Attendu des étoiles plein les yeux, le 33e Festival du Film de Jérusalem (JFF) rayonnera dans la ville d’or et de lumière du 7 au 17 juillet 2016. Avec plus de 200 films projetés, des productions étrangères aux avant-premières israéliennes, l’événement porte le cinéma à la fête.
C’est à la passion, au charisme et à la volonté de Lia Van Leer que l’on doit ce rendez-vous couru qu’est le Festival du Film de Jérusalem (JFF). Née en 1924 en Moldavie, Lia est réalisatrice, productrice, mais également pionnière, avec son mari Wim, du premier ciné-club de Haïfa en 1955. Créatrice et directrice, par la suite, de la cinémathèque de Haïfa, Lia ancre sa démarche en créant, en 1960, l’« Israel Film Archive » composé d’archives cinématographiques israéliennes et juives, en ce compris de très nombreux films 16 mm provenant du bloc de l’Est. L’institution, sise aujourd’hui à Jérusalem, représente, avec plus de 100.000 documents, un des fonds les plus importants au monde. Une politique de (mécénat de) restauration de films israéliens a également vu le jour et le JFF présente chaque année des films restaurés. On approche des années 80 et l’association de Lia et Wim Van Leer, du généreux mécène George Ostrovsky et de Teddy Kollek, maire de Jérusalem, s’achemine vers la création de la Cinémathèque de Jérusalem (1981), ainsi que celle d’un festival de cinéma en Israël offrant un panorama des films présentés dans les prestigieux festivals internationaux.
La première édition du Festival du Film de Jérusalem voit le jour le 17 mai 1984. Le Bal d’Ettore Scola ouvre les festivités. A côté de sa sélection internationale plutôt honorifique, le festival lance une catégorie compétitive de longs métrages de fiction israéliens. Au fil du temps, le festival passe de trois semaines à 10 jours, les 100 projections initiales atteignent 150 à 200 séances, et l’événement s’étoffe de nouvelles catégories, tels les documentaires internationaux et israéliens ; les séries TV, courts-métrages, ainsi que les sections « Jewish Experience », rassemblant les récits issus d’histoires juives israéliennes et de la Diaspora, et « In the Spirit of Freedom » relative aux questions de liberté et de droits de l’homme. En marge des films, les rencontres avec les réalisateurs, producteurs, master classes, work-shops, ainsi que les prix octroyés aux métiers de la profession animent cette tribune majeure du cinéma israélien, des réalisateurs confirmés à l’accueil des jeunes talents, particulièrement encouragé en Israël.
Lia Van Leer était très appréciée à l’étranger et la renommée mondiale du JFF relève assurément de sa personnalité. Combien de réalisateurs et acteurs n’ont-ils pas répondu, charmés, à son invitation : « Je me souviens de cette sensation de silence et de lumière suspendus telle une vapeur mystique sur la ville de Jérusalem », s’était exclamé Marcello Mastroianni. « Jérusalem est l’un des plus merveilleux festivals qu’il m’a été donné de voir », avait confié Emir Kusturica. L’historien de cinéma et critique aux Cahiers du Cinéma, Ariel Schweitzer, évoque, à propos de l’historique du JFF, l’œuvre et l’aura de Lia, vaillante encore au Festival de Berlin quelques jours avant de s’éteindre en Israël en 2015. Le dernier Festival du Film de Jérusalem a bien sûr été dédié à sa mémoire.
Edition 2016 – 5776
Une nouvelle direction a pris le relais. On dit de la jeune garde, en résonnance avec la cinéphilie actuelle, qu’elle a très bien négocié la relève. A partir de cette année, le festival fera concourir sa sélection internationale et étendra sa manifestation, en plus de la Cinémathèque, de la Maison Hansen, de la vieille ville et du cinéma Lev Smadar, sur un nouveau et magnifique complexe situé dans le Parc de l’Indépendance. Les enfants n’y seront pas en reste. Côté programmation, Julieta de Pedro Almodovar inaugurera le festival à ciel ouvert, en la magnifique Sultan’s Pool qui accueille 6.000 spectateurs. Les films Beyond the Mountains and Hills de Eran Kolirin ; One week and a Day de Asaph Polonsky, comédie sur le deuil présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, ou encore Saving Neta de Nir Bergman et Eran Bar-Gil, feront briller la compétition de films israéliens. Le festival projettera les derniers films de Chantal Akerman, Werner Herzog, Bruno Dumont, Park Chan-wook et Alejandro Jodorovsky, ainsi que la copie rafraîchie d’Avanti Popolo de Rafi Bukai parmi dix autres chefs-d’œuvre restaurés. Enfin, un vibrant hommage sera rendu à Ronit Elkabetz, star israélienne partie trop tôt rejoindre les étoiles. Voilà pour la bande-annonce d’un événement qui s’annonce riche en émotions : bon festival à celles et ceux qui le fréquenteront !
Merci à Ariel Schweitzer pour son récit passionnant autour du festival, des premiers jalons aux films en compétition.
Festival du Film de Jérusalem du 7 au 17 juillet 2016
Infos www.jff.org.il
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