Diplomate portugais en poste à Bordeaux en 1940, Aristides de Sousa Mendes sauva la vie de 30.000 personnes, dont 10.000 Juifs. Reconnu comme « Juste parmi les Nations » en 1966 par Yad Vashem, il est au centre du film Le Consul de Bordeaux, réalisé par Francisco Manso et Joao Correa.
Né au Portugal en 1885 dans une famille de notables de l’aristocratie catholique, monarchiste et conservatrice, Aristides de Sousa Mendes occupe plusieurs délégations consulaires à l’étranger. Consul en Belgique et au Grand-Duché du Luxembourg de 1929 à 1938, il vit sept ans à Louvain où il reçoit Maurice Maeterlinck, la Reine Elisabeth et Albert Einstein. Il est aussi un hôte régulier de la Grande Duchesse Charlotte du Luxembourg et sera décoré de l’Ordre de Léopold en 1938.
Salazar, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, le nomme ensuite à Bordeaux. Ville refuge du gouvernement français, Bordeaux attire fonctionnaires et politiques, aussi des milliers de candidats à l’exil. Ils fuient l’avancée nazie et pour ce faire, doivent transiter par le Portugal. Si la délivrance de visas est familière à Sousa Mendes, sa rencontre avec le rabbin anversois Jacob Kruger le mobilise sur l’urgence et le nombre de personnes à sauver. Désobéissant à une circulaire interdisant l’octroi de visas aux étrangers dont la nationalité est indéfinie, aux apatrides et aux Juifs expulsés de leur pays, Aristides de Sousa Mendes, aidé de ses enfants, de ses neveux et du rabbin Kruger, délivre, du 16 au 23 juin 1940, 30.000 visas à tous les réfugiés qui en font la demande, sans distinction « de nationalité, de race, de religion ».
Il sera dénoncé. Salazar, qui maintient la neutralité du Portugal à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, mais dont les opinions sont favorables à Hitler, applique des mesures contre lui. Surveillé, le Consul poursuit son activité à Bayonne. Le 22 juin, la France demande un armistice. Sur la route d’Hendaye, il continue à signer des visas. Le 23, Salazar le démet de ses fonctions. Après la fermeture du poste frontière d’Hendaye et en dépit des fonctionnaires envoyés pour le ramener, il prend la tête d’une colonne de réfugiés qu’il guide jusqu’à un petit poste de douane espagnol où la décision de fermer la frontière n’a pas encore été communiquée. Sousa Mendes use du prestige de sa fonction pour les faire passer.
Le prix du courage
De retour dans son pays le 8 juillet 1940, Salazar s’acharne sur lui. Le Consul déchu et sa famille survivent grâce à la solidarité de la communauté juive de Lisbonne. Ils en viennent à fréquenter la cantine de l’assistance juive internationale… En 1945, Salazar feint d’approuver l’aide du Portugal aux réfugiés pendant la guerre, mais refuse de réintégrer Sousa Mendes dans le corps diplomatique. La situation de l’ex-consul se dégrade. Il meurt le 3 avril 1954, dans la misère. Il aura octroyé des visas à 40% des membres du gouvernement belge en fuite, à Charlotte du Luxembourg et à tout son gouvernement, mais aussi à l’Impératrice Zita, à l’acteur Robert Montgomery ou encore à Jean Gabin… Ce n’est qu’au début des années 1960 qu’un courant naît pour réhabiliter la mémoire de celui qui a accompli l’opération de sauvetage -d’homme seul- la plus importante de la Seconde Guerre mondiale. En 1966, Yad Vashem le nomme Juste parmi les Nations. En 1987, la République du Portugal le décore de l’Ordre de la Liberté, sa famille reçoit des excuses publiques. 1988, 1994 et 1995 sont des années de reconnaissance à titre posthume.
Le film Le Consul de Bordeaux s’inscrit dans ce travail de mémoire et de réhabilitation. Alors que les producteurs du film étaient en recherche de fonds à New York, un certain monsieur Korngold s’est levé à l’issue de l’extrait projeté pour témoigner de la justesse des images : il s’agissait de sa propre histoire.
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