Le Hamas : ‘Des petits artisans du crime’ ?

Dans un texte intitulé Le sacré de l’autre*, publié ce 25 janvier 2015 sur son blog, Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique, qualifie le Hamas de « petits artisans du crime » et les Israéliens de « criminels à l’échelle industrielle ». Henri Goldman dérape…

« Dans mes billets, je parle souvent des ‘doubles standards’ (ou deux poids deux mesures). Ceux-ci se manifestent notamment dans l’appréciation des événements du Proche-Orient,… Les petits artisans du crime (les auteurs d’attentats, les lanceurs de roquettes) sont vilipendés, tandis que les criminels à l’échelle industrielle dont le bilan macabre est autrement plus lourd (l’Etat d’Israël et son gouvernement d’extrême droite) restent des partenaires à qui on passe tout et qu’on embrasse devant les caméras », écrit Henri Goldman dans cet article.

Vous avez bien lu ! Selon Henri Goldman, les auteurs d’attentats et les lanceurs de roquettes du Hamas sont donc des « petits artisans du crime », tandis que l’Etat d’Israël est assimilé à « des criminels à l’échelle industrielle » au « bilan macabre ». On croit rêver, mais on ne rêve pas. Goldman nous plonge plutôt dans un sordide cauchemar. Rarement les islamistes palestiniens, qui veulent rayer Israël de la carte du Proche-Orient, ont été à ce point banalisés : ils ne seraient en d’autres termes que de banals pieds nickelés, des criminels certes, mais pas que quoi en faire un plat, presque des dilettantes, des amateurs à côté de l’Etat d’Israël, incarnant des criminels au cube, des professionnels du meurtre à grande échelle, au final bien plus dangereux que le Hamas, branche palestinienne des Frères Musulmans.

Faut-il rappeler à Henri Goldman que l’Union Européenne considère toujours le Hamas comme une organisation terroriste ? Ignore-t-il que, dans sa guerre contre Israël, le Hamas se sert de la population palestinienne comme bouclier humain pour fabriquer des martyrs ? Ne connaît-il pas la devise de Hassan-al Banna, le fondateur des Frères Musulmans, dont le Hamas est l’émanation : « La mort est plus belle que la vie » ?  Ne sait-il pas qu’à Gaza, le Hamas au pouvoir opprime sa propre population – à commencer par les femmes – en appliquant implacablement la charia ? N’a-t-il jamais entendu parler des exécutions sommaires, par le Hamas, des Palestiniens qui s’opposent à  ses pratiques sanguinaires ?

Dans le monde tel qu’il est, les « criminels à l’échelle industrielle » ne sont évidemment pas les Israéliens, mais les musulmans islamistes  qui tuent principalement d’autres musulmans, des mécréants, des chrétiens, ces derniers étant brimés  et  massacrés un peu partout en terre d’Orient, dans l’indifférence glacée d’Henri Goldman et de ses amis. Ces derniers sont comme les staliniens de jadis : ils s’obstinent à ne pas voir le réel.  Ils  idéalisent ceux qui représentent à leurs yeux le camp du Bien (les Palestiniens, y compris les auteurs d’attentats et les lanceurs de roquettes) et diabolisent ceux qu’ils rejettent dans le camp du Mal (l’Etat d’Israël et ses partisans).

Je ne soutiens pas le gouvernement israélien de droite, et moins encore sa composante religieuse d’ultra-droite. Mais contrairement à Henri Goldman, je ne passe pas sous silence ce qui constitue l’une des données essentielles du conflit israélo-palestinien : l’isolement d’Israël, menacé par des fous furieux (Hamas, Hezbollah, Etat Islamique, mollahs iraniens…) qui n’ont qu’une obsession : pourchasser et exterminer les Juifs.

Je soutiens, moi aussi, la création d’un Etat palestinien, passant par la remise en cause du processus de  colonisation. Je suis convaincu que, tôt ou tard, les Israéliens devront négocier avec un leader palestinien non islamiste, qui pourrait être Marwan Barghouti, actuellement emprisonné en Israël. Mais je refuse l’angélisme : rien d’étonnant si, dans le chaos actuel, l’écrasante majorité des Israéliens, de gauche comme de droite, rechigne à tendre la main à ceux qui n’ont pas renoncé à les anéantir.

Les propos d’Henri Goldman confirment qu’une partie de la gauche vit sur une autre planète. Son discours victimaire est irresponsable car il renforce auprès d’une minorité des jeunes issus de l’immigration, le sentiment que l’horreur absolue, aujourd’hui, c’est l’attitude des Israéliens et non les exactions des islamistes et djihadistes de toutes obédiences. Une autre façon, déplorable, d’importer, chez nous, le conflit israélo-palestinien.

*L’article d’Henri Goldman : Le sacré de l’autre

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