La droite ultra-sioniste se félicite de la victoire judiciaire de M. Karsenty dans ses polémiques sur « l’affaire Al Dura »*. Elle y voit même un « triomphe de la vérité ». La réalité est moins glorieuse.
Prendre les gens pour des imbéciles est le moindre défaut des très énervés sites de nos amis de droite. Ces derniers temps, on peut y découvrir des brames enthousiastes sur la justice française qui aurait condamné « les mensonges » de Charles Enderlin.
C’est aller un peu vite -et très loin- en besogne : M. Ph. Karsenty a, de fait, gagné un procès contre la chaîne Canal Plus. La Cour d’appel vient de confirmer le jugement en sa faveur émis par un tribunal en 2010.
Il s’agissait d’une émission intitulée « Jeudi investigation – rumeurs, intox : les nouvelles guerres de l’info ». S’estimant diffamé par plusieurs passages, M. Karsenty réclamait 50.000 euros de dommages-intérêts.
Dans ses attendus*, la Cour estime que « la thèse soutenue par Ph. Karsenty (« le reportage d’Enderlin est un faux ». NDLR) peut à tout le moins être valablement contestée ». Par contre, les juges font un reproche aux journalistes :
«Il n’est fait état à aucun moment dans l’émission critiquée des éléments qui ont fait naître la thèse de la mise en scène », ce qui est effectivement une erreur. Assez limitée cependant puisque le Tribunal conclut :
« Les juges ont exactement apprécié le préjudice subi par Ph. Karsenty en le limitant à l’euro symbolique ». En résumé : les thèses de M. Karsenty sont plus que contestables, mais la contestation n’a pas été faite dans les règles. Et l’honneur de ce monsieur vaut un euro.
Rien là dedans qui confirme le complot palestinien, la fausse mort du petit Al Dura ou les blessures truquées de son père, toutes théories chères à M. Karsenty. Et c’est cela que notre bonne droite veut présenter comme « une grande victoire » de la vérité ?
*http://danilette.over-blog.com/article-message-de-philippe-karsenty-cana…
Douze ans de hurlements
Au début de la seconde intifada, le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage du journaliste Charles Enderlin. Il montre un enfant palestinien, Mohammed Al Dura, abattu par une volée de balles tandis que son père, Mohammed, est gravement blessé.
Parmi elles se trouve un des maires adjoints de Neuilly, Philippe Karsenty, qui entame là une carrière de spécialiste incontesté de décorticage de trois minutes du reportage d’Enderlin. De ses « analyses » d’images, il déduit qu’il s’agit d’un bidonnage.
A ses yeux, il s’agit d’un complot destiné à déconsidérer l’armée israélienne, aussi grave que l’affaire Dreyfus. Il n’explique cependant jamais qui a élaboré ce complot, où se trouve l’enfant qui ne serait pas mort et si Enderlin faisait partie des instigateurs.
Suivent une dizaine d’années de procès en tous sens et de polémiques féroces, un dédale dans lequel le public est depuis longtemps égaré. Ce que la droite tente d’exploiter de son mieux en martelant qu’Enderlin est coupable, archi-coupable, hyper-coupable.
En face se dressent ceux qui connaissent les qualités professionnelles d’Enderlin et ont du mal à croire qu’il aurait pu mentir. Et aussi, ceux, bien plus nombreux encore, qui, en écoutant avec attention Philippe Karsenty, ont d’importantes difficultés à le prendre au sérieux.
Nous nous honorons de faire partie des deux catégories.