Peut-être est-ce parce qu’il traverse un moment clé de sa vie que Jonas Pariente se tourne vers son passé. A 32 ans, ce jeune père de famille, déjà réalisateur d’un documentaire multiprimé sur les Juifs d’Inde, s’attaque à un nouveau projet vidéo, cette fois sur Internet : le Grandmas Project (de grandma : grand-mère en anglais).
Son idée ? Archiver et compiler, sous forme de bibliothèque interactive, des milliers de recettes de grands-mères du monde entier pour permettre leur diffusion, mais surtout éviter qu’elles ne disparaissent avec leurs détentrices. Une idée infiniment juive dans l’esprit. Pariente explique : « Le Grandmas Project est un web-documentaire collaboratif invitant des metteurs en scène à réaliser un court-métrage sur leur grand-mère, en utilisant le principe d’une recette de cuisine qu’ils apprécient pour mieux questionner leur rapport à l’héritage qui se transmet d’une génération à l’autre ».
En naviguant sur le site du Grandmas Project, les internautes pourront visionner un large éventail de vidéos selon plusieurs modes de recherche : les ingrédients de la recette, l’origine des grands-mères, leurs langues natales ou bien encore les évènements historiques dont elles furent témoins, de la Seconde Guerre mondiale à la Décolonisation, en passant par l’éveil des théories féministes. S’appuyant sur son histoire personnelle et familiale, l’initiateur du projet précise : « Pendant longtemps, j’ai dit que j’étais né quatre fois : une fois pour chacun de mes grands-parents, nés en Egypte du côté de mon père et en Pologne du côté de ma mère. Ces mondes que j’ai reçus en héritage ont été incarnés par mes deux grands-mères. Mémé, la mère de ma mère parlait avec un fort accent polonais, disait “j’étais nervèye” au lieu “d’énervée”, et m’accueillait avec du hareng mariné et de la vodka. De mes grands-parents, il ne me reste aujourd’hui que ma Nano, née Suzanne Sananes, au Caire, en 1933. Nano n’a jamais travaillé, son père et son mari le lui ont interdit. Elle a donc dédié sa vie à prendre soin de sa famille et est devenue une cuisinière d’exception. (…) Nano a une seule obsession : remplir nos ventres et nos congélateurs ».
A ce jour, le Grandmas Project a déjà récolté 20.000 dollars de dons sur la plateforme Kickstarter. La télévision en parle, on évoque le projet dans la presse nationale : seul dans son coin, il se pourrait bien que Jonas Pariente réussisse là où les associations et organisations communautaires ne laissent qu’un grand vide. Bien décidé à agir, Pariente prépare quant à lui le futur. « En allant chercher une recette de grand-mère », dit-il, « on ouvre une boîte à souvenirs, on déroule le fil d’un héritage, on plonge dans les racines d’une famille, peut-être même d’un peuple. Un réalisateur australien renoue avec son identité aborigène et une jeune Japonaise interroge le rapport aux aînés dans sa culture. La dimension collective et globale de Grandmas Project me paraît primordiale ».
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