La mise en vente, ce mercredi 2 décembre 2015, de ce symbole de l’histoire du jeune Etat juif fait grincer des dents. La justice israélienne a par ailleurs suspendu in extremis la cession des brouillons de la Déclaration de l’Indépendance de l’Etat hébreu.
Peut-on tout vendre aux enchères, y compris des objets faisant partie du patrimoine culturel ? La justice israélienne a dû statuer voilà quelques jours sur cette question. Tout commence avec l’annonce par la maison d’enchères Kedem de mettre en vente le drapeau du célèbre navire Exodus 1947, à bord duquel des milliers de survivants de l’Holocauste tentèrent de rejoindre Israël. Un objet qui sera mis en vente ce mercredi 2 décembre à Jérusalem au prix de départ de 100.000 dollars.
La vente de ce drapeau, dont le propriétaire actuel n’a pas été identifié, n’a pas manqué de faire les gros titres. Et pour cause : l’Exodus 1947 fut le plus célèbre des bateaux qui tentèrent de rejoindre la Palestine, terre qui deviendra Israël après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Acheté comme ferraille par la Haganah, l’organisation militaire juive clandestine de Palestine, il partit du port français de Sète vers la Palestine sous mandat britannique en juillet 1947, avec 4.500 survivants juifs des camps de concentration nazis.
Ces survivants ne disposant pas de certificats d’émigration, la marine britannique encercla le bateau, prit son contrôle et renvoya les familles d’abord vers le port de Toulon dans le sud de la France, avant de les transférer dans des camps dans la partie de l’Allemagne sous son contrôle. Après l’émotion suscitée par cette mesure, les survivants qui avaient embarqué à bord de l’Exodus 1947 purent finalement gagner l’Etat d’Israël, créé en 1948. Un périple qui a inspiré un best-seller, « Exodus » de Leon Uris, adapté à l’écran avec l’acteur Paul Newman, dans le rôle du commandant Ari Ben-Canaan (alias Yossi Harel).
Autant dire que le drapeau « revêt une importance particulière pour l’Etat d’Israël », relève Meron Eren, de la maison de ventes Kedem. « L’affaire de l’Exodus a été suivie par les médias du monde entier à l’époque, et les images des survivants de l’Holocauste placés (par les Britanniques) dans des camps derrière des barbelés ont profondément choqué ».
Pour les Israéliens, les navires transportant des Juifs européens furent un élément crucial dans la création de l’Etat d’Israël. Reste que tous ne voient pas d’un bon œil la mise en vente de ce symbole. « Je considère que cette vente aux enchères est déshonorante », a ainsi déclaré au quotidien Haaretz, Yitzhak Rozman, le fils de l’ancien leader des immigrants clandestins, Mordechaï Rozman. « Mais je ne sais pas comment l’arrêter ».
« Nous avons vendu de nombreux objets liés à l’immigration illégale. Ce domaine est très populaire parmi les gens qui s’intéressent à l’histoire du pays », s’est défendue la maison Kedem, qui proposera également lors de cette vente des missives amoureuses du fondateur d’Israël David Ben Gourion à sa maîtresse. En revanche, un tribunal de Jérusalem a décidé voilà quelques jours de geler la mise en vente d’un autre lot : les brouillons de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat.
Ces manuscrits d’une douzaine de pages rédigés par un fonctionnaire d’Etat, Mordechaï Beham, ont été conservés par ses deux fils, et devaient être proposés au prix initial de 250.000 dollars. Mais la justice israélienne a estimé que les vendeurs ne pouvaient pas être considérés comme les propriétaires de ces documents historiques. Le tribunal a notamment souhaité protéger l’Etat et la propriété publique, et faire en sorte que ces actifs inaliénables d’Israël ne quittent pas le pays sans obtenir un feu vert du gouvernement.
« Nous trouvons étrange que l’Etat ait abandonné ces actifs inestimables pendant soixante-sept ans, alors que leur existence était connue », a commenté pour sa part la maison Kedem. « L’Etat ne s’est souvenu de ces brouillons qu’à partir du moment où ils ont été inscrits au catalogue ». Affaire à suivre…
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