Aucun démocrate belge honnête ne conteste le racisme et l’antisémitisme du Vlaams Belang. Ses succès électoraux ne modifient en rien le regard qu’il porte sur ce parti et ne l’incitent guère à présenter le Vlaams Belang comme un parti honorable renonçant désormais à ses fondements idéologiques haineux. Cette ligne de conduite cohérente s’applique également en Israël où l’extrême droite nationaliste et religieuse diffuse une propagande liberticide et haineuse à l’égard des Arabes et des Israéliens militant pour la paix et la fin de l’occupation. Il est difficile d’imaginer un instant ces derniers porter un regard complaisant sur ces partis nationalistes religieux parce qu’ils ont mis en place des institutions sociales et éducatives.
Curieusement, cette ligne de conduite censée s’appliquer universellement souffre d’exceptions dans l’esprit de certains démocrates européens et belges lorsqu’ils observent la situation politique dans les territoires palestiniens. Tout en se réclamant des exigences fondamentales de la démocratie et de la laïcité, d’aucuns suggèrent sérieusement, qu’en dépit de ses outrances idéologiques et des actes terroristes que ses militants ont commis, le Hamas soit devenu par le biais de sa victoire électorale éclatante un parti pragmatique et modéré prêt à mener une politique contraire aux éléments les plus inquiétants de sa doctrine totalitaire : apologie de la mort et du martyre, haine de l’Occident, antisémitisme, rejet catégorique de la laïcité et islamisation radicale de la société palestinienne. La vigilance intransigeante que ces démocrates perturbés préconisent à juste titre à l’égard de l’extrême droite en Europe fait place à une indulgence inconséquente à l’égard du Hamas. On a même pu entendre certains responsables politiques et associatifs expliquer que le Hamas peut être crédible en raison des missions sociales qu’il remplit avec efficacité. Comment tenir de tels propos en sachant bien qu’ils auraient bondi au quart de tour en entendant un militant d’extrême droite leur dire qu’Hitler a malgré tout jugulé le fléau du chômage et amélioré la mobilité des Allemands en construisant des autoroutes encore utilisables aujourd’hui.
Faut-il vraiment falsifier ou occulter ce qu’est le Hamas pour expliquer son succès électoral? Il n’est pas nécessaire de travestir les membres de ce parti pour comprendre que le Fatah et Israël ont une grande part de responsabilité dans ce gâchis. La corruption endémique de l’Autorité palestinienne n’a jamais été un mystère et le gouvernement israélien n’a pas écouté les membres des services de renseignement civils et militaires qui n’ont cessé de l’alerter sur la nécessité de renforcer Mahmoud Abbas et les forces politiques modérées.
Il est difficile de comprendre ce qui conduit des démocrates sincères et respectables auxquels nous nous associons pleinement pour porter les valeurs de progrès, à tourner le dos aux Palestiniens qui se sont investis dans le combat difficile de la paix avec les Israéliens et à considérer exclusivement le succès du Hamas comme une réponse acceptable à l’échec du processus de paix. Cette victoire électorale doit susciter la même indignation et la même rage que celles provoquées par la progression de l’extrême droite en Europe. Dans les deux cas, il s’agit d’une négation de la démocratie.