Le gouvernement israélien prend enfin en compte les survivants de la Shoah

On ne parlera pas de miracle en évoquant les importantes mesures prises en faveur des rescapés de la 2ème guerre mondiale : le Ministre des Finances Yaïr Lapid qui les a initiées est trop laïc pour cela. N’empêche, depuis le temps, on n’y croyait vraiment plus.

Des années que cela durait : à chaque Yom HaShoah, ce jour terrible où tout Israël se fige durant deux minutes en mémoire des victimes de la Shoah, ce site se demandait* si au souvenir des défunts, il ne serait pas temps d’ajouter une aide aux survivants.

Et nous n’étions certes pas les seuls. Voici bien longtemps que la situation précaire des quelque 193 000 rescapés de la haine nazie suscite étonnement, indignation et colère chez les Israéliens.

Qu’on en juge : en 2012, un tiers de ces survivants, 70.000 personnes, ont été ont contraintes d’avoir recours à des associations pour obtenir de quoi terminer le mois. Le moyen d’agir autrement ?

86% devaient vivre avec environ 1000€ et 66 % avec 622 €. Cela dans un pays où la vie est plus chère que chez nous. 50 000 d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Et un sur cinq  doit régulièrement sauter un repas faute d’argent.

Bien sûr, l’Etat a instauré depuis belle lurette un système d’allocations… dont une bonne partie n’est pas réclamée par ceux qui y ont droit : les critères donnant droit à une pension sont incompréhensibles, il faut emplir des piles de documents, multiplier les coups de téléphone…

Tout cela à plus de 80 ans et avec généralement une santé fragile…. On se découragerait à moins. Pourtant, les responsables associatifs n’ont cessé d’avertir les autorités : à mesure que ces aînés vieillissent –leur âge moyen s’élève à présent à 85 ans- leurs besoins augmentent.  

Et entre 30 et 40 survivants meurent chaque jour. 13.000 par an. Tout le monde connait cette situation et en est choqué. Les associations qui leur viennent en aide bien sûr, mais aussi le grand public.

Début 2013, un sondage établissait que 10% à peine des Israéliens considérait la situation de ces rescapés comme « bonne ». Les derniers gouvernements connaissaient aussi cet état de fait et le déplorait.  

   Nous allons agir, expliquaient-ils en substance chaque année et d’ailleurs des mesures ont été/ sont/ seront prises. Et on n’en parlait plus jusqu’au Yom HaShoah suivant. C’est donc avec une légère incrédulité qu’on a entendu ce 27 avril, B. Netanyahou affirmer :

« Nous avons l’obligation morale de permettre aux survivants de la Shoah qui sont parmi nous de vivre honorablement ». Sauf que cette année, c’est enfin du sérieux. Le gouvernement a entériné une série de mesures proposées par Yaïr Lapid.

Une réduction drastique de la bureaucratie

Car, depuis qu’il est devenu Ministre des Finances en janvier 2013, celui-ci a pris le problème à bras le corps. Peut être parce qu’il n’a pas oublié, lui, qu’une bonne partie de sa famille a été déportée et que son père Tommy Lapid n’a survécu que par miracle ?

Au Yom HaShoah 2013 déjà, il avait annoncé une aide supplémentaire pour les rescapés de 180 millions € annuels étalée sur cinq ans. Mais, cette année, il a mis en place un plan destiné à améliorer en profondeur ce qui leur reste de vie

Parmi les mesures principales, on trouve une réduction drastique de la bureaucratie: les survivants ne devront plus justifier des dépenses ou présenter des factures pour obtenir une aide publique

De même, les médicaments qui leur sont prescrits leur seront délivrés gratuitement, sans « tiers payant ». Et la Sécurité sociale ne prendra plus en compte les aides financières que reçoivent les rescapés dans son « examen de ressources »

A quoi s’ajoutent, grâce à un budget exceptionnel de 210 millions €, diverses augmentations : l’allocation de base de 90.000 survivants passe de 380 à 460 €. Les 9.000 les plus démunis reçoivent une aide supplémentaire de 400€ par an.

Autre mesure importante : l’aide aux conjoints des rescapés ne s’arrêtera plus après trois ans. Ils continueront à recevoir 400 € mensuels etc. (Pour connaître l’ensemble des mesures, voir l’article de notre ami Jacques Bendelac**)  Du bon travail, quoique bien tardif.

A partir de là, tous les espoirs semblent permis. Qui sait si, une de ces années, ce gouvernement ne renoncera pas à son ultra-libéralisme effréné pour venir en aide à ceux qui ne mangent pas à leur faim dans le pays « du lait et du miel » ?

Car le rapport du contrôleur de l’Etat Yossef Shapira, rendu public ce 4 avril établit que l’Etat n’a guère fait pour les 330.000 familles qui ont vécu en 2013  en état « de précarité alimentaire », c’est-à-dire ne disposant pas de quoi se nourrir tous les jours.

900.000 personnes, soit 18,3% de la population ! Plus grave encore, elles n’étaient « que » 300.000 en 2012. 10% d’augmentation en un an… Les amis d’Israël attendent avec impatience que le 1er Ministre évoque ses « obligations morales » envers elles aussi.

*-Le sort honteux des rescapés de la Shoah : http://www.cclj.be/article/2/3930

-La grande pauvreté des rescapés de la Shoah en Israël : http://www.cclj.be/article/2/3080

-Yom HaShoah : les morts et les vivants http://www.cclj.be/article/2/1958

-Combattre la bureaucratie israélienne : http://www.cclj.be/article/2/1986

**http://www.israelvalley.com/news/2014/04/28/43151/rescapes-de-la-shoah-le-gouvernement-debloque-1-milliard-de-shekels

 

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