se retrouvent parmi les familles assistées par la Centrale. Pour conclure, il exhortait chacun à ne pas se contenter d’ouvrir son portefeuille mais surtout à ouvrir son coeur pour venir en aide à tous ces nécessiteux dont chaque membre de la communauté doit se sentir responsable du bien-être.
Naty Wien souligne le soutien constant des Gleicher au Maccabi, cite le travail accompli par Yolande dans l’organisation des Maccabiades (2003), lorsqu’elle prépare les vêtements de 400 enfants. Et le coordinateur du dynamique centre sportif juif d’Hoboken enchaîne : Hatzoloh (anciennement Hatzole) est une organisation créée par des religieux dont les secouristes bénévoles donnent les premiers secours médicaux aux membres de la communauté (ainsi qu’aux non-Juifs), subitement malades ou victimes d’accidents de la circulation. Membres actifs de l’organisation, Simon et Yolande ont suivi des cours de psychologie afin de remplir la mission difficile d’annoncer aux familles concernées les cas de décès. Ils tiennent des permanences, assurant depuis leur domicile le dispatching des secouristes. Simon participe aussi aux campagnes de collecte d’Hatzoloh.
Un exemple de tolérance
Comme ne cessent de le souligner ceux qui le connaissent, Simon et Yolande Gleicher font preuve d’un dévouement absolu dans le soutien aux activités du centre Tikvatenoe – Ontwikkelingscentrum voor het Joodse Kind, institution médico-pédagogique pour enfants différents, associée à une école avec internat et semi-internat. Naty Wien remarque : Bien que Simon ne soit pas membre du conseil d’administration ni du comité chargé des activités culturelles de cette institution, son engagement est exemplaire. Il aide Yolande dans la préparation des fêtes de Tikvatenoe, et participe notamment aux pièces de théâtre. Yolande donne des conférences dans les écoles juives pour intégrer ces enfants différents dans la société. L’un comme l’autre font tout pour que ces jeunes aient une vie normale.
Arthur Trau ajoute : Simon Gleicher est aussi un homme religieux, orthodoxe modéré, tolérant et cela dans tous les domaines. Il n’est pas «politisé» au sens péjoratif du terme. Il est très attaché à l’Etat d’Israël et va faire son alya avec sa famille dans un avenir proche. Naty précise : Son frère, Jacques, est hazan à la synagogue de la rue de la Clinique.
Un des meilleurs amis des Gleicher, Francis Weitz, est laïque : Nous partageons vingt ans d’affaires professionnelles et de réflexions communes. Simon est un homme au coeur d’or, qui se donne à fond dans ce qu’il fait et ce qu’il croit. L’amitié avec lui, c’est à la vie et à la mort. J’ai ouvert mon bureau il y a plus de vingt ans, à Anvers. Et il faut du crédit pour pouvoir travailler dans le diamant. Simon avait repris le portefeuille de son père et était déjà bien établi dans le métier. D’emblée, il m’a fait confiance, m’a aidé à me lancer, m’offrant ses garanties au moment crucial. C’est un modèle de tolérance et de respect de l’autre, d’ouverture à la différence. Lui et Yolande forment un couple exceptionnel, très attachés l’un à l’autre, ils se complètent parfaitement. Leurs filles, tout aussi religieuses, manifestent le même esprit d’ouverture.
Mireille et Joël Abend connaissent Simon dans un cadre ludique, où la passion des cartes et du théâtre s’associent au travail social communautaire. Comme l’indique Joël : Notre point commun, c’est les cartes! Le boraco, un jeu dérivé de la canasta, se joue à deux ou à quatre. Nous jouons pour de l’argent et les gains vont à Tikvatenoe. Lors de nos soirées de cartes, c’est un bon vivant. Dès qu’il ouvre la bouche, il nous fait tous rire! Nous avons aussi inventé ensemble des sketches burlesques en yiddish lors de soirées de collecte et joué au Théâtre yiddish d’Anvers dans «Pirem spiel», «Shider» et enfin «A Jerische» qui a été montré au Centre Romi Goldmuntz en 1995. Simon parle très bien le yiddish et on entend tout de suite qu’il le pratique depuis sa petite enfance. Mireille ajoute : C’est une personne extrêmement modeste qui ne recherche pas les honneurs. Lui et Yolande forment un couple remarquable et ne cessent d’exprimer leur estime réciproque.
La simplicité même
Comment un homme si engagé dans la vie communautaire parvient-il à concilier ses activités multiples avec une vie de famille? Yolande répond sans hésiter : L’engagement communautaire fait partie intégrante de notre vie, depuis toujours, et ne cesse d’enrichir notre vie privée. Nous sommes en contact régulier avec des personnes très diverses : Juifs anversois et bruxellois, laïques et Hassidim. Ce sont des frontières et des différences qu’on apprend à dépasser par la discussion et dans l’élaboration d’actions communes. Quelles que soient nos différences, c’est dans le travail communautaire, en réalisant ensemble des objectifs concrets, que nous pratiquons le respect de l’autre. Simon manifeste ce talent admirable de valoriser ce qui nous rassemble, de montrer que c’est à travers toute notre diversité que nous sommes un peuple. Dans le privé, son sens de l’humour aide à se sortir des situations les plus difficiles, et c’est aussi un papa extraordinaire qui s’occupe de sa famille de façon merveilleuse.
Associé depuis longtemps à la vie anversoise et fondateur du Musée juif de Malines, Natan Ramet commente : Partout, on fait son éloge. Tant dans son métier de courtier, que pour sa moralité impeccable, mais on parle surtout du travail de charité fantastique qu’il accomplit sur le terrain, payant de sa personne, en toute simplicité, sans chercher à briller.
David Susskind met en valeur l’originalité du nouveau Mensch de l’année : Un homme qui, sans cesse, travaille au bien de la communauté, sans en tirer ni gloire ni vanité, correspond parfaitement à notre vision du Mensch : un homme pour les hommes. Le titre de Mensch décerné n’est pas une récompense philosophique, c’est ici un hommage rendu à une personne d’action qui, avec son épouse, au quotidien, sans relâche, honore la communauté par toutes ses actions de bienfaisance, son engagement constant en faveur des démunis.