Ce lundi 6 décembre 2010, l’incendie du Mont Carmel semble être maîtrisé. Il a causé la mort de 41 personnes, ravagé 6.000 hectares, plusieurs localités et des millions d’arbres. Et en Israël, il y a unanimité sur au moins un point : tout s’est terriblement mal passé.
Les médias ont passé en boucle images et témoignages détaillant la triste réalité : 370 sapeurs-pompiers seulement sur place (le pays n’en compte que 1.400 et ne dispose d’aucune réserve de volontaires), des camions déclassés, du matériel hors d’âge, pas un seul bombardier d’eau…
Ainsi que l’a expliqué un responsable du Service Incendies, « quand il s’agit de feux localisés, nous pouvons user de « techniques créatives » (la fameuse improvisation à l’israélienne) mais pas face à une crise de cette ampleur ».
Et comme toujours, on découvre que les avertissements n’avaient pas manqué, mais qu’aucun gouvernement, y compris l’actuel, n’en avait tenu compte. En 1995 déjà, une commission d’enquête avait recommandé un « renforcement général » en hommes, en argent, en matériel. Qui n’eut jamais lieu.
Depuis lors, pas moins de 28 commissions de la Knesset avaient discuté du problème, chacune réclamant des mesures d’urgence. Sans être entendues. De récents incendies dans le Golan ou à Tel-Aviv n’ont pas fait davantage bouger les choses.
Quand l’incendie du Carmel a éclaté, Israël ne disposait toujours que de moyens « dignes du Tiers monde ». Là où les standards internationaux imposent un pompier pour 1.000 habitants, l’Etat juif n‘en compte qu’un pour 10.000 personnes.
En fait, les budgets anti-incendie n’ont jamais été une priorité pour aucun gouvernement. La faute à qui ? Si Benjamin Netanyahou est généralement tenu pour « responsable mais pas coupable », il n’en va pas de même pour le Ministre de l’Intérieur Eli Yishai (parti Shass).
« Plus intéressé à augmenter les allocations des écoles religieuses et à augmenter la coercition religieuse », clament ses critiques. « Amateurisme, négligence criminelle, promesses creuses », poursuit la presse qui réclame une commission d’enquête et/ou la démission du ministre.
Et Dieu dans tout cela ?
Yishai, bien sûr, se défend comme un beau diable. Il approuve le principe d’une commission qui devrait, selon lui, l’exonérer de toute faute : il avait prévenu à plusieurs reprises le gouvernement du danger. Cette année encore, il avait réclamé des budgets supplémentaires pour les pompiers mais le Ministre des Finances, Youval Steinitz (Likoud) avait refusé.
Réaction courroucée de ce dernier : « C’est faux, en juin nous avons augmenté le budget « Incendies » de 100 millions de shekels (20 millions d’euros) ». « J’en avais demandé 500 au minimum», riposte Yshai. Bref, l’habituel « ce n’est pas moi, c’est l’autre » dans toute sa splendeur.
Sans parler de Yossef Ovadia, le très spirituel chef du Shass, qui a découvert les vrais responsables du désastre : « Les incendies ne se produisent que dans les endroits où les Juifs ne respectent pas le shabbat »…. Indiscutable, puisque Ismaël Haniyeh, le Premier Ministre Hamas de Gaza, affirme lui aussi qu’il s’agit d’un « châtiment de Dieu ».
Plus sérieusement, la presse s’inquiète. Que se serait-il passé en cas de conflit avec l’Iran, le Hezbollah ou le Hamas ? « Qu’aurait-on fait si des dizaines, des centaines de missiles avaient mis le feu en plusieurs endroits ?» se demande par exemple le quotidien Yediot Aharonot.
Menaces naturelles, menaces terroristes, menaces de guerre… Il faut que les services d’incendie israéliens rejoignent le 21e siècle, et vite, conclut le journal.
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