Le CCOJB boycotté par la Fondation du judaïsme

Créée avec le solde des sommes versées à l’issue du processus de restitution des biens juifs spoliés, la Fondation du judaïsme de Belgique a pour objet de garantir à la communauté juive sa pérennité. Son conseil d’administration refuse pourtant que le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), le professeur Maurice Sosnowski, siège en son sein. Plus de 15 mois après le décès de David Susskind, son siège d’administrateur à cette fondation reste vide et le rejet de la candidature de Maurice Sosnowski n’est toujours pas amendé par le conseil d’adminsitration de la Fondation.  Réaction du président du CCOJB face à ce scandale.

Comment expliquez-vous que le Président du CCOJB, l’organisation représentative des Juifs de Belgique (côté francophone), ne puisse pas siéger au sein du conseil d’administration de la Fondation du judaïsme de Belgique ? C’est bien le problème. Je préside le CCOJB, une institution qui fédère 40 organisations juives belges, et on m’empêche de participer aux travaux d’une Fondation essentielle pour toutes ces organisations juives. Les statuts de la Fondation du judaïsme précisent pourtant que le siège de feu David Susskind est celui attribué au CCOJB. Cela fait plus d’un an que ce siège doit être pourvu. Un mois après le décès de David Susskind, le CCOJB a présenté ma candidature au conseil d’administration. A maintes reprises, le bureau de la Fondation a reporté la réunion censée examiner ma candidature, jusqu’au moment où le vote est finalement intervenu en décembre 2012, mais il s’est soldé par le refus de m’élire.

Pourquoi refusent-ils de vous voir siéger au sein du conseil d’administration de cette Fondation ? Ce refus est lié à l’importation d’un conflit étranger à la Fondation du judaïsme et cela se traduit par le boycott du CCOJB. Il existe une divergence de point de vue sur la poursuite des activités de la Commission nationale de la communauté juive de Belgique pour les restitutions (CNCJBR). Elle était chargée de mener le combat des restitutions des biens juifs spoliés et il était convenu qu’elle soit dissoute une fois sa mission terminée et dès que la Fondation du judaïsme était constituée. Depuis que le CCOJB a relancé la question du rapport du CEGES sur la participation des autorités belges à la déportation des Juifs, j’ai soudain reçu une proposition de faire partie de la CNCJBR en ma qualité de président du CCOJB où je me serais retrouvé largement en minorité, les membres du Forum des Juifs d’Anvers et du Consistoire central israélite étant majoritaires au sein de cette commission. Le comité directeur du CCOJB a donc décliné cette offre qui ne ferait que ressusciter une commission n’ayant plus d’objet ni d’activité. C’est ce qui nous est reproché aujourd’hui par le bureau de la Fondation du judaïsme, dont la plupart des membres siègent encore à la CNCJBR. Quels que soient les reproches qu’on adresse au CCOJB, on ne peut empêcher une organisation juive belge représentative de s’exprimer au sein de la Fondation du judaïsme de Belgique.

Pourquoi s’efforcent-ils de ressusciter cette CNCJBR ? Cela nous renvoie à la question des organisations représentatives. Il est regrettable que le Forum d’Anvers et le CCOJB soient séparés. Il y a trop peu de Juifs en Belgique pour ne pas s’entendre. Nous devons être unis pour faire face à l’antisémitisme et à l’antisionisme. J’ai fait des propositions au Forum d’Anvers pour que nous puissions travailler ensemble et qu’on imagine même une alternance pour la présidence. Ces propositions ont été refusées par les Anversois. Ils estiment que les deux communautés présentent des caractéristiques sociologiques et politiques trop différentes. Mais paradoxalement, ils proposent de transformer la CNCJBR en une coupole politique regroupant en son sein le CCOJB, le Forum d’Anvers et… le Consistoire central israélite, l’organe du culte !

Pourquoi donc vouloir associer une institution cultuelle à l’action de deux organisations politiques s’il n’y a déjà pas de volonté de faire coexister le Forum et le CCOJB ? C’est évidemment incohérent et cela revient à remettre en cause le principe de séparation du religieux du politique. Or, dans toutes les communautés juives, cette séparation est scrupuleusement respectée. On voit bien que l’objectif poursuivi par ceux qui s’efforcent de ressusciter la CNCJBR est bien évidemment d’en faire une institution coupole qui deviendrait l’interlocuteur exclusif de la communauté juive auprès des autorités publiques. Mais une institution coupole où la voix des religieux domine largement, en raison de la présence du Consistoire (les synagogues) et du Forum d’Anvers (dominé par les religieux). Je respecte les religieux et je suis conscient de l’importance de la religion dans la transmission de l’identité juive, mais je souhaite qu’il y ait réciprocité envers les Juifs non religieux (majoritaires à Bruxelles) attachés au peuple juif. Je ne peux pas non plus accepter qu’on importe ce débat au sein même d’une Fondation du judaïsme qui distribue de l’argent à toutes les associations juives qui en ont besoin.

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