« Le Dictateur »

Voyage en terre inconnue avec le Général Amiral Haffaz Aladeen, chef suprême, oppresseur aimé du Peuple de Wadiya… et excellent nageur, dont la nage du papillon.

Vous avez aimé « Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan », le faux-documentaire où le protagoniste incarnait un reporter kazakh de la télévision, sexiste, homophobe, raciste, antisémite et naïf ? Vous souvenez-vous de Brüno, où le personnage éponyme campait un Autrichien gay aux tendances nazies et à la perruque blonde ? L’amoral et joyeux imposteur Sacha Baron Cohen revient sur les écrans, plus décalé que jamais, secouer le public de rires et d’effroi, sous les traits d’un dictateur allant jusqu’à risquer sa vie pour sauver son pays de la démocratie menaçante. Grandeur et démesure éclaboussent l’écran dès les premières images.

Bienvenue donc dans la République imaginaire de Wadiya, un pays au service de son despote éclairé, à se demander s’il ne souffre pas d’insolation depuis la naissance. Sa bande de potes (plus tous en top forme) cadre avec le personnage : Ben Laden, Saddam Hussein, Fidel Castro, Hugo Chavez, ou encore Kim Jong-Il à qui le film est dédié. Sous cette immense extravagance se dessine une belle caricature des régimes totalitaires. Il est ici arabe -ce qui ne fait pas trop rire certains médias, personnalités et institutions arabes irrités de ces raccourcis faciles et nuisibles, heurtés d’être la cible de moqueries à travers l’image d’un tyran semi-débile-, mais il pourrait sans problème se transposer à d’autres points du globe, de l’Europe centrale à l’Asie en passant par l’Afrique. Les belles et grandes démocraties occidentales, et, les Etats-Unis au passage, en prennent aussi pour leur grade, n’étant pas exemptes de travers, hypocrisies et contradictions. Le pouvoir, le sexe, le fric, le bio, les homos, les pacifistes, les politiques, les trahisons, la misogynie, un certain design oriental, les kamikazes, l’uranium, les méchants despotes narcissiques, les techniques de torture ou d’élimination des « gêneurs » sont égratignés dans une rafale de jeux de mots, d’accents et de scènes que je m’empêche depuis le début de cet article de vous révéler, afin de laisser le plaisir de la surprise entier.

Tout va très vite, et tel un album d’Astérix et Obélix, on peut le voir deux fois sans problème, aux premier, second ou troisième degré, pour récupérer toutes les miettes de gags qu’on a laissées passer à la première vision, prenant, dès la première seconde, ce TGV de railleries en vol. Sacha Baron Cohen, qui a endossé les plus belles parures de rappeur (Da Ali G Show) et fait exploser le box-office avec Borat, s’offre ici une superproduction hollywoodienne. Il y excelle dans sa folie orgueilleuse. Il s’est même un peu éloigné du registre scatologique.

Effet d’une bombe

C’est que ce drôle de bijou explosif a été écrit à huit mains et réalisé par Larry Charles, aux commandes de la célèbre série « Seinfeld », mais aussi des films Borat et Brüno. La musique a été composée par Erran Baron Cohen, frère du grand fou. Et côté projets, Sacha prendra prochainement les traits de Freddie Mercury, leader du groupe Queen, dans un film retraçant la vie et la carrière de la star; sortie prévue en 2013.

En attendant, Le Dictateur fait déjà jaser avant sa sortie dans le reste du monde, vers le 20 juin 2012. La polémique est prête à éclater, les fans à se marrer. Et Sacha Baron Cohen ne lésine pas sur sa promo. Pas plus tard que le 16 mai dernier, ce déjanté a débarqué sur la Croisette en Commandant-Dictateur « Aladeen », à dos de chameau. Il a refait l’entrée du Carlton à son bon goût et à son effigie, on l’a vu ici escorté de femmes militaires en minishort et on l’a remarqué là sur un yacht avec un mannequin qui aurait osé critiquer son anatomie : la jolie jeune femme a ensuite été jetée à la mer dans un sac mortuaire lesté. Foi de faux paparazzis. Conclusion, il ne faut jamais critiquer le général ! Pas fin fin tout ça, sous ses airs de sale gosse à recadrer, mais pas si taré que ça dans ses instantanés sur la nature des humains et des systèmes. Ce n’est pas qu’il met toujours les pieds dans tous les plats, mais il les casse en plus. Desproges aurait sans doute bien aimé ce terroriste du politiquement correct. Qu’en aurait pensé Chaplin ?

« The Dictator », une comédie de Larry charles

avec Sacha Baron Cohen,
Sir Ben Kingsley, Anna Faris, etc.

Durée : 1h23. En salle.
A voir aussi : www.republicofwadiya.com

]]>