Est-ce que l’ensemble d’une communauté, voire d’un peuple, peut souffrir de dépression nerveuse ? A voir l’état de notre communauté, on pourrait le croire. En tout cas, de ceux des Juifs -encore majoritaires- pour qui Israël est le pilier, le cœur de leur judaïsme.
Discutez avec des Juifs sionistes de la situation d’Israël ou de son avenir, et des symptômes de dépression apparaissent vite : angoisse, alternance de tristesse et d’indifférence, fatigue, problème de concentration, irritabilité, manque de confiance en soi…
D’où cela pourrait-il provenir, sinon de l’effrayant sentiment qu’Israël n’est plus dans Israël ? De ce qu’aujourd’hui, ce sont les faces les plus sombres du judaïsme qui dirigent ce pays : d’une part, les intégristes religieux, qu’ils soient ultra-nationalistes ou ultra-orthodoxes.
Et de l’autre, l’extrême droite. Celle qui rôdait déjà du temps du « yichouv » palestinien. Celle qui avait quasi disparu de l’Indépendance aux années 80. Et qui tient à présent le haut du pavé et prétend parler au nom de notre Etat juif.
Comment accepter cela ? Comment admettre que ce soient les « hommes en noir », ces anachronismes ambulants, qui fassent la loi de l’Israël d’aujourd’hui ? Comment tolérer des fascistes juifs, des racistes juifs jusque dans les cercles du pouvoir ?
Ce n’est pas l’Israël dont nos grands parents ont rêvé, que nos parents ont bâti et auquel nous avons coutume d’apporter amour, appui et fidélité. Ce n’est pas l’Etat/refuge, la « lumière des nations » que le peuple juif a voulu et créé pour mettre fin à ses souffrances millénaires.
«A quoi bon poursuivre l’entreprise sioniste s’il s’agit d’implanter dans un coin d’Orient une nouvelle petite tribu qui rivalisera avec les autre tribus dans le sang versé, la vengeance et la colère ? » se demandait déjà Ahad Haam.* Eh bien, nous y sommes, ou presque, non ?
En vérité, il y a bien là de quoi être déprimé. Même si, bien entendu, ce n’est guère facile à admettre. Raison pour laquelle toute une partie de la communauté fait dans le déni : le gouvernement est parfait, Israël est en pleine forme, tout va bien et ira mieux encore…
A l’inverse, d’autres pratiquent le transfert : tout va mal par la faute des non-Juifs, tous antisémites, et des Juifs critiques qui sont des traîtres/des idiots utiles/des Juifs honteux. (Biffer les mentions inutiles; s’il y en a)
N’importe quel « psy » vous dira que cela ne mène à rien. Que, pour guérir, il faut d’abord admettre la réalité de la dépression. Et ensuite soigner ses causes. Ici, aider les Israéliens à se débarrasser en toute démocratie des obscurantistes et des fanatiques.
Israël est l’Etat de l’ensemble du peuple juif. S’il va mal, le peuple juif souffre aussi. Voilà pourquoi, n’en déplaise aux « inconditionnels », le sionisme est une chose bien trop sérieuse pour être laissée dans des mains aussi bornées qu’inaptes.
*Ahad Haam (litt. : « un du peuple ») : de son vrai nom Asher Hirsch Ginzberg (1856-1927), fut un des grands intellectuels pionniers du sionisme.
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